<?xml version="1.0" encoding="utf-8" standalone="yes"?>
<rss version="2.0" xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom">
  <channel>
    <title>Libertés on Framatophe</title>
    <link>https://golb.statium.link/tags/libert%C3%A9s/</link>
    <description>Recent content in Libertés on Framatophe</description>
    <generator>Hugo -- gohugo.io</generator>
    <language>fr-FR</language>
    <managingEditor>situveuxmonadresse@demande-la.moi (Christophe Masutti)</managingEditor>
    <webMaster>situveuxmonadresse@demande-la.moi (Christophe Masutti)</webMaster>
    <lastBuildDate>Sat, 21 Aug 2021 00:00:00 +0000</lastBuildDate><atom:link href="https://golb.statium.link/tags/libert%C3%A9s/index.xml" rel="self" type="application/rss+xml" />
    <item>
      <title>Pourquoi tant de haine ?</title>
      <link>https://golb.statium.link/post/20210924vttmalveillance/</link>
      <pubDate>Sat, 21 Aug 2021 00:00:00 +0000</pubDate>
      <author>situveuxmonadresse@demande-la.moi (Christophe Masutti)</author>
      <guid>https://golb.statium.link/post/20210924vttmalveillance/</guid>
      <description>&lt;p&gt;Une mauvaise ambiance règne actuellement dans le massif des Vosges. En plus d&amp;rsquo;être la cible régulière de tentatives d&amp;rsquo;homicides par pièges, les pratiquants de VTT se voient aujourd&amp;rsquo;hui accusés de bien des maux. Des pétitions s&amp;rsquo;échangent entre les &lt;a href=&#34;https://www.francebleu.fr/infos/environnement/une-petition-contre-les-vtt-dans-le-massif-des-vosges-1630502944&#34;&gt;partisans du clivage&lt;/a&gt; et ceux qui tentent de le &lt;a href=&#34;https://www.francebleu.fr/infos/faits-divers-justice/les-pratiquants-de-vtt-des-vosges-en-ont-ras-le-bol-d-etre-pointes-du-doigt-1631785263&#34;&gt;dépasser pour avancer&lt;/a&gt;. Les journaux locaux ont couvert les derniers évènements que je vais relater rapidement avant d&amp;rsquo;essayer de m&amp;rsquo;intéresser aux raisons profondes de ce malaise entretenu par quelques personnes qui normalement ne devraient pas mériter autant d&amp;rsquo;attention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La recrudescence du tourisme après les mois de crise sanitaire y est sans doute pour quelque chose : on ressort les vélos, et cela dérange. Pourtant le problème persiste depuis des années (nos &lt;a href=&#34;https://www.senat.fr/questions/base/2020/qSEQ200616721.html&#34;&gt;sénateurs&lt;/a&gt; l&amp;rsquo;ont déjà noté) : des pièges à VTT sont posés régulièrement par des individus exceptionnellement malveillants. Cela touche toute la France, mais dans les Vosges tout particulièrement, il peut s&amp;rsquo;avérer dangereux de sortir son vélo. Les pelotons de gendarmerie commencent à s&amp;rsquo;inquiéter vraiment du phénomène, et une affaire récente, celle d&amp;rsquo;un &lt;a href=&#34;https://www.vosgesmatin.fr/environnement/2021/09/20/piege-par-une-planche-a-clous-un-jeune-vetetiste-gravement-blesse&#34;&gt;jeune pratiquant d&amp;rsquo;Enduro passé à deux doigts la mort&lt;/a&gt;, donnera peut-être lieu à une enquête en règle. La Mountain Bike Foundation a fait un &lt;a href=&#34;http://mbf-france.fr/actionnationaleinter/pieges-espaces-naturels-a-quand-la-fin/&#34;&gt;communiqué&lt;/a&gt; à ce sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La presse nationale parle de plus en plus de ce phénomène auparavant relégué à de simples anecdotes. Ainsi le journal &lt;a href=&#34;https://www.lequipe.fr/Adrenaline/Vtt/Actualites/Ces-pieges-qui-mettent-en-danger-les-vetetistes/1048621&#34;&gt;l&amp;rsquo;Equipe&lt;/a&gt; en 2019, &lt;a href=&#34;https://www.lefigaro.fr/actualite-france/vetetistes-randonneurs-attention-aux-pieges-sur-les-entiers-20201026&#34;&gt;Le Figaro&lt;/a&gt; en octobre 2020, &lt;a href=&#34;https://www.francetvinfo.fr/france/chasse/vtt-des-pieges-poses-en-pleine-foret_4315813.html&#34;&gt;France TV&lt;/a&gt; en mars 2021. Dans les canards locaux, on relate avec plus de détails : des &lt;a href=&#34;https://www.lalsace.fr/region/2019/08/30/pieges-a-vetetistes-un-probleme-epineux&#34;&gt;pieux&lt;/a&gt;, des &lt;a href=&#34;https://www.vosgesmatin.fr/faits-divers-justice/2021/09/10/raon-l-etape-des-barbeles-sur-une-piste-de-vtt-la-police-municipale-appelle-a-la-vigilance&#34;&gt;barbelés&lt;/a&gt;, et surtout les fameuses &lt;a href=&#34;https://www.vosgesmatin.fr/environnement/2021/09/20/piege-par-une-planche-a-clous-un-jeune-vetetiste-gravement-blesse&#34;&gt;planches à clous&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J&amp;rsquo;arrête ici la revue de presse, car il est prévisible que ces histoires continuent à tourner régulièrement jusqu&amp;rsquo;à devenir des marronniers, comme la neige en hiver et le soleil en été.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ma pratique de vététiste, j&amp;rsquo;avoue ne jamais avoir été confronté à ce genre de pièges élaborés. On les trouve plus généralement là où les vététistes sont censés le plus déranger : sur les pistes d&amp;rsquo;&lt;a href=&#34;https://fr.wikipedia.org/wiki/Enduro_(cyclisme)&#34;&gt;Enduro&lt;/a&gt; plus ou moins improvisées (j&amp;rsquo;y reviendrai à la fin de ce billet).  En revanche, j&amp;rsquo;ai été confronté &lt;em&gt;comme tous les vététistes&lt;/em&gt; quelles que soient leurs pratiques à ces branches ou pierres posées délibérément en travers du chemin ou en appui à hauteur de tête&lt;sup id=&#34;fnref:1&#34;&gt;&lt;a href=&#34;#fn:1&#34; class=&#34;footnote-ref&#34; role=&#34;doc-noteref&#34;&gt;1&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si je raconte cela, c&amp;rsquo;est pour mettre sur le même plan les deux comportements : entre improviser un obstacle délibérément mais avec les moyens disponibles sur le moment, et élaborer un piège en prenant le temps de le fabriquer et le poser à un endroit choisi. Il s&amp;rsquo;agit de la même malveillance. Les deux ont pour ambition de blesser, voire de tuer et en tout cas de punir. Leur seule différence est que la première est une opportunité tandis que l&amp;rsquo;autre a juste une intentionnalité beaucoup plus forte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu&amp;rsquo;est-ce qui motive un tel geste ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y d&amp;rsquo;abord l&amp;rsquo;agressivité. À la racine, un ensemble d&amp;rsquo;angoisses et de peurs que l&amp;rsquo;individu est incapable de surmonter, soit parce qu&amp;rsquo;il n&amp;rsquo;a pas en lui les ressorts nécessaires pour le faire (qui s&amp;rsquo;acquièrent à l&amp;rsquo;enfance) soit parce qu&amp;rsquo;il y a chez lui une forme d&amp;rsquo;inhibition à la transgression de la norme qui consiste à ne pas nuire à autrui. Mais cela n&amp;rsquo;explique rien : nous sommes ici dans les mécanismes qui expliquent l&amp;rsquo;acte et non l&amp;rsquo;intention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment expliquer l&amp;rsquo;intention, alors ? Nous sommes ici dans un processus d&amp;rsquo;attribution de responsabilité et de motivation à punir. Il y a des faits qui sont la cause d&amp;rsquo;un désordre dans la représentation de ce qui, pour l&amp;rsquo;individu, devrait être la norme. On s&amp;rsquo;interroge donc sur les valeurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour un défenseur de la nature à tendance préservationniste, le plus important est que l&amp;rsquo;homme dérange le moins possible la faune et la flore dans un soucis d&amp;rsquo;équilibre dit naturel. La valeur placée ainsi au dessus de toutes les autres, c&amp;rsquo;est cet idéal d&amp;rsquo;une nature préservée de l&amp;rsquo;homme. Pour un chasseur passionné, le bon management de la faune consiste en premier lieu à stabiliser et ne pas faire fuir le gibier. La valeur principale est donc le respect de l&amp;rsquo;équilibre cynégétique qui lui permet de chasser. Pour un promeneur contemplatif, l&amp;rsquo;essentiel est de trouver dans la montagne un lieu propice à la contemplation, au calme, loin de toute agitation censée troubler sa quiétude personnelle. La valeur principale est le respect de cette quiétude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On notera qu&amp;rsquo;il y a un spectre très large d&amp;rsquo;activités qui pourraient entrer en conflit avec ces valeurs. Par exemple, un chantier forestier avec tronçonneuses et autres engins de débardage. Mais il ne faut pas oublier que les valeurs ne sont jamais exclusives. On parle d&amp;rsquo;un &lt;em&gt;système&lt;/em&gt; de valeurs pour tout un chacun. Ainsi le bûcheronnage étant un travail, il est un effort productif, et n&amp;rsquo;entre pas forcément en conflit parce qu&amp;rsquo;il fait  appel à d&amp;rsquo;autres valeurs qui ont une importance tout aussi forte que les précédentes. De même imaginons un groupe d&amp;rsquo;écoliers qui croise le chemin du promeneur contemplatif : sans doute troublé par les cris des enfants, il y a peu de chances qu&amp;rsquo;il y voie une atteinte à ses valeurs à moins de détester l&amp;rsquo;enfance (cela arrive, cependant).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc, il ressort de cette psychologie de bazar, qu&amp;rsquo;en plus de voir ses valeurs remises en question, l&amp;rsquo;individu doit trouver chez d&amp;rsquo;autres individus des valeurs qu&amp;rsquo;il peut condamner dans la mesure où elles entrent en conflit avec son propre système de valeurs dans lequel elles ne peuvent pas s&amp;rsquo;inscrire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les valeurs sportives sont une cible idéale pour cela, surtout chez les personnes qui n&amp;rsquo;éprouvent aucune attirance pour le sport. Mais c&amp;rsquo;est encore insuffisant. La tolérance, par exemple, pourrait permettre de mettre un terme au conflit intérieur. Il faut donc encore un autre ingrédient : la légitimation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La légitimation s&amp;rsquo;articule en deux temps :&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;pouvoir attribuer une responsabilité à autrui,&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;estimer que la punition est une prérogative non sociale mais individuelle, dont le but n&amp;rsquo;est pas de réhabiliter le fautif dans l&amp;rsquo;ordre social (les valeurs communes), mais rétablir l&amp;rsquo;ordre des valeurs auxquelles on adhère à titre individuel.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;En d&amp;rsquo;autres termes : estimer que l&amp;rsquo;on est soi-même légitime à punir autrui non pas en vertu du droit mais en vertu de ses propres représentations morales. On infère donc deux choses :&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;la faute à partir d&amp;rsquo;une expérience personnelle et donc émettre une conclusion dont la logique est erronée (« j&amp;rsquo;ai vu trois vététistes freiner sur le chemin, donc les vététistes sont la cause de l&amp;rsquo;érosion de tous les chemins »),&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;une responsabilité en vertu d&amp;rsquo;une charge émotionnelle (« je suis en colère : eux ont le droit et pas moi ») qui déstabilise les normes, et permet le passage à l&amp;rsquo;acte : poser un piège (la destination).&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Et puis, outre la vengeance personnelle contre les vététistes comme chez &lt;a href=&#34;https://www.midilibre.fr/2015/01/22/des-clous-et-cables-pour-se-venger-d-un-vetetiste,1114423.php&#34;&gt;ce chasseur de l&amp;rsquo;Hérault&lt;/a&gt;, il y a le renforcement de la légitimation. C&amp;rsquo;est-à-dire tout ce qui chez l&amp;rsquo;individu malveillant pourra l&amp;rsquo;aider, de l&amp;rsquo;extérieur, à attribuer la faute et la responsabilité. Ce peuvent être par exemple :&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;un effet de groupe lorsque tout le monde y va de son témoignage personnel (on est toujours dans le jugement d&amp;rsquo;opinion) dans une bulle de représentation : « on a bien raison de penser ce qu&amp;rsquo;on pense »,&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;une pétition relayée par les médias comme &lt;a href=&#34;http://www.sos-massifdesvosges.fr/wp-content/uploads/2021/09/Les-Vosges-bient%C3%B4t-orphelines-de-la-randonn%C3%A9e-p%C3%A9destre-01.pdf&#34;&gt;celle de SOS massif des Vosges&lt;/a&gt; qui entretien soigneusement une confusion entre ce qui est vrai ou faux (la randonnée devenue impossible), légitime ou légal (le droit des VTT à rouler sur sentier) ou moral et immoral (les bonnes valeurs du randonneur &lt;em&gt;vs&lt;/em&gt; celle du sportif) de manière à susciter l&amp;rsquo;adhésion.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Enfin, on ajoute la victimisation. Tout comme le troll bien connu des réseaux sociaux, l&amp;rsquo;inversion des rôles est le parfait moyen pour déstabiliser (croit-on) la cible. Ainsi, malgré l&amp;rsquo;effort de dialogue toujours prôné par la Mountain Bikers Foundation (aboutissant souvent à des ententes scellées comme celle &lt;a href=&#34;https://www.chasseurdefrance.com/actualites/responsabilite-et-dialogue-pour-mieux-vivre-la-nature-ensemble/&#34;&gt;entre chasseurs et vététistes&lt;/a&gt;), les chasseurs se voyant accusés eux aussi de bien des maux, n&amp;rsquo;hésitent pas à &lt;a href=&#34;https://www.chassepassion.net/actualite-de-la-chasse/insolites/fils-tendus-en-foret-et-autres-pieges-a-vtt-accuse-chasseur-vous-etes-coupable/&#34;&gt;jouer les victimes&lt;/a&gt;. Sauf que… attisées parfois par les politiques (comme &lt;a href=&#34;https://www.leparisien.fr/societe/un-depute-pro-chasseurs-veut-il-vraiment-interdire-les-vtt-en-foret-19-10-2018-7923453.php&#34;&gt;ce député LREM&lt;/a&gt;) les tensions se multiplient inutilement avec les chasseurs qui vont même jusqu&amp;rsquo;à &lt;a href=&#34;https://www.30millionsdamis.fr/actualites/article/17338-une-importante-course-de-vtt-annulee-sous-la-pression-des-chasseurs/&#34;&gt;faire interdire une compétition de VTT&lt;/a&gt;, alors même que certains chasseurs isolés &lt;a href=&#34;https://www.estrepublicain.fr/sport/2020/12/19/un-chasseur-braque-son-fusil-sur-julien-absalon-double-champion-olympique-lors-d-une-sortie-vtt&#34;&gt;se croient au Far West devant nos champions nationaux&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bon… les tensions n&amp;rsquo;ont pas lieu qu&amp;rsquo;avec les VTT. &lt;a href=&#34;https://www2.u-trail.com/arrete-requisitionnant-les-chasseurs/&#34;&gt;Certains coureurs à pied&lt;/a&gt; en prennent aussi pour leur grade avec les chasseurs. Néanmoins, cela va mieux en le disant : les chasseurs, dans leur grande majorité, n&amp;rsquo;ont rien contre les VTT. Mon expérience personnelle confirme absolument la position commune de la Fédération Nationale de Chasse et des la Mountain Bike Foundation : j&amp;rsquo;ai toujours entretenu des relations très courtoises avec les chasseurs. Il suffit de demander où a lieu la battue et on peut toujours faire un petit  effort de contournement, quel que soit son avis sur la chasse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, la malveillance contre les VTT est avant tout une affaire individuelle. Elle reflète les tensions entretenues par ceux qui ne savent pas partager les usages de la forêt ou de la montagne, et se livrent à du lobbying envers les municipalités pour chercher à tout interdire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J&amp;rsquo;avais promis d&amp;rsquo;y revenir : les pistes d&amp;rsquo;Enduro. Oui, effectivement, cela crée de l&amp;rsquo;érosion, cela abîme par endroit les sentiers que d&amp;rsquo;autres entretiennent. Mais c&amp;rsquo;est du sport. En tant que discipline, j&amp;rsquo;ai du mal à comprendre pourquoi les municipalités qui s&amp;rsquo;enorgueillissent d&amp;rsquo;accueillir les VTT Cross Country sur des chemins balisés n&amp;rsquo;offrent pas aussi, dans les endroits concernés, des infrastructures sérieuses pour la descente. Je citerai au hasard (&lt;a href=&#34;https://www.26in.fr/news/4752-dh-barr-2012.html&#34;&gt;non, pas au hasard!&lt;/a&gt;) la municipalité de Barr dans le Bas-Rhin : il y a toute une population qui, ayant goûté dans cette même commune une dynamique favorable au développement de la discipline, se retrouve à se débrouiller comme elle peut pour aménager l&amp;rsquo;existant. Il y a un créneau à couvrir et un vrai petit trésor à valoriser. Pourquoi ne pas le faire et ainsi limiter les pistes sauvages ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une dernière chose : les imbéciles malveillants sont une extrême minorité d&amp;rsquo;individus qui peuvent cependant faire un tort considérable. Dans les Vosges, le partage de l&amp;rsquo;espace est de mieux en mieux vécu par les utilisateurs. VTT et randonneurs se croisent en toute cordialité, chasseurs et VTT discutent ensemble, les antennes du Club Vosgien (sauf celles qui n&amp;rsquo;ont rien compris au film, voir &lt;a href=&#34;https://golb.statium.link/post/20200105vttcvparc/&#34;&gt;ici&lt;/a&gt; et &lt;a href=&#34;https://golb.statium.link/post/20181205vttclubvosgien/&#34;&gt;là&lt;/a&gt;) ont souvent un groupe de vététistes dans leurs rangs, et quant aux protecteurs de la nature, ce n&amp;rsquo;est pas chez les vététistes qu&amp;rsquo;ils trouvent à blâmer pour l&amp;rsquo;état déplorable de certains milieux.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&#34;notes&#34;&gt;Notes&lt;/h2&gt;
&lt;div class=&#34;footnotes&#34; role=&#34;doc-endnotes&#34;&gt;
&lt;hr&gt;
&lt;ol&gt;
&lt;li id=&#34;fn:1&#34;&gt;
&lt;p&gt;Oui, il est assez facile de s&amp;rsquo;en apercevoir lorsqu&amp;rsquo;on fréquente les mêmes chemins régulièrement. Par exemple : vous passez un jour d&amp;rsquo;hiver, un arbre est tombé, traversant et endommageant le sentier. Il reste longtemps en place, le temps que des forestiers ou des bénévoles du Club Vosgien ou encore des vététistes locaux viennent le débiter. Vous repassez, le chemin est dégagé et vous rendez grâce à ces bénévoles sans qui la forêt deviendrait vite impraticable. Mais vous n&amp;rsquo;êtes pas seul à pratiquer le VTT à cet endroit. Vous avisez les morceaux de tronc posés à l&amp;rsquo;écart et vous ouvrez les paris : combien de temps ? Combien de temps avant qu&amp;rsquo;un-e imbécile trouve l&amp;rsquo;idée géniale d&amp;rsquo;en mettre un morceau en travers du chemin ? Pas juste pour obliger le cycliste à poser pied à terre (s&amp;rsquo;il s&amp;rsquo;agissait d&amp;rsquo;un obstacle à sauter, par défi, il y aurait toujours la place pour passer à côté). La pose malveillante d&amp;rsquo;obstacles est toujours réfléchie : en travers du chemin, certes, mais tiré avec d&amp;rsquo;autres branches, avec rage et détermination, vraiment pour faire ch…. Que faites vous ? vous posez le vélo, vous pensez aux autres pratiquants et vous rangez la forêt. Semaine suivante : déception, cela recommence.&amp;#160;&lt;a href=&#34;#fnref:1&#34; class=&#34;footnote-backref&#34; role=&#34;doc-backlink&#34;&gt;&amp;#x21a9;&amp;#xfe0e;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;/ol&gt;
&lt;/div&gt;
</description>
    </item>
    
    <item>
      <title>Revue articles et communications autour de Stop-Covid</title>
      <link>https://golb.statium.link/post/20200511stopcovid/</link>
      <pubDate>Mon, 11 May 2020 00:00:00 +0000</pubDate>
      <author>situveuxmonadresse@demande-la.moi (Christophe Masutti)</author>
      <guid>https://golb.statium.link/post/20200511stopcovid/</guid>
      <description>&lt;p&gt;Afin de garder une trace (!) des débats qui enflamèrent l&amp;rsquo;opinion publique lors de la crise sanitaire du printemps 2020, voici une revue partielle d&amp;rsquo;articles parus dans la presse et quelques communications officielles autour de l&amp;rsquo;application Stop-Covid, entre discours réalistes et solutionnisme technologique (cette liste est mise à jour régulièrement, autant que possible).&lt;/p&gt;
&lt;h1 id=&#34;presse-écrite-et-en-ligne&#34;&gt;Presse écrite et en ligne&lt;/h1&gt;
&lt;p&gt;Numerama (18/06/2020), « &lt;a href=&#34;https://www.numerama.com/tech/631458-stopcovid-a-ete-lance-alors-que-meme-la-cnil-ne-savait-pas-comment-lapp-fonctionnait.html&#34;&gt;StopCovid a été lancé alors que même la Cnil ne savait pas comment l’app fonctionnait&lt;/a&gt; »&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Un chercheur a montré que le fonctionnement technique de StopCovid n&amp;rsquo;était pas similaire à ce qui était annoncé par le gouvernement, ce qui est écrit dans le décret d&amp;rsquo;application et même ce qui a été validé par la Cnil.
&amp;hellip;
En résumé, la Cnil a validé un dispositif qui n’est pas celui qui est utilisé aujourd’hui dans l’application que tous les Français et Françaises sont fortement invités à utiliser, par le gouvernement et à grands coups de campagnes de communication. Comme on peut le voir au point numéro 37 qui était abordé dans l’avis du 25 mai, la Commission avait d’ailleurs elle-même « [pris] acte de ce que l’algorithme permettant de déterminer la distance entre les utilisateurs de l’application reste à ce stade en développement et pourra subir des évolutions futures ».&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le Monde - Pixel (16/06/2020), « &lt;a href=&#34;https://www.lemonde.fr/pixels/article/2020/06/16/l-application-stopcovid-collecte-plus-de-donnees-qu-annonce_6043038_4408996.html&#34;&gt;L’application StopCovid collecte plus de données qu’annoncé&lt;/a&gt; »&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Un chercheur a découvert que l’application collectait les identifiants de toutes les personnes croisées par un utilisateur, pas seulement celles croisées à moins d’un mètre pendant quinze minutes.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Mediapart (15/06/2020), « &lt;a href=&#34;https://www.mediapart.fr/journal/france/150620/stopcovid-l-appli-qui-en-savait-trop&#34;&gt;StopCovid, l’appli qui en savait trop&lt;/a&gt; »&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Loin de se limiter au recensement des contacts « à moins d’un mètre pendant au moins quinze minutes », l’application mise en place par le gouvernement collecte, et transfère le cas échéant au serveur central, les identifiants de toutes les personnes qui se sont « croisées » via l’appli. De près ou de loin.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L&amp;rsquo;Usine Digitale (12/06/2020), « &lt;a href=&#34;https://www.usine-digitale.fr/article/l-application-stopcovid-n-a-ete-activee-que-par-2-des-francais.N974786&#34;&gt;L&amp;rsquo;application StopCovid n&amp;rsquo;a été activée que par 2 % des Français&lt;/a&gt; »&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Échec pour StopCovid. Du 2 au 9 juin, seuls 2 % des Français ont téléchargé et activé l&amp;rsquo;application. Un chiffre beaucoup trop bas pour qu&amp;rsquo;elle soit utile. Au moins 60 % de la population d&amp;rsquo;un pays doit utiliser un outil de pistage numérique de ce type pour que celui-ci puisse détecter des chaînes de contamination du virus.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Dossier Familial (12/06/2020), « &lt;a href=&#34;https://www.dossierfamilial.com/actualites/vie-pratique/le-flop-de-lapplication-stopcovid-443374&#34;&gt;Le flop de l’application StopCovid&lt;/a&gt; »&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Alors même que son efficacité dépend de son succès, l’application StopCovid n’est utilisée effectivement que par environ 350 000 personnes.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;France Inter (11/06/2020), « &lt;a href=&#34;https://www.franceinter.fr/emissions/histoires-economiques/histoires-economiques-11-juin-2020&#34;&gt;Coût et soupçon de favoritisme : l&amp;rsquo;appli StopCovid dans le collimateur d&amp;rsquo;Anticor&lt;/a&gt; »&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;L’association Anticor, qui lutte contre la corruption, a déposé un signalement auprès du Procureur de la République. Le coût de l’application StopCovid est en cause. L’inquiétude ne porte pas sur l’utilisation de nos données, mais sur son coût et… un soupçon de favoritisme.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Liberation (11/06/2020), « &lt;a href=&#34;https://www.liberation.fr/amphtml/checknews/2020/06/11/l-application-stopcovid-utilise-t-elle-des-services-des-gafam_1790846&#34;&gt;L’application StopCovid utilise-t-elle des services des Gafam ?&lt;/a&gt; »&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le logiciel développé par le gouvernement français a bien recours au «Captcha» de Google mais n’est pas hébergé sur des serveurs Microsoft (contrairement au projet, distinct, de Health Data Hub).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le Monde (10/06/2020) « &lt;a href=&#34;https://www.lemonde.fr/pixels/article/2020/06/10/l-application-stopcovid-connait-des-debuts-decevants_6042404_4408996.html&#34;&gt;L’application StopCovid, activée seulement par 2 % de la population, connaît des débuts décevants&lt;/a&gt; »&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le coût de l’application de suivi de contacts, désormais supportée par l’Etat, pose question, une semaine après son lancement.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Slate.fr (03/06/2020), &lt;a href=&#34;http://www.slate.fr/story/191205/trois-erreurs-application-stopcovid-design-comite-choix-architecture-communication&#34;&gt;« Les trois erreurs qui plombent l&amp;rsquo;application StopCovid »&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ce projet tout à fait louable s&amp;rsquo;est écrasé en rase campagne en quelques semaines alors que tous les feux étaient au vert.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Nouvel Observateur (02/06/2020), « &lt;a href=&#34;https://www.nouvelobs.com/economie/20200602.OBS29619/stopcovid-une-application-au-cout-sale.html?utm_medium=Social&amp;amp;utm_source=Twitter#Echobox=1591112235&#34;&gt;StopCovid, une application au coût salé&lt;/a&gt; »&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;L’application de lutte contre le Covid-19 a été développée gratuitement par des chercheurs et partenaires privés. Toutefois, depuis son lancement mardi 2 juin, sa maintenance et son hébergement sont bel et bien facturés, entre 200 000 et 300 000 euros par mois.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;TV5 Monde (01/06/2020), &lt;a href=&#34;https://information.tv5monde.com/info/stopcovid-c-est-le-signe-d-une-societe-qui-va-tres-mal-et-qui-est-en-train-de-devenir&#34;&gt;StopCovid : « C’est le signe d’une société qui va très mal et qui est en train de devenir totalement paranoïaque »&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;A partir de ce mardi 2 juin, l’application StopCovid débarque en France. Son but : pister le Covid-19 pour éviter sa propagation. Alors cette application est-elle vraiment efficace ? Nos données personnelles sont-elles menacées ? Entretien avec Benjamin Bayart, ingénieur français, ancien président de French Data Network et co-fondateur de la Quadrature du Net.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;The Conversation (25/05/2020) « &lt;a href=&#34;https://theconversation.com/amp/donnees-de-sante-larbre-stopcovid-qui-cache-la-foret-health-data-hub-138852?__twitter_impression=true&#34;&gt;Données de santé : l’arbre StopCovid qui cache la forêt Health Data Hub&lt;/a&gt; »&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le projet de traçage socialement « acceptable » à l’aide des smartphones dit StopCovid, dont le lancement était initialement prévu pour le 2 juin, a focalisé l’intérêt de tous. Apple et Google se réjouissaient déjà de la mise en place d’un protocole API (interface de programmation d’application) qui serait commun pour de nombreux pays et qui confirmerait ainsi leur monopole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la forte controverse qu’a suscitée le projet en France, cumulée au fait que l’Allemagne s’en est retirée et à l’échec constaté de l’application à Singapour, où seulement 20 % des utilisateurs s’en servent, annoncent l’abandon prochain de StopCovid.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;« Ce n’est pas prêt et ce sera sûrement doucement enterré. À la française », estimait un député LREM le 27 avril auprès de l’AFP.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant ce temps-là, un projet bien plus large continue à marche forcée : celui de la plate-forme des données de santé Health Data Hub (HDHub).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;The Guardian (23/05/2020), « &lt;a href=&#34;https://www.theguardian.com/world/2020/may/24/how-did-the-covidsafe-app-go-from-being-vital-to-almost-irrelevant?__twitter_impression=true&#34;&gt;How did the Covidsafe app go from being vital to almost irrelevant?&lt;/a&gt; »&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;The PM told Australians in April the contact tracing app was key to getting back to normal but just one person has been identified using its data (En avril, le Premier ministre a déclaré aux Australiens que l&amp;rsquo;application de recherche des contacts était la clé du retour à la normale, mais seule une personne a été identifiée grâce à ses données)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Politico (20/05/2020) « &lt;a href=&#34;https://www.politico.eu/article/meet-the-dutchman-aleid-wolfsen-who-cried-foul-on-europe-coronavirus-covid19-tracking-technology/amp/?__twitter_impression=true&#34;&gt;Meet the Dutchman who cried foul on Europe’s tracking technology&lt;/a&gt; »&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;The national privacy watchdog has repeatedly broken ranks with EU peers over tracing technology. His approach seems to be winning.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&amp;hellip;) Alors que les gouvernements européens s&amp;rsquo;empressent d&amp;rsquo;adopter la technologie pour lutter contre le coronavirus, un Néerlandais au franc-parler est apparu comme une épine dans leur pied.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le message d&amp;rsquo;Aleid Wolfsen : Ne prétendez pas que vos solutions sont respectueuses de la vie privée.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&amp;ldquo;Nous devons éviter de déployer une solution dont on ne sait pas si elle fonctionne réellement, avec le risque qu&amp;rsquo;elle cause principalement d&amp;rsquo;autres problèmes&amp;rdquo;, a déclaré en avril le responsable de l&amp;rsquo;autorité néerlandaise chargée de la protection de la vie privée, en référence aux applications de suivi des coronavirus pour smartphones en cours de développement dans la plupart des pays de l&amp;rsquo;UE.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le Monde (18/05/2020), Tribune &amp;ndash; &lt;a href=&#34;https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/05/18/coronavirus-sur-l-application-stopcovid-il-convient-de-sortir-des-postures-dogmatiques_6040038_3232.html&#34;&gt;Coronavirus : « Sur l’application StopCovid, il convient de sortir des postures dogmatiques »&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Chercheurs à l’Inria et travaillant sur l’application StopCovid, Claude Castelluccia et Daniel Le Métayer mettent en garde, dans une tribune au « Monde », contre les oppositions de principe, notamment à un système centralisé, qui ne reposent pas sur une analyse précise des risques potentiels et des bénéfices attendus. (&amp;hellip;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&amp;hellip;) Même si la valeur ajoutée d’une application comme StopCovid dans le processus plus global de traçage (qui repose sur des enquêtes menées par des humains) reste à déterminer et à évaluer précisément&amp;hellip;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;The Economist (16/05/2020) « &lt;a href=&#34;https://www.economist.com/leaders/2020/05/16/dont-rely-on-contact-tracing-apps&#34;&gt;Don’t rely on contact-tracing apps&lt;/a&gt; »&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Governments are pinning their hopes on a technology that could prove ineffective — and dangerous&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Wired (13/05/2020), « &lt;a href=&#34;https://www.wired.co.uk/article/nhs-covid-19-app-health-status-future&#34;&gt;Secret NHS files reveal plans for coronavirus contact tracing app&lt;/a&gt; »&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Documents left unsecured on Google Drive reveal the NHS could in the future ask people to post their health status to its Covid-19 contact tracing app&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Numerama (13/05/2020), « &lt;a href=&#34;https://www.numerama.com/tech/623866-il-ny-a-rien-du-tout-la-premiere-publication-du-code-source-de-stopcovid-est-inutile.html&#34;&gt;&amp;lsquo;Il n’y a rien du tout&amp;rsquo; : la première publication du code source de StopCovid est inutile&lt;/a&gt; »&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;(&amp;hellip;) les critiques et les moqueries ont fusé immédiatement sur ce qui a été publié le 12 mai. En effet, de l’avis de diverses personnes habituées à travailler avec du code informatique, ce qui est proposé ressemble surtout à une coquille vide. Impossible donc pour les spécialistes de passer aux travaux pratiques en analysant les instructions du logiciel.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Dalloz Actualité (12/05/2020) &amp;ndash; par Caroline Zorn &amp;ndash; « &lt;a href=&#34;https://www.dalloz-actualite.fr/flash/etat-d-urgence-pour-donnees-de-sante-i-l-application-stopcovid&#34;&gt;État d’urgence pour les données de santé (I) : l’application StopCovid&lt;/a&gt; »&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;À travers deux exemples d’actualité que sont l’application StopCovid (première partie) et le Service intégré de dépistage et de prévention (SIDEP) (seconde partie), la question de la protection des données de santé à l’aune du pistage est confrontée à une analyse juridique (et parfois technique) incitant à une réflexion sur nos convictions en période d’état d’urgence sanitaire. Cette étude a été séparée en deux parties, la première consacrée à StopCovid est publiée aujourd’hui.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Revue politique et parlementaire (11/05/2020), « &lt;a href=&#34;https://www.revuepolitique.fr/stopcovid-une-application-problematique-sur-le-plan-ethique-et-politique&#34;&gt;Stopcovid : une application problématique sur le plan éthique et politique&lt;/a&gt; »&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Pierre-Antoine Chardel, Valérie Charolles et Eric Guichard font le point sur les risques engendrés par la mise en œuvre d’une solution de type Stopcovid, solution techniciste de court terme qui viendrait renforcer une défiance des citoyens envers l’État et ses représentants, ou à l’inverse un excès de confiance dans le numérique, au détriment de projets technologiques soucieux de l’éthique et susceptibles de faire honneur à un État démocratique.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;MIT Technology Review (11/05/2020) « &lt;a href=&#34;https://www.technologyreview.com/2020/05/11/1001541/iceland-rakning-c19-covid-contact-tracing/&#34;&gt;Nearly 40% of Icelanders are using a covid app — and it hasn’t helped much&lt;/a&gt; »&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;The country has the highest penetration of any automated contact tracing app in the world, but one senior figure says it “wasn’t a game changer.”&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Newstatesman &amp;ndash; NSTech (11/05/2020), « &lt;a href=&#34;https://tech.newstatesman.com/security/nhsx-tracing-app-source-code-was-released-privacy-fears&#34;&gt;The NHSX tracing app source code was released but privacy fears remain&lt;/a&gt; »&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;In a move designed to create the impression of radical transparency, NHSX finally released the source code for the UK’s Covid-19 tracing app last week. However, among experts, the reception was mixed.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aral Balkan, software developer at Small Technology Foundation, expressed criticism that the source code for the server hadn’t been released, only that of the iOS and Android clients. “Without that, it’s a meaningless gesture,” he wrote on Twitter. “Without the server source you have no idea what they’re doing with the data.”&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In further analysis, Balkan said the iOS app was “littered with Google tracking” and the app was using Firebase (a Google mobile and web application development platform) to build the app. He pointed out that Microsoft analytics also tracked what information the person has provided, such as partial postcode and collected contact events. &lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;France info, (09/05/2020) &amp;ndash; &lt;a href=&#34;https://www.francetvinfo.fr/sante/maladie/coronavirus/nouveau-monde-refuser-lapplication-stopcovid-revient-a-remettre-en-question-notre-systeme-de-sante-selon-le-directeur-du-comite-dethique-du-cnrs_3933943.html&#34;&gt;Nouveau monde. Refuser l’application StopCovid revient à remettre en question notre système de santé, selon le directeur du comité d’éthique du CNRS&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;« Déjà, nous sommes tracés tous les jours par notre téléphone qui enregistre énormément d&amp;rsquo;informations. Surtout, nous sommes tous satisfaits de notre système étatique de santé et, avec un système étatique, contrairement aux États-Unis, l&amp;rsquo;État est nécessairement au courant de tout. L’État sait chez quels médecins nous allons, quels médicaments nous sont prescrits, quels hôpitaux nous fréquentons, etc. Bien sûr, cela doit se faire avec une certaine confidentialité mais si l’on prenait au sérieux certains discours actuels, cela remettrait en cause le système de santé tel qu&amp;rsquo;il existe aujourd&amp;rsquo;hui. Et ça, je pense que ce n&amp;rsquo;est pas légitime. »&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le Monde (08/05/2020), « &lt;a href=&#34;https://www.lemonde.fr/pixels/article/2020/05/08/suivi-des-cas-contacts-ce-que-contiendront-les-deux-nouveaux-fichiers-medicaux-prevus-par-l-etat_6039059_4408996.html&#34;&gt;Suivi des « cas contacts » : ce que contiendront les deux nouveaux fichiers sanitaires prévus par l’Etat Par Martin Untersinger&lt;/a&gt; »&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;La stratégie du gouvernement pour lutter contre une reprise de l’épidémie repose sur un suivi des « cas contacts ». Les autorités prévoient un « système d’information », reposant sur deux bases de données médicales : Sidep et Contact Covid.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Acteurs Publics, (07/05/2020) « &lt;a href=&#34;https://www.acteurspublics.fr/evenement/aymeril-hoang-larchitecte-discret-du-projet-dapplication-stopcovid&#34;&gt;Aymeril Hoang, l’architecte discret du projet d’application StopCovid&lt;/a&gt; »&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Membre du Conseil scientifique Covid-19 en tant qu’expert du numérique, l’ancien directeur de cabinet de Mounir Mahjoubi au secrétariat d’État au Numérique a eu en réalité un rôle central, en coulisses, dans l’élaboration du projet d’application de traçage numérique StopCovid. Récit.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Les Echos (07/05/2020), « &lt;a href=&#34;https://www.lesechos.fr/tech-medias/hightech/la-reunion-lance-sa-propre-appli-de-tracage-sans-attendre-stopcovid-1201262&#34;&gt;La Réunion lance sa propre appli de traçage… sans attendre StopCovid&lt;/a&gt; »&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Des entrepreneurs réunionnais ont mis au point Alertanoo, une application mobile permettant aux habitants de l&amp;rsquo;île testés positifs au coronavirus d&amp;rsquo;alerter les personnes qu&amp;rsquo;elles ont croisées récemment.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le Temps (06/05/2020), « &lt;a href=&#34;https://www.letemps.ch/economie/singapour-tracage-app-degenere-surveillance-masse&#34;&gt;A Singapour, le traçage par app dégénère en surveillance de masse&lt;/a&gt; »&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Premier pays à avoir lancé le pistage du virus par smartphone de manière volontaire, Singapour lance un nouveau service liberticide, baptisé SafeEntry. La Suisse peut en tirer des leçons&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&amp;hellip;) Ainsi, le système central obtiendra les coordonnées complètes – du nom au numéro de téléphone – des Singapouriens qui fréquentent ces lieux. SafeEntry diffère ainsi de TraceTogether sur deux points majeurs: d’abord, son caractère obligatoire, comme on vient de le voir – même si un haut responsable de la Santé vient de demander que TraceTogether devienne obligatoire. Ensuite, la qualité des données récoltées diffère: la première application lancée fonctionne de manière anonyme – ni le nom, ni la localisation des personnes n’étant révélés. SafeEntry ne semble pas avoir suscité, pour l’heure, de critiques.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Wired (05/06/2020), « &lt;a href=&#34;https://www.wired.com/story/india-covid-19-contract-tracing-app-patient-location-privacy/&#34;&gt;India&amp;rsquo;s Covid-19 Contact Tracing App Could Leak Patient Locations&lt;/a&gt; »&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;The system&amp;rsquo;s use of GPS data could let hackers pinpoint who reports a positive diagnosis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;As countries around the world rush to build smartphone apps that can help track the spread of Covid-19, privacy advocates have cautioned that those systems could, if implemented badly, result in a dangerous mix of health data and digital surveillance. India&amp;rsquo;s new contact tracing app may serve as a lesson in those privacy pitfalls: Security researchers say it could reveal the location of Covid-19 patients not only to government authorities but to any hacker clever enough to exploit its flaws.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Nextinpact (04/05/2020), « &lt;a href=&#34;https://www.nextinpact.com/news/108950-sidep-et-contact-covid-deux-fichiers-contact-tracing.htm&#34;&gt;SIDEP et Contact Covid, les deux fichiers du « contact tracing&lt;/a&gt; »&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le Conseil d’État estime que les conditions de mise en œuvre des fichiers, qui reposeront notamment sur le traitement de données de santé non anonymisées, « le cas échéant sans le consentement des personnes intéressées », « ne portent pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée ». Le projet de loi est examiné aujourd&amp;rsquo;hui au Sénat.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Numerama (04/05/2020), « &lt;a href=&#34;https://www.numerama.com/tech/622089-apres-lechec-du-stopcovid-local-singapour-passe-a-une-solution-beaucoup-plus-radicale.html&#34;&gt;Après l’échec du StopCovid local, Singapour passe à une solution beaucoup plus radicale&lt;/a&gt; »&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;À Singapour, l&amp;rsquo;application TraceTogether non fonctionnelle est accompagnée d&amp;rsquo;un nouveau mode de traçage des contacts numérique : le scan d&amp;rsquo;un QR Code. Et, dans les grandes lignes, il est obligatoire.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Medium (03/05/2020), par Cedric O. « &lt;a href=&#34;https://medium.com/@cedric.o/stopcovid-ou-encore-b5794d99bb12&#34;&gt;StopCovid ou encore ?&lt;/a&gt; »&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le secrétaire d&amp;rsquo;Etat chargé du numérique Cedric O. se fend d&amp;rsquo;un long article sur Medium pour faire le point sur l&amp;rsquo;application Stop-Covid.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Liberation (02/05/2020), « &lt;a href=&#34;https://www.liberation.fr/politiques/2020/05/02/fichiers-medicaux-isolement-tracage-le-gouvernement-precise-son-etat-d-urgence-sanitaire_1787175&#34;&gt;Fichiers médicaux, isolement, traçage… Le gouvernement précise son état d&amp;rsquo;urgence sanitaire&lt;/a&gt; »&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;A l’issue du Conseil des ministres de samedi, Olivier Véran a justifié l’utilisation prochaine de «systèmes d’information» pour «tracer» les personnes infectées par le nouveau coronavirus et la prolongation de l’état d’urgence sanitaire jusqu’à juillet.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;France Info Tv/2 (02/05/2020), « &lt;a href=&#34;https://www.francetvinfo.fr/sante/maladie/coronavirus/deconfinement-le-travail-controverse-des-brigades-danges-gardiens_3945525.html&#34;&gt;Déconfinement : le travail controversé des &amp;ldquo;brigades d’anges gardiens&amp;rdquo;&lt;/a&gt; »&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Protéger, isoler, tester, pour mettre en place ce triptyque, la mise en place d’un nouvel outil, avec le suivi des patients, et la récolte des données personnelles est prônée par le gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Allons-nous tous être fichés, et faut-il s’inquiéter ? Le gouvernement a dévoilé sa politique de traçage. Lorsqu’une personne est testée positive au Covid-19, elle apparaitra dans un fichier, appelé Sidep, les personnes qu’elle a côtoyé seront fichées dans un deuxième fichier nommé Contact Covid, afin d’être testées et si besoin isolées pour empêcher la propagation du virus. 3 à 4 000 personnes seront affectées à cette mission.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;France Info (02/05/2020), « &lt;a href=&#34;https://www.francetvinfo.fr/sante/maladie/coronavirus/application-stopcovid-nous-avons-absolument-besoin-de-ce-regard-affirme-le-president-du-syndicat-de-medecins-generalistes-mg-france_3945531.html&#34;&gt;Application StopCovid : &amp;ldquo;Nous avons absolument besoin de ce regard&amp;rdquo;, affirme le président du syndicat de médecins généralistes MG France&lt;/a&gt; »&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Selon Jacques Battistoni, les généralistes effectuent déjà une forme de surveillance en mentionnant les contaminations au coronavirus sur les arrêts de travail. Pour lui, l&amp;rsquo;application envisagé par le gouvernement donnera une &amp;ldquo;vision d&amp;rsquo;ensemble&amp;rdquo;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Numerama (02/05/2020), « &lt;a href=&#34;https://www.numerama.com/politique/622048-stopcovid-olivier-veran-confirme-le-destin-incertain-de-lapplication-de-contact-tracing.html&#34;&gt;StopCovid : Olivier Véran confirme les incertitudes autour de l’application de contact tracing&lt;/a&gt; »&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;L&amp;rsquo;application StopCovid ne sera pas prête pour le 11 mai. Le ministre de la Santé Olivier Véran prépare déjà la France à ce qu&amp;rsquo;elle ne voit jamais le jour.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Reuters (02/05/2020), « &lt;a href=&#34;https://www.reuters.com/article/us-health-coronavirus-india-app/india-makes-government-tracing-app-mandatory-for-all-workers-idUSKBN22E07K&#34;&gt;India orders coronavirus tracing app for all workers&lt;/a&gt; »&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;NEW DELHI (Reuters) - India has ordered all public and private sector employees use a government-backed contact tracing app and maintain social distancing in offices as it begins easing some of its lockdown measures in districts less affected by the coronavirus.
(&amp;hellip;) “Such a move should be backed by a dedicated law which provides strong data protection cover and is under the oversight of an independent body,” said Udbhav Tiwari, Public Policy Advisor for internet browser company Mozilla.  Critics also note that about 400 million of India’s population do not possess smartphones and would not be covered.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Capital (01/05/2020), « &lt;a href=&#34;https://www.capital.fr/lifestyle/lapplication-stop-covid-dans-le-top-de-lappstore-sauf-que-ce-nest-pas-la-bonne-1368985&#34;&gt;L&amp;rsquo;application &amp;ldquo;Stop Covid&amp;rdquo; dans le top de l&amp;rsquo;AppStore, sauf que ce n&amp;rsquo;est pas la bonne&lt;/a&gt; »&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Des milliers de personnes ont téléchargé cette application sur Google Play ou l’AppStore, sauf qu’il s’agit de celle lancée par le gouvernement géorgien.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Charlie Hebdo (30/04/2020), « &lt;a href=&#34;https://charliehebdo.fr/2020/04/societe/stop-covid-est-un-danger-pour-nos-libertes/&#34;&gt;Stop Covid est un danger pour nos libertés&lt;/a&gt; »&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le Covid-19 va-t-il nous faire basculer vers une société de surveillance ? Bernard E. Harcourt, professeur de droit à Columbia University et directeur d’études à l’EHESS nous alerte notamment sur les risques de l’application Stop Covid. Il avait publié en janvier dernier un ouvrage intitulé « La société d’exposition », (Ed Seuil), dans lequel il montrait de manière saisissante comment les nouvelles technologies exploitent notre désir d’exhibition et de mise en avant de soi.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Buzzfeed (29/04/2020) « &lt;a href=&#34;https://www.buzzfeednews.com/amphtml/carolinehaskins1/coronavirus-contact-tracing-google-apple&#34;&gt;We Need An “Army” Of Contact Tracers To Safely Reopen The Country. We Might Get Apps Instead&lt;/a&gt; »&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Without enough human contact tracers to identify infected people, the US is barreling toward a digital solution, and possible disaster.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&amp;hellip;) “My problem with contact tracing apps is that they have absolutely no value,” Bruce Schneier, a privacy expert and fellow at the Berkman Klein Center for Internet &amp;amp; Society at Harvard University, told BuzzFeed News. “I’m not even talking about the privacy concerns, I mean the efficacy. Does anybody think this will do something useful? … This is just something governments want to do for the hell of it. To me, it’s just techies doing techie things because they don’t know what else to do.”&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Dalloz Actualités (28/04/2020) « &lt;a href=&#34;https://www.dalloz-actualite.fr/flash/coronavirus-stopcovid-avis-de-cnil-et-du-cnnum&#34;&gt;Coronavirus : StopCovid, les avis de la CNIL et du CNNum&lt;/a&gt; »&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Quoi que favorables à l’application de traçage StopCovid telle qu’elle est actuellement présentée, la Commission nationale informatique et libertés et le Conseil national du numérique relèvent cependant les risques et les garanties qui devront être discutées par le législateur.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Mediapart (28/04/2020) « &lt;a href=&#34;https://www.mediapart.fr/journal/france/280420/le-gouvernement-s-embourbe-dans-son-projet-d-application-stopcovid&#34;&gt;Le gouvernement s’embourbe dans son projet d’application «StopCovid»&lt;/a&gt; »&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Édouard Philippe a reconnu « les incertitudes » pesant sur le projet d’application de traçage des contacts des personnes contaminées. Celui-ci suscite l’opposition de défenseurs des libertés publiques comme de chercheurs.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Numerama (27/04/2020), « &lt;a href=&#34;https://www.numerama.com/politique/616687-application-stopcovid-de-pistage-des-malades-que-sait-on-du-projet-du-gouvernement.html&#34;&gt;Application StopCovid : que sait-on du projet de contact tracing du gouvernement ?&lt;/a&gt; »&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;StopCovid est un projet d&amp;rsquo;application servant à suivre la propagation de la maladie dans la population. Présentée début avril, elle doit être prête lorsque la phase de déconfinement débutera. Mais cette stratégie est l&amp;rsquo;objet d&amp;rsquo;un intense débat. Que sait-on d&amp;rsquo;elle ? Numerama fait le point.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le Monde (27/04/2020) « &lt;a href=&#34;https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/04/27/coronavirus-substituons-temporairement-au-terme-liberte-de-notre-devise-francaise-celui-de-responsabilite_6037911_3232.html?utm_medium=Social&amp;amp;utm_source=Twitter&#34;&gt;Coronavirus : « Substituons temporairement au terme “liberté” de notre devise française celui de “responsabilité”&lt;/a&gt; »&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Trois spécialistes en épidémiologie de l’université de Toulouse, associée à l’Inserm, présentent dans une tribune au « Monde » un éclairage éthique sur le traçage numérique de la propagation du Covid-19, entre intérêt public et libertés individuelles.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;France Culture (27/04/2020), « &lt;a href=&#34;https://www.franceculture.fr/amp/numerique/tracage-ce-nest-pas-le-numerique-qui-pose-question-mais-notre-capacite-a-penser-le-bien-commun?__twitter_impression=true&#34;&gt;Traçage : &amp;ldquo;Ce n&amp;rsquo;est pas le numérique qui pose question, mais notre capacité à penser le bien commun&amp;rdquo;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Entretien | À travers le monde, les différentes solutions technologiques imaginées pour répondre à la pandémie via les applications de traçage &amp;ldquo;StopCovid&amp;rdquo; dessinent une carte assez précise de la façon dont le politique se saisit - ou pas - des questions numériques. Analyse avec Stéphane Grumbach, de l&amp;rsquo;INRIA.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Numerama (27/04/2020), « &lt;a href=&#34;https://www.numerama.com/tech/620777-stopcovid-dans-limpasse-cedric-o-confirme-que-la-france-se-lance-dans-un-bras-de-fer-avec-apple.html/amp?%E2%80%A6&#34;&gt;StopCovid dans l’impasse : Cédric O confirme que la France se lance dans un bras de fer avec Apple&lt;/a&gt; »&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Cédric O a confirmé que la France choisissait le bras de fer avec Apple pour obtenir un passe-droit sur le Bluetooth, au risque de mettre en danger la vie privée des utilisatrices et utilisateurs d&amp;rsquo;iPhone. Sans cela, StopCovid ne fonctionnera pas.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Libération (26/04/2020). Tribune par Didier Sicard et al. « &lt;a href=&#34;https://www.liberation.fr/debats/2020/04/26/pour-faire-la-guerre-au-virus-armons-numeriquement-les-enqueteurs-sanitaires_1786298&#34;&gt;Pour faire la guerre au virus, armons numériquement les enquêteurs sanitaires&lt;/a&gt; »&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi se focaliser sur une application qu&amp;rsquo;il faudra discuter à l&amp;rsquo;Assemblée nationale et qui risque de ne jamais voir le jour, alors que nous devrions déjà nous concentrer sur la constitution et l&amp;rsquo;outillage numérique d&amp;rsquo;une véritable armée d&amp;rsquo;enquêteurs en épidémiologie ?&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le Figaro (26/04/2020). « &lt;a href=&#34;https://www.lefigaro.fr/secteur/high-tech/mobilisation-generale-pour-developper-l-application-stopcovid-20200426&#34;&gt;Mobilisation générale pour développer l’application StopCovid&lt;/a&gt; »&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Les récents avis rendus par la Cnil, le CNNum et le Conseil scientifique ont sonné le top départ pour les équipes de développement d’une application de «contact tracing».&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Les Echos (26/04/2020), « &lt;a href=&#34;https://www.lesechos.fr/tech-medias/hightech/stopcovid-le-gouvernement-passe-en-force-et-supprime-le-debat-a-lassemblee-1198202&#34;&gt;StopCovid : le gouvernement passe en force et supprime le débat à l&amp;rsquo;Assemblée&lt;/a&gt; »&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;En intégrant le débat sur le projet d&amp;rsquo;application StopCovid à celui, général, sur le déconfinement, l&amp;rsquo;exécutif est accusé de passer en force. Une situation dénoncée à gauche comme au sein même de la majorité, où les réticences contre cette application sont fortes.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Politis (26/04/2020). « &lt;a href=&#34;https://www.politis.fr/articles/2020/04/covid-19-la-solution-ne-sera-pas-technologique-41787/&#34;&gt;Covid-19 : la solution ne sera pas technologique&lt;/a&gt; »&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Les débats autour de l’application StopCovid, souhaitée par le gouvernement français, révèlent la grande obsession de notre temps. Face aux périls qui nous menacent, nous devrions nous jeter à corps perdu dans la technologie. Surtout, ne rien remettre en cause, mais opter pour un monde encore et toujours plus numérisé. Au mépris de nos libertés, de l’environnement, de l’humain et, au final, de notre avenir.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Reuters (26/04/2020), « &lt;a href=&#34;https://www.reuters.com/article/us-health-coronavirus-europe-tech/germany-flips-on-smartphone-contact-tracing-backs-apple-and-google-idUSKCN22807J&#34;&gt;Germany flips to Apple-Google approach on smartphone contact tracing&lt;/a&gt; »&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Germany changed course on Sunday over which type of smartphone technology it wanted to use to trace coronavirus infections, backing an approach supported by Apple and Google along with a growing number of other European countries.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le Monde (26/04/2020), « &lt;a href=&#34;https://www.lemonde.fr/pixels/article/2020/04/26/stopcovid-etre-prets-le-11-mai-sera-un-defi-selon-cedric-o_6037789_4408996.html&#34;&gt;Application StopCovid : la CNIL appelle le gouvernement « à une grande prudence&lt;/a&gt; » »&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Dans son avis, la Commission nationale de l’informatique et des libertés donne un satisfecit au gouvernement tout en pointant les « risques » liés à ce projet d’application.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le Monde (25/04/2020). Tribune par Antonio Casilli et al. « &lt;a href=&#34;https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/04/25/stopcovid-est-un-projet-desastreux-pilote-par-des-apprentis-sorciers_6037721_3232.html&#34;&gt;StopCovid est un projet désastreux piloté par des apprentis sorciers&lt;/a&gt; »&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Il faut renoncer à la mise en place d’un outil de surveillance enregistrant toutes nos interactions humaines et sur lequel pèse l’ombre d’intérêts privés et politiques, à l’instar du scandale Cambridge Analytica, plaide un collectif de spécialistes du numérique dans une tribune au « Monde ».&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La Dépêche du Midi (25/04/2020), « &lt;a href=&#34;https://www.ladepeche.fr/2020/04/25/coronavirus-la-societe-toulousaine-sigfox-propose-des-bracelets-electroniques-pour-gerer-le-deconfinement,8862285.php&#34;&gt;Coronavirus : la société toulousaine Sigfox propose des bracelets électroniques pour gérer le déconfinement&lt;/a&gt; »&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Tracer les malades du Covid-19 via une application pour alerter tous ceux qui les ont croisés et qui ont été touchés par le nouveau coronavirus, c&amp;rsquo;est l&amp;rsquo;une des options étudiées par le gouvernement pour le déconfinement. La société toulousaine Sigfox a proposé ses services : un bracelet électronique au lieu d&amp;rsquo;une application. Plus sûr selon son patron.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le Monde (24/04/2020), Tribune de Thierry Klein, entrepreneur du numérique, « &lt;a href=&#34;https://www.lemonde.fr/idees/article/2020/04/24/deconfinement-nous-nous-sommes-encore-tire-une-balle-dans-le-pied-avec-le-rgpd_6037643_3232.html&#34;&gt;Déconfinement : « Nous nous sommes encore tiré une balle dans le pied avec le RGPD »&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;L’entrepreneur Thierry Klein estime, dans une tribune au « Monde », que le Règlement général sur la protection des données est un monstre juridique dont la France subira les conséquences quand il s’agira de mettre en place des outils numériques de suivi de la contagion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Extrait :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pompon de la bêtise, celle qui tue, est en passe d’être atteint avec le traitement du coronavirus. Au moment où nous déconfinerons, il devrait être possible de mettre une application traceuse sur chaque smartphone (« devrait », car il ne faut pas préjuger des capacités techniques d’un pays qui n’a su procurer ni gel ni masques à ses citoyens). Cette application, si vous êtes testé positif, va être capable de voir quels amis vous avez croisés et ils pourront être eux-mêmes testés. Ainsi utilisée, une telle application réduit significativement la contagion, sauve des vies (par exemple en Corée du Sud), mais réduirait selon certains nos libertés et, drame national, enfreindrait le RGPD.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle interprétation est un détournement de la notion de citoyenneté, au bénéfice d’une liberté individuelle mal comprise – de fait, la liberté de tuer.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;NextInpact (24/04/2020), « &lt;a href=&#34;https://www.nextinpact.com/news/108906-la-necessite-oubliee-milliers-denqueteurs.htm?r?skipua=1&#34;&gt;« Contact tracing » : la nécessité (oubliée) de milliers d&amp;rsquo;enquêteurs&lt;/a&gt; » (Par Jean-Marc Manach )&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;La focalisation du débat autour des seules applications Bluetooth de « contact tracing » fait complètement l&amp;rsquo;impasse sur le fait que, en termes de santé publique, le « contact tracing » repose d&amp;rsquo;abord et avant tout sur le facteur humain. Et qu&amp;rsquo;il va falloir en déployer des centaines de milliers, dans le monde entier.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Numerama (21/04/2020), « »&lt;a href=&#34;https://www.numerama.com/tech/619446-stopcovid-vs-apple-pourquoi-la-france-sest-mise-dans-une-impasse.html/&#34;&gt;StopCovid vs Apple : pourquoi la France s’est mise dans une impasse&lt;/a&gt; »&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;D&amp;rsquo;après Cédric O, secrétaire d&amp;rsquo;État au Numérique, l&amp;rsquo;application StopCovid ne sortira pas dans les temps à cause d&amp;rsquo;Apple. Cette politisation simpliste du discours autour de l&amp;rsquo;app de contact tracing cache un désaccord technique entre la méthode nationale de l&amp;rsquo;Inria et le développement international de la solution de Google et Apple. Résultat : la France est dans l&amp;rsquo;impasse.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Corriere Della Sera (21/04/2020), « &lt;a href=&#34;https://www.corriere.it/cronache/cards/coronavirus-l-app-quasi-obbligatoria-braccialetto-gli-anziani/scaricare-immuni.shtml&#34;&gt;Coronavirus, l’App (quasi) obbligatoria e l’ipotesi braccialetto per gli anziani&lt;/a&gt; »&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Une idée pour l&amp;rsquo;incitation pourrait être de laisser la possibilité de télécharger l&amp;rsquo;application, ou de porter le bracelet, rester volontaire. Comme le gouvernement l&amp;rsquo;a déjà indiqué clairement. Mais prévoir que pour ceux qui choisissent de ne pas le télécharger, des restrictions de mobilité subsistent. Il reste à préciser ce que l&amp;rsquo;on entend exactement par restrictions à la liberté de circulation. Pas l&amp;rsquo;obligation de rester à la maison, ce ne serait pas possible. Mais il pourrait y avoir un resserrement du mouvement qui, pour tous les autres, dans la phase 2, sera autorisé progressivement. La proposition, encore en phase d&amp;rsquo;élaboration, pourrait être formalisée dans les prochains jours par la commission technico-scientifique, en accord avec Domenico Arcuri, le commissaire extraordinaire qui a signé l&amp;rsquo;ordre précisément pour l&amp;rsquo;application, et en accord également avec le groupe de travail dirigé par Vittorio Colao. La décision finale, bien sûr, appartient au gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Korii-slate (20/04/2020), « &lt;a href=&#34;https://korii.slate.fr/tech/sortie-confinement-app-passeport-immunitaire-coronapass-donnees-fiabilite&#34;&gt;Peut-on déjà se fier à une app de passeport immunitaire?&lt;/a&gt; » (voir &lt;a href=&#34;https://qz.com/1838764/is-it-too-soon-for-immunity-passports/&#34;&gt;original sur Quartz&lt;/a&gt; paru le 15/04/2020)&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Une start-up propose déjà son CoronaPass aux États, sur des bases scientifiques pourtant balbutiantes.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le Temps (18/04/2020), « &lt;a href=&#34;https://www.letemps.ch/economie/lepfl-se-distancie-projet-europeen-tracage-virus-via-telephones&#34;&gt;L’EPFL se distancie du projet européen de traçage du virus via les téléphones&lt;/a&gt; »&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;L’EPFL, mais aussi l’EPFZ se distancient du projet européen de traçage des smartphones pour lutter contre le coronavirus. A l’origine, les deux établissements faisaient partie de l’ambitieux projet de recherche européen Pan-European Privacy-Preserving Proximity Tracing (PEPP-PT), regroupant 130 organismes de huit pays. Mais vendredi, les deux partenaires suisses ont décidé d’explorer une autre solution, davantage respectueuse de la vie privée.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le Figaro (17/04/2020). Interview de Shoshana Zuboff « &lt;a href=&#34;https://www.lefigaro.fr/international/shoshana-zuboff-les-applications-de-controle-de-la-pandemie-doivent-etre-obligatoires-comme-les-vaccins-20200417&#34;&gt;Shoshana Zuboff: «Les applications de contrôle de la pandémie doivent être obligatoires, comme les vaccins»&lt;/a&gt; » Traduction d&amp;rsquo;une interview parue originellement dans La Repubblica &lt;a href=&#34;https://rep.repubblica.it/pwa/intervista/2020/04/09/news/shoshana_zuboff_altro_che_privacy_le_app_per_il_controllo_della_pandemia_devono_essere_obbligatorie_come_i_vaccini_-253587046/&#34;&gt;«Shoshana Zuboff: &amp;lsquo;Le app per il controllo della pandemia possono essere obbligatorie come i vaccini&amp;rsquo; »&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;VU D’AILLEURS - L’auteure du livre L’ère du capitalisme de surveillance nous explique pourquoi les systèmes numériques de contrôle de la pandémie devraient relever du secteur public et donc devenir obligatoires.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L&amp;rsquo;Usine Nouvelle (16/04/2020) « &lt;a href=&#34;https://www.usine-digitale.fr/article/covid-19-sanofi-et-luminostics-s-associent-pour-developper-un-autotest-sur-smartphone.N954366&#34;&gt;Sanofi et Luminostics s&amp;rsquo;associent pour développer un autotest du Covid-19 sur smartphone&lt;/a&gt; »&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le français Sanofi et la start-up californienne Luminostics font alliance pour le développement d&amp;rsquo;un test de dépistage du Covid-19 à faire soi-même sur son smartphone. Les travaux doivent débuter dans quelques semaines et la solution pourra voir le jour d&amp;rsquo;ici à la fin 2020 sous réserve de l&amp;rsquo;obtention des autorisations réglementaires.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;WIRED (14/04/2020), « &lt;a href=&#34;https://www.wired.com/story/apple-google-contact-tracing-wont-stop-covid-alone/&#34;&gt;The Apple-Google Contact Tracing Plan Won&amp;rsquo;t Stop Covid Alone&lt;/a&gt; »&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Putting the privacy of these smartphone apps aside, few Americans have been tested—and there&amp;rsquo;s a risk of false positives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apple and Google are offering a bold plan using signals from more than 3 billion smartphones to help stem the spread of the deadly coronavirus while protecting users’ privacy. But epidemiologists caution that—privacy concerns aside—the scheme will be of limited use in combating Covid-19 because of the technology’s constraints, inadequate testing for the disease, and users’ reluctance to participate.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le Monde (10/04/2020), « &lt;a href=&#34;https://www.lemonde.fr/pixels/article/2020/04/10/coronavirus-apple-et-google-proposent-un-outil-commun-pour-les-applications-de-tracage-des-malades_6036278_4408996.html&#34;&gt;Coronavirus : Apple et Google proposent un outil commun pour les applications de traçage des malades&lt;/a&gt; »&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Les deux géants de la téléphonie vont mettre en place une solution technique mise à disposition des gouvernements.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Wired (05/04/2020), « &lt;a href=&#34;https://www.wired.com/story/apple-google-covid-19-contact-tracing-interface/&#34;&gt;Google and Apple Reveal How Covid-19 Alert Apps Might Look&lt;/a&gt; »&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;As contact tracing plans firm up, the tech giants are sharing new details for their framework—and a potential app interface.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finding out that you&amp;rsquo;ve been exposed to a serious disease through a push notification may still seem like something out of dystopian science fiction. But the ingredients for that exact scenario will be baked into Google and Apple&amp;rsquo;s operating system in as soon as a matter of days. Now the two companies have shown not only how it will work, but how it could look—and how it&amp;rsquo;ll let you know if you&amp;rsquo;re at risk.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;France Inter (04/04/2020) « &lt;a href=&#34;https://www.franceinter.fr/google-et-le-covid-19-ou-le-big-data-au-service-des-gouvernements&#34;&gt;Google et le Covid-19 ou le Big data au service des gouvernement&lt;/a&gt; »&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Google a mis en ligne vendredi l’ensemble des données de déplacements des utilisateurs (qui ont activé l’option localisation) de son outil de cartographie, Google Maps. Des données qui doivent, selon le géant du web américain, permettre d’aider les dirigeants à améliorer l’efficacité de leur politique de confinement.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La Tribune (24/03/2020), « &lt;a href=&#34;https://www.latribune.fr/technos-medias/covid-19-et-contagion-vers-une-geolocalisation-des-smartphones-en-france-843173.html&#34;&gt;Covid-19 et contagion : vers une géolocalisation des smartphones en France ?&lt;/a&gt; »&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Un comité de douze chercheurs et médecins va être mis en place à l&amp;rsquo;Élysée à partir de ce mardi pour conseiller le gouvernement sur les moyens d&amp;rsquo;endiguer la propagation du coronavirus. Le numérique figure parmi les thèmes à l&amp;rsquo;étude, notamment pour identifier des personnes ayant été potentiellement exposées au virus. De nombreux pays ont déjà opté pour la géolocalisation des smartphones afin de traquer les déplacements des individus.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;h1 id=&#34;avis-et-infos-experts&#34;&gt;Avis et infos experts&lt;/h1&gt;
&lt;p&gt;CNIL (25/05/2020) &amp;ndash; &lt;a href=&#34;https://www.cnil.fr/sites/default/files/atoms/files/deliberation-2020-056-25-mai-2020-avis-projet-decret-application-stopcovid.pdf&#34;&gt;Délibération n° 2020-056 du 25 mai 2020 portant avis sur un projet de décret relatif à l’application mobile dénommée «StopCovid» (demande d’avis n° 20008032)&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Feu vert de la CNIL.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;SI Lex (01/05/2020), par Calimaq : &lt;a href=&#34;https://scinfolex.com/2020/05/01/stopcovid-la-subordination-sociale-et-les-limites-au-consent-washing/?print&#34;&gt;StopCovid, la subordination sociale et les limites au « Consent Washing »&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;J’ai déjà eu l’occasion dans un précédent billet de dire tout le mal que je pensais de StopCovid et je ne vais pas en rajouter à nouveau dans ce registre. Je voudrais par contre prendre un moment sur la délibération que la CNIL a rendue en fin de semaine dernière à propos du projet d’application, car elle contient à mon sens des éléments extrêmement intéressants, en particulier sur la place du consentement en matière de protection des données personnelles.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;CNIL (26/04/2020), &lt;a href=&#34;https://www.cnil.fr/fr/publication-de-lavis-de-la-cnil-sur-le-projet-dapplication-mobile-stopcovid&#34;&gt;Publication de l’avis de la CNIL sur le projet d’application mobile « StopCovid »&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Dans le cadre de l’état d’urgence sanitaire lié à l’épidémie de COVID-19, et plus particulièrement de la stratégie globale de « déconfinement », la CNIL a été saisie d’une demande d’avis par le secrétaire d’État chargé du numérique. Celle-ci concerne l’éventuelle mise en œuvre de « StopCovid » : une application de suivi de contacts dont le téléchargement et l’utilisation reposeraient sur une démarche volontaire. Les membres du collège de la CNIL se sont prononcés le 24 avril 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le contexte exceptionnel de gestion de crise, la CNIL estime le dispositif conforme au Règlement général sur la protection des données (RGPD) si certaines conditions sont respectées. Elle relève qu’un certain nombre de garanties sont apportées par le projet du gouvernement, notamment l’utilisation de pseudonymes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La CNIL appelle cependant à la vigilance et souligne que l’application ne peut être déployée que si son utilité est suffisamment avérée et si elle est intégrée dans une stratégie sanitaire globale. Elle demande certaines garanties supplémentaires. Elle insiste sur la nécessaire sécurité du dispositif, et fait des préconisations techniques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle demande à pouvoir se prononcer à nouveau après la tenue du débat au Parlement, afin d’examiner les modalités définitives de mise en œuvre du dispositif, s’il était décidé d’y recourir.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Conseil National du Numérique (24/04/2020), « &lt;a href=&#34;https://cnnumerique.fr/StopCOVID-Avis&#34;&gt;Stop-Covid. Avis du Conseil National du Numérique&lt;/a&gt; »&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Dans le cadre de la réponse à la crise du COVID-19, ​le secrétaire d’État chargé du Numérique a saisi le Conseil national du numérique pour émettre un avis sur les modalités de fonctionnement et de déploiement de l’application pour téléphones mobiles StopCOVID​, dont le développement a été annoncé le 8 avril 2020.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ligue des Droits de l&amp;rsquo;Homme (24/04/2020), « &lt;a href=&#34;https://www.ldh-france.org/lettre-ouverte-concernant-le-vote-sur-la-mise-en-oeuvre-de-lapplication-stopcovid/?print&#34;&gt;Lettre ouverte concernant le vote sur la mise en œuvre de l’application StopCovid&lt;/a&gt; »&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Les risques d’atteinte au respect de la vie privée et au secret médical, les risques de surveillance généralisée au regard d’une efficacité tout à fait incertaine conduisent la Ligue des droits de l’Homme (LDH) à vous demander instamment de vous opposer au projet StopCovid.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Washington Post (23/04/2020). Tribune de Bill Gates (24/04/2020) « &lt;a href=&#34;https://www.washingtonpost.com/opinions/2020/04/23/bill-gates-here-are-innovations-we-need-reopen-economy/?arc404=true&#34;&gt;Here are the innovations we need to reopen the economy&lt;/a&gt;. Version lisible aussi sur son blog en [version courte](The first modern pandemic (short read) ) et en &lt;a href=&#34;https://www.gatesnotes.com/Health/Pandemic-Innovation&#34;&gt;version longue&lt;/a&gt;. On peut voir qu&amp;rsquo;un informaticien devient « spécialiste » en épidémiologie et comment il promeut du solutionnisme technologique (tout en affirmant que ce n&amp;rsquo;est pas non plus la panacée). Il propose le contact tracing (tracage de contact)&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le deuxième domaine dans lequel nous avons besoin d&amp;rsquo;innovation est le contact tracing. Lorsqu&amp;rsquo;une personne est testée positive, les professionnels de santé publique doivent savoir qui d&amp;rsquo;autre cette personne pourrait avoir été infectée.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l&amp;rsquo;instant, les États-Unis peuvent suivre l&amp;rsquo;exemple de l&amp;rsquo;Allemagne : interroger toutes les personnes dont le test est positif et utiliser une base de données pour s&amp;rsquo;assurer que quelqu&amp;rsquo;un assure le suivi de tous leurs contacts. Cette approche est loin d&amp;rsquo;être parfaite, car elle repose sur la déclaration exacte des contacts par la personne infectée et nécessite un suivi personnel important. Mais ce serait une amélioration par rapport à la manière sporadique dont le contact tracing se fait actuellement aux États-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une solution encore meilleure serait l&amp;rsquo;adoption généralisée et volontaire d&amp;rsquo;outils numériques. Par exemple, il existe des applications qui vous aideront à vous rappeler où vous avez été ; si jamais vous êtes déclaré positif, vous pouvez revoir l&amp;rsquo;historique ou choisir de le partager avec la personne qui vient vous interroger sur vos contacts. Et certaines personnes ont proposé de permettre aux téléphones de détecter d&amp;rsquo;autres téléphones qui se trouvent à proximité en utilisant le Bluetooth et en émettant des sons que les humains ne peuvent pas entendre. Si une personne était testée positive, son téléphone enverrait un message aux autres téléphones, et son propriétaire pourrait se faire tester. Si la plupart des gens choisissaient d&amp;rsquo;installer ce genre d&amp;rsquo;application, cela en aiderait probablement certains.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Risque-tracage.fr (21/04/2020). &lt;a href=&#34;https://risques-tracage.fr&#34;&gt;Le traçage anonyme, dangereux oxymore. Analyse de risques à destination des non-spécialistes&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Des chercheurs de l&amp;rsquo;INRIA, du LORIA etc. se regroupent pour diffuser un note de vulgarisation sur les risques liés au traçage par téléphone. Ils produisent &lt;a href=&#34;https://risques-tracage.fr/docs/risques-tracage.pdf&#34;&gt;un PDF&lt;/a&gt; qui circule beaucoup.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Privacy International (20/04/2020) « &lt;a href=&#34;https://privacyinternational.org/long-read/3675/theres-app-coronavirus-apps&#34;&gt;There&amp;rsquo;s an app for that: Coronavirus apps&lt;/a&gt; »&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Increased trust makes every response to COVID-19 stronger. Lack of trust and confidence can undermine everything. Should we trust governments and industry with their app solutions at this moment of global crisis?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Key findings:&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;There are many apps across the world with many different uses.&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;Some apps won&amp;rsquo;t work in the real world; the ones that do work best with more virus testing.&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;They all require trust, and that has yet to be built after years of abuses and exploitation.&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;Apple and Google&amp;rsquo;s contributions are essential to making contact-tracing work for their users; these are positive steps into privacy-by-design, but strict governance is required for making, maintaining and removing this capability.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La Quadrature du Net (14/04/2020), « &lt;a href=&#34;https://www.laquadrature.net/2020/04/14/nos-arguments-pour-rejeter-stopcovid/&#34;&gt;Nos arguments pour rejeter StopCovid
Posted&lt;/a&gt; »&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Utilisation trop faible, résultats vagues, contre-efficacité sanitaire, discriminations, surveillance, acclimatation sécuritaire&amp;hellip;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ross Anderson (chercheur Univ. Cambridge), (12/04/2020) « &lt;a href=&#34;https://www.lightbluetouchpaper.org/2020/04/12/contact-tracing-in-the-real-world/&#34;&gt;Contact Tracing in the Real World&lt;/a&gt; »&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Voici le véritable compromis entre la surveillance et la santé publique. Pendant des années, une pandémie a figuré en tête du registre des risques de la Grande-Bretagne, mais on a beaucoup moins dépensé pour s&amp;rsquo;y préparer que pour prendre des mesures antiterroristes, dont beaucoup étaient plus ostentatoires qu&amp;rsquo;efficaces. Pire encore, la rhétorique de la terreur a gonflé les agences de sécurité au détriment de la santé publique, prédisposant les gouvernements américain et britannique à ignorer la leçon du SRAS en 2003 et du MERS en 2015 - contrairement aux gouvernements de la Chine, de Singapour, de Taïwan et de la Corée du Sud, qui y ont prêté au moins quelque attention. Ce dont nous avons besoin, c&amp;rsquo;est d&amp;rsquo;une redistribution radicale des ressources du complexe industriel de surveillance vers la santé publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos efforts devraient porter sur l&amp;rsquo;extension des tests, la fabrication de ventilateurs, le recyclage de tous ceux qui ont une formation clinique, des infirmières vétérinaires aux physiothérapeutes, et la construction d&amp;rsquo;hôpitaux de campagne. Nous devons dénoncer des conneries quand nous en voyons et ne pas donner aux décideurs politiques le faux espoir que la techno-magie pourrait leur permettre d&amp;rsquo;éviter les décisions difficiles. Sinon, nous pouvons mieux être utiles en nous tenant à l&amp;rsquo;écart. La réponse ne doit pas être dictée par les cryptographes mais par les épidémiologistes, et nous devons apprendre ce que nous pouvons des pays qui ont le mieux réussi jusqu&amp;rsquo;à présent, comme la Corée du Sud et Taïwan.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Union Européenne (08/04/2020) - Rapport technique sur le contact tracing. European Centre for Disease Prevention and Control . « Contact tracing: public health management of persons, including healthcare workers, having had contact with COVID-19cases in the European Union. » &lt;a href=&#34;https://www.ecdc.europa.eu/sites/default/files/documents/Contact-tracing-Public-health-management-persons-including-healthcare-workers-having-had-contact-with-COVID-19-cases-in-the-European-Union%E2%80%93second-update_0.pdf&#34;&gt;Lien vers le pdf&lt;/a&gt; , &lt;a href=&#34;https://www.ecdc.europa.eu/en/covid-19-contact-tracing-public-health-management&#34;&gt;Lien vers la page&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;This document aims to helpEU/EEA public health authorities in the tracing and management of persons,including healthcare workers, who had contact with COVID-19 cases. It should be implemented in combination with non-pharmaceutical measures as appropriate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;The purpose of identifying and managing the contacts ofprobable or confirmedCOVID-19casesisto rapidly identify secondary cases that may arise after transmission from the primary known cases in order tointervene andinterruptfurther onward transmission. This is achieved through:&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;the prompt identification of contacts of a probable or confirmedcase of COVID-19;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;providing contacts withinformation on self-quarantine, proper hand hygiene and respiratory etiquette measures,and advice around what to do if they develop symptoms;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;timely laboratory testingfor all those withsymptoms.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;CEVIPOF (01/04/2020), Martial Foucault « &lt;a href=&#34;https://www.sciencespo.fr/cevipof/sites/sciencespo.fr.cevipof/files/Note3_COVID-19_Martial_Foucault_VF.pdf&#34;&gt;Note 3 - Opinons sur l&amp;rsquo;usage du téléphone portable en période de crise du Coronavirus&lt;/a&gt; »&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;En France, aucune décision n’a encore été prise. Comme le démontrent les exemples étrangers précédents, plusieurs modalités d’usage des données cellulaires sont envisageables, allant d’une politique de santé publique partagée (Singapour) à une politique de surveillance sans consentement (Iran). Dans le cadre de l’enquête comparée «Attitudes sur le COVID-19», nous avons interrogé un échantillon représentatif de Français sur «la possibilité de mobiliser les opérateurs téléphoniques à des fins de contrôle des déplacements». Àcette question, une majorité de personnes exprime une opinion fortement défavorable (48%). Seules 33% des personnes interrogées (échantillon de 2000 personnes) y sont favorables. Le niveau d’indécision sesitue à 18,4%.L’évolution des réponses à cette question posée dans les mêmes termes entre les 16-17 mars et les 24-25 mars montre une dynamique fortement positive. Les raisons de cette progression sont à rechercher  autour  de  l’aggravation  réelle  de  la  pandémie  et  de  la  perception  par  l’opinion  de l’urgence de l’ensemble des politiques sanitaires, technologiques et maintenant numériques.  Le cadrage médiatique, fondé sur des expériences étrangères, du possible recours aux téléphones ne précise pas la position que pourraient prendre les autorités françaises en la matière. C’est pourquoi, ici, la question posée dans les deux enquêtesporte volontairement sur la dimension la plus intrusive sur la vie privée et la plus liberticide (la formulation insiste sur une politique de surveillance).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Chaos Computer Club (06/04/2020), « &lt;a href=&#34;https://www.ccc.de/en/updates/2020/contact-tracing-requirements&#34;&gt;10 requirements for the evaluation of &amp;ldquo;Contact Tracing&amp;rdquo; apps&lt;/a&gt; »&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Loin d&amp;rsquo;être fermé à la mise en oeuvre d&amp;rsquo;application mobile de contact tracing le CCC émet 10 recommandation hautement exigeantes pour rendre ces applications acceptables.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Facebook (06/04/2020), « &lt;a href=&#34;https://about.fb.com/fr/news/2020/04/de-nouveaux-outils-pour-aider-les-chercheurs-en-sante-a-suivre-et-a-combattre-la-covid-19/&#34;&gt;De nouveaux outils pour aider les chercheurs en santé à suivre et à combattre le COVID-19&lt;/a&gt; »&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Dans le cadre du programme Data for Good de Facebook, nous proposons des cartes sur les mouvements de population que les chercheurs et les organisations à but non lucratif utilisent déjà pour comprendre la crise du coronavirus, en utilisant des données agrégées pour protéger la vie privée des personnes. Ils nous ont dit combien ces informations peuvent être précieuses pour répondre au COVID-19, et aujourd’hui nous annonçons de nouveaux outils pour soutenir leur travail :&amp;hellip;&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Google (blog), (03/04/2020), « &lt;a href=&#34;https://www.blog.google/technology/health/covid-19-community-mobility-reports/&#34;&gt;Helping public health officials combat COVID-19&lt;/a&gt; »&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Starting today we’re publishing an early release of our COVID-19 Community Mobility Reports to provide insights into what has changed in response to work from home, shelter in place, and other policies aimed at flattening the curve of this pandemic. These reports have been developed to be helpful while adhering to our stringent privacy protocols and policies.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;h1 id=&#34;officiel&#34;&gt;Officiel&lt;/h1&gt;
&lt;p&gt;Anti Cor (12/11/2020) « &lt;a href=&#34;https://www.anticor.org/2020/06/12/application-stopcovid-anticor-saisit-le-parquet-national-financier/&#34;&gt;Application StopCovid : Anticor saisit le parquet national financier&lt;/a&gt; »&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Anticor a déposé un signalement auprès du Procureur de la République, mercredi 10 juin, ayant pour objet l’attribution du contrat de maintenance de l’application StopCovid, qui n’aurait été soumis à aucune procédure de passation de marché public.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;FRA (European Union Agency For Fundamentals Rights) - 28/05/2020 « &lt;a href=&#34;https://fra.europa.eu/fr/news/2020/les-reponses-technologiques-la-pandemie-de-covid-19-doivent-egalement-preserver-les-droits&#34;&gt;Les réponses technologiques à la pandémie de COVID-19 doivent également préserver les droits fondamentaux&lt;/a&gt; »&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Protection des données, respect de la vie privée et nouvelles technologiesAsile, migration et frontièresAccès à l’asileProtection des donnéesEnfants, jeunes et personnes âgéesPersonnes handicapéesOrigine raciale et ethniqueRomsDroits des victimes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreux gouvernements sont à la recherche de technologies susceptibles de les aider à suivre et tracer la diffusion de la COVID-19, comme le montre un nouveau rapport de l’Agence des droits fondamentaux de l’UE (FRA). Les gouvernements qui utilisent la technologie pour protéger la santé publique et surmonter la pandémie se doivent de respecter les droits fondamentaux de chacun.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Office parlementaire d&amp;rsquo;évaluation des choix scientifiques et technologiques, 12/05/2020. &lt;a href=&#34;https://videos.senat.fr/video.1608918_5ebaa04d6b8cd.audition-de-m-guillaume-poupard-directeur-general-de-l-agence-nationale-de-la-securite-des-systeme?timecode=1840000&#34;&gt;Audition de M. Guillaume Poupard, directeur général de l&amp;rsquo;Agence nationale de la sécurité des systèmes d&amp;rsquo;information&lt;/a&gt; (ANSSI) &amp;ndash; Vidéos Sénat.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Explications sur Stop-Covid, nécessité de conserver la souveraineté de l&amp;rsquo;Etat dans ce domaine, inquiétudes au sujet de la progression des GAFAM dans le secteur de la santé. Inquiétudes au sujet de la montée en puissance du tracage de contacts dans les dispositifs Apple / Google, et l&amp;rsquo;éventualité d&amp;rsquo;un futur développement d&amp;rsquo;une économie dans ce secteur avec tous les biais que cela suppose.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;ANSSI (27/04/2020), « &lt;a href=&#34;https://www.ssi.gouv.fr/uploads/2020/04/anssi-communique_presse-20200427-application_stopcovid.pdf&#34;&gt;Application StopCovid –L‘ANSSI apporte à Inria son expertise technique sur le volet sécurité numérique du projet&lt;/a&gt; »&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Pilote  du  projet  d’application  StopCovid,  à  la  demande  du  Secrétaire  d’Etat  chargé  du  numérique, Cédric  O,  l’Institut  national  de  recherche  en  sciences  et  technologies  du  numérique  (Inria)  est accompagné par l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI) sur les aspects de sécurité numérique.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;INRIA (26/04/2020). &lt;a href=&#34;https://www.inria.fr/fr/stopcovid&#34;&gt;Communiqué de presse annonçant officiellement l&amp;rsquo;équipe-projet de l&amp;rsquo;application Stop-Covid&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Inria, ANSSI, Capgemini, Dassault Systèmes, Inserm, Lunabee Studio, Orange, Santé Publique France et Withings  (et Beta.gouv a été débarqué du projet, qui contiendra finalement peu de briques open-source).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;h1 id=&#34;protocoles&#34;&gt;Protocoles&lt;/h1&gt;
&lt;p&gt;Les protocoles et applications suivants, développés dans le cadre de la lutte contre Covid-19 utilisent en particulier le Bluetooth.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#34;https://en.wikipedia.org/wiki/BlueTrace&#34;&gt;BlueTrace&lt;/a&gt; est le protocole open source inventé au sein du gouvernement de Singapour dans le cadre de la lutte contre la propagation du virus Covid-19. Le protocole est utilisé dans l&amp;rsquo;application &lt;a href=&#34;https://en.wikipedia.org/wiki/TraceTogether&#34;&gt;TraceTogether&lt;/a&gt;. À son tour le gouvernemetn Australien implémente ce protocole dans l&amp;rsquo;application &lt;a href=&#34;https://en.wikipedia.org/wiki/COVIDSafe&#34;&gt;COVIDSafe&lt;/a&gt; distribuée en Australie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Europe, le protocole ouvert &lt;a href=&#34;https://en.wikipedia.org/wiki/Pan-European_Privacy-Preserving_Proximity_Tracing&#34;&gt;Pan-European Privacy-Preserving Proximity Tracing&lt;/a&gt; (PEPP-PT/PEPP) utilise le bluetooth pour rechercher des contacts mais centralise des rapports sur un serveur centralisé. Son concurrent open source &lt;a href=&#34;https://en.wikipedia.org/wiki/Decentralized_Privacy-Preserving_Proximity_Tracing&#34;&gt;Decentralized Privacy-Preserving Proximity Tracing&lt;/a&gt; ne permet pas au serveur central de signalement d&amp;rsquo;accéder aux journaux de contacts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la France, le protocole ROBERT (ROBust and privacy-presERving proximity Tracing) a été &lt;a href=&#34;https://github.com/ROBERT-proximity-tracing/documents&#34;&gt;publié&lt;/a&gt; par l&amp;rsquo;INRIA le 18 avril 2020&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Listes d&amp;rsquo;applications Covid-19 : &lt;a href=&#34;https://fr.wikipedia.org/wiki/Applications_Covid-19&#34;&gt;fr.wikipedia.org/wiki/Applications_Covid-19&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;</description>
    </item>
    
    <item>
      <title>Prophètes et technologistes à l’ère de la suspicion généralisée</title>
      <link>https://golb.statium.link/post/20200410prophetessuspicion/</link>
      <pubDate>Fri, 10 Apr 2020 00:00:00 +0000</pubDate>
      <author>situveuxmonadresse@demande-la.moi (Christophe Masutti)</author>
      <guid>https://golb.statium.link/post/20200410prophetessuspicion/</guid>
      <description>&lt;p&gt;Ha ! Le sacro-saint « révélateur ». À écouter et lire les médias, la pandémie Covid-19 que nous traversons aujourd&amp;rsquo;hui est censée « révéler » quelque chose, un message, un état d&amp;rsquo;esprit, l&amp;rsquo;avènement d&amp;rsquo;une prophétie. Et on voit proliférer les experts toutologues, devins des temps modernes, avatars des prédicateurs de l&amp;rsquo;An Mille, les charlatans de fin du monde. Je voudrais partager ici quelques réflexions au sujet des discours actuels sur la surveillance en situation de crise sanitaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&lt;strong&gt;Note :&lt;/strong&gt; ce billet a été &lt;a href=&#34;https://framablog.org/2020/04/10/prophetes-et-technologistes-a-lere-de-la-suspicion-generalisee/&#34;&gt;publié sur le Framablog le 10 avril 2020&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;h1 id=&#34;les-prophètes&#34;&gt;Les prophètes&lt;/h1&gt;
&lt;p&gt;Faire une révélation, nous dit le dictionnaire, c&amp;rsquo;est porter à la connaissance quelque chose qui était auparavant caché, inconnu. Et le pas est vite franchi : pour nos prêtres médiatiques, il est très commode de parler de révélation parce que si le divin à travers eux manifeste ce qu&amp;rsquo;eux seuls peuvent dévoiler au public (eux seuls connaissent les voies divines), il leur reste le pouvoir de décider soit de ce qui était auparavant caché et doit être dévoilé, soit de ce qui était caché et n&amp;rsquo;est pas censé être dévoilé. Bref, on refait l&amp;rsquo;histoire au fil des événements présents : la sous-dotation financière des hôpitaux et les logiques de coupes budgétaires au nom de la rigueur ? voilà ce que révèle le Covid-19, enfin la vérité éclate ! Comment, tout le monde le savait ? Impossible, car nous avions tous bien affirmé que la rigueur budgétaire était nécessaire à la compétitivité du pays et maintenant il faut se tourner vers l&amp;rsquo;avenir avec ce nouveau paramètre selon lequel la rigueur doit prendre en compte le risque pandémique. Et là le prêtre devient le prophète de jours meilleurs ou de l&amp;rsquo;apocalypse qui vient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi je raconte tout cela ? Je travaille dans un CHU, les politiques de santé publiques me sont quotidiennes ainsi que la manière dont elles sont décidées et appliquées. Mais vous le savez, ce n&amp;rsquo;est pas le sujet de mes études. &lt;a href=&#34;https://cfeditions.com/masutti&#34;&gt;Je m&amp;rsquo;intéresse à la surveillance&lt;/a&gt;. Et encore, d&amp;rsquo;un point de vue historique et un peu philosophique, pour faire large. Je m&amp;rsquo;intéresse au capitalisme de surveillance et j&amp;rsquo;essaie de trouver les concepts qui permettent de le penser, si possible au regard de notre rapport à l&amp;rsquo;économie et au politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J&amp;rsquo;ai appris très tôt à me méfier des discours à tendance technologiste, et cela me vient surtout de ma formation initiale en philosophie, vous savez ce genre de sujet de dissertation où l&amp;rsquo;on planche sur le rapport technologie / politique / morale. Et à propos, sans pour autant faire de la philo, je ne saurais que conseiller d&amp;rsquo;aller lire &lt;a href=&#34;https://cfeditions.com/utopieNumerique/&#34;&gt;le livre de Fred Turner&lt;/a&gt; qui, déjà en 2006 (la traduction est tardive), grattait assez profondément le vernis de la cyberculture californienne. Mais au fil des années de mon implication dans le logiciel libre et la culture libre, j&amp;rsquo;ai développé une autre sorte de sensibilité : lorsque les libertés numériques sont brandies par trop de prophètes d&amp;rsquo;un coup, c&amp;rsquo;est qu&amp;rsquo;il faut aller chercher encore ailleurs le discours qui nous est servi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour exemple de l&amp;rsquo;effet rhétorique de la révélation, on peut lire cet article du géographe Boris Beaude, paru le 07 avril 2020 dans &lt;em&gt;Libération&lt;/em&gt;, intitulé « &lt;a href=&#34;https://www.liberation.fr/amphtml/debats/2020/04/07/avec-votre-consentement_1784504?__twitter_impression=true&#34;&gt;Avec votre consentement&lt;/a&gt; ». L&amp;rsquo;auteur passe un long moment à faire remarquer au lecteur à quel point nous sommes vendus corps et âmes aux GAFAM et que la pandémie ne fait que &lt;em&gt;révéler&lt;/em&gt; notre vulnérabilité :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Lorsque nous acceptons que de telles entreprises collectent les moindres détails de nos existences pour le compte de leurs clients et que nous doutons conjointement des régimes politiques qui nous gouvernent, nous réalisons que les effets de la propagation du Sars-Cov-2 ne sont qu’un révélateur de l’ampleur de notre vulnérabilité.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Il est important de comprendre la logique de ce discours : d&amp;rsquo;un côté on pose un diagnostic que seul un sage est capable de &lt;em&gt;révéler&lt;/em&gt; et de l&amp;rsquo;autre on élève la pandémie et ses effet délétères au rang des sept plaies d&amp;rsquo;Égypte, qui sert de porte à une nouvelle perception des choses, en l’occurrence notre vulnérabilité face aux pratiques d&amp;rsquo;invasion de la vie privée par les GAFAM, et par extension, les pratiques des États qui se dotent des moyens technologiques pour surveiller et contrôler la population. Évidemment, entre la population assujettie et l&amp;rsquo;État-GAFAM, il y a la posture du prophète, par définition enviable puisqu&amp;rsquo;il fait partie d&amp;rsquo;une poignée d&amp;rsquo;élus livrant un testament aux pauvres pêcheurs que nous sommes. Reste plus qu&amp;rsquo;à ouvrir la Mer Rouge…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arrêtons là si vous le voulez bien la comparaison avec la religion. Je l&amp;rsquo;affirme : non la crise COVID-19 ne &lt;em&gt;révèle&lt;/em&gt; rien à propos du capitalisme de surveillance. Elle ne révèle rien en soi et encore moins à travers les prophètes auto-proclamés. Et la première des raisons est que ces derniers arrivent bien tard dans une bataille qui les dépasse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant la crise sanitaire que nous traversons il ne faut pas se demander ce qu&amp;rsquo;elle peut révéler mais interroger les discours qui se servent de cette crise pour justifier et mettre en œuvre des pratiques de surveillance et limiter encore davantage nos libertés. Penser les choses en termes de révélation n&amp;rsquo;a pour autre effet que de limiter toujours plus notre pouvoir d&amp;rsquo;action : que peut-on à l&amp;rsquo;encontre d&amp;rsquo;une révélation ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les amis de la Quadrature du Net (comme beaucoup d&amp;rsquo;autres, heureusement) préfèrent une approche bien plus structurée. Ils affirment par exemple dans un &lt;a href=&#34;https://www.laquadrature.net/2020/04/08/la-crise-sanitaire-ne-justifie-pas-dimposer-les-technologies-de-surveillance/&#34;&gt;récent communiqué&lt;/a&gt; que, au regard de la surveillance, la crise sanitaire Covid-19 est un évènement dont l&amp;rsquo;ampleur sert d&amp;rsquo;argument pour une stratégie de surveillance de masse, au même titre que les attentats terroristes. Ceci n&amp;rsquo;est pas une révélation, ni même une mise en garde. C&amp;rsquo;est l&amp;rsquo;exposé des faits, ni plus ni moins. Tout comme dire que notre ministre de l&amp;rsquo;intérieur C. Castaner a d&amp;rsquo;abord affirmé que l&amp;rsquo;État Français n&amp;rsquo;avait pas pour intention de copier la Corée du Sud et la Chine en matière de traçage de téléphones portables, avant de revenir sur ses propos et affirmer que les services gouvernementaux planchent sur une application censée tracer les chaînes de transmission. Qui s&amp;rsquo;est offusqué de ce mensonge d&amp;rsquo;État ? C&amp;rsquo;est devenu tellement banal. Pire, une telle application permettrait d&amp;rsquo;informer les utilisateurs s&amp;rsquo;ils ont « été dans les jours précédents en contact avec quelqu’un identifié positif au SARS-CoV-2 », comme l&amp;rsquo;affirment les deux ministres Castaner et Véran dans &lt;a href=&#34;https://www.lemonde.fr/planete/article/2020/04/08/stopcovid-l-application-sur-laquelle-travaille-le-gouvernement-pour-contrer-l-epidemie_6035927_3244.html&#34;&gt;un entretien&lt;/a&gt; au &lt;em&gt;Monde&lt;/em&gt;. C&amp;rsquo;est parfait comme technique de surveillance : la Stasi pratiquait déjà ce genre de chose en organisant une surveillance de masse basée sur &lt;a href=&#34;https://www.amnesty.org/fr/latest/news/2015/03/lessons-from-the-stasi/&#34;&gt;la suspicion au quotidien&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le smartphone n&amp;rsquo;est qu&amp;rsquo;un support moderne pour de vieilles recettes. Le Covid-19 est devenu un prétexte, tout comme les attentats terroristes, pour adopter ou faire adopter une représentation d&amp;rsquo;un État puissant (ce qu&amp;rsquo;il n&amp;rsquo;est pas) et faire accepter un État autoritaire (ce qu&amp;rsquo;il est). Cette représentation passe par un solutionnisme technologique, celui prôné par la doctrine de la « start-up nation » chère à notre président Macron, c&amp;rsquo;est-à-dire chercher à traduire l&amp;rsquo;absence d&amp;rsquo;alternative politique, et donc l&amp;rsquo;immobilisme politique (celui de la rigueur budgétaire prôné depuis 2008 et même avant) en automatisant la décision et la sanction grâce à l&amp;rsquo;adoption de recettes technologiques dont l&amp;rsquo;efficacité réside dans le discours et non dans les faits.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&#34;techno-flop&#34;&gt;Techno-flop&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le solutionnisme technologique, ainsi que le &lt;a href=&#34;https://blog.mondediplo.net/covid-19-le-solutionnisme-n-est-pas-la-solution&#34;&gt;fait remarquer E. Morozov&lt;/a&gt;, est une idéologie qui justifie des pratiques de surveillance et d&amp;rsquo;immenses gains. Non seulement ces pratiques ne réussissent presque jamais à réaliser ce pourquoi elles sont prétendues servir, mais elles sont le support d&amp;rsquo;une économie d&amp;rsquo;État qui non seulement dévoie les technologies afin de maîtriser les alternatives sociales, voire la contestation, mais entre aussi dans le jeu financier qui limite volontairement l&amp;rsquo;appropriation sociale des technologies. Ainsi, par exemple, l&amp;rsquo;illectronisme des enfants et de leurs enseignants livrés à une Éducation Nationale numériquement sous-dotée, est le fruit d&amp;rsquo;une volonté politique. Comment pourrait-il en être autrement ? Afin d&amp;rsquo;assurer la « continuité pédagogique » imposée par leur ministre, les enseignants n&amp;rsquo;ont eu d&amp;rsquo;autres choix que de se jeter littéralement sur des services privateurs. Cette débandade est le produit mécanique d&amp;rsquo;une politique de limitation volontaire de toute initiative libriste au sein de l&amp;rsquo;Éducation Nationale et qui serait menée par des enseignants pour des enseignants. Car de telles initiatives remettraient immanquablement en question la structure hiérarchique de diffusion et de valorisation des connaissances. Un tel gouvernement ne saurait supporter quelque forme de subsidiarité que ce soit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La centralisation de la décision et donc de l&amp;rsquo;information… et donc des procédés de surveillance est un rêve de technocrates et ce rêve est bien vieux. Déjà il fut décrié dès les années 1970 en France (voir la première partie de mon livre, &lt;a href=&#34;https://cfeditions.com/masutti&#34;&gt;Affaires Privées&lt;/a&gt;) où la « dérive française » en matière de « grands fichiers informatisés » fut largement critiquée pour son inefficacité coûteuse. Qu&amp;rsquo;importe, puisque l&amp;rsquo;important n&amp;rsquo;est pas de faire mais de montrer qu&amp;rsquo;on fait. Ainsi l&amp;rsquo;application pour smartphone &lt;em&gt;Stop Covid&lt;/em&gt; (ou n&amp;rsquo;importe quel nom qu&amp;rsquo;on pourra lui donner) peut d&amp;rsquo;ores et déjà figurer au rang des grands flops informatiques pour ce qui concerne son efficacité dans les objectifs annoncés. Il suffit de lire pour cela le récent &lt;a href=&#34;https://www.aclu.org/aclu-white-paper-limits-location-tracking-epidemic&#34;&gt;cahier blanc de l&amp;rsquo;ACLU&lt;/a&gt; (Union Américaine pour les libertés civiles), une institution fondée en 1920 et qu&amp;rsquo;on ne saurait taxer de repère de dangereux gauchistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce livre blanc tout est dit, ou presque sur les attentes d&amp;rsquo;une application de &lt;em&gt;tracing&lt;/em&gt; dont l&amp;rsquo;objectif, tel qu&amp;rsquo;il est annoncé par nos ministres (et tel qu&amp;rsquo;il est mentionné par les pays qui ont déjà mis en œuvre de telles applications comme la Chine ou Israël), serait de déterminer si telle personne a été exposée au virus en fréquentant une autre personne définie comme contagieuse. C&amp;rsquo;est simple :&lt;/p&gt;
&lt;ol&gt;
&lt;li&gt;Il faut avoir un smartphone avec soi et cette application en fonction : cela paraît basique, mais d&amp;rsquo;une part tout le monde n&amp;rsquo;a pas de smartphone, et d&amp;rsquo;autre part tout le monde n&amp;rsquo;est pas censé l&amp;rsquo;avoir sur soi en permanence, surtout si on se contente de se rendre au bureau de tabac ou chez le boulanger…&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;aucune technologie n&amp;rsquo;est à ce jour assez fiable pour le faire. Il est impossible de déterminer précisément (c&amp;rsquo;est-à-dire à moins de deux mètres) si deux personnes sont assez proches pour se contaminer que ce soit avec les données de localisation des tours de téléphonie (triangulation), le GPS (5 à 20 mètres) ou les données Wifi (même croisées avec GPS on n&amp;rsquo;a guère que les informations sur la localisation de l&amp;rsquo;émetteur Wifi). Même avec le &lt;em&gt;bluetooth&lt;/em&gt; (technologie plébiscitée par le gouvernement Français aux dernières nouvelles) on voit mal comment on pourrait assurer un suivi complet. Ce qui est visé c&amp;rsquo;est en fait le signalement mutuel. Cependant, insister sur le &lt;em&gt;bluetooth&lt;/em&gt; n&amp;rsquo;est pas innocent. Améliorer le &lt;em&gt;tracing&lt;/em&gt; dans cette voie implique un changement dans nos relations sociales : nous ne sommes plus des individus mais des machines qui s&amp;rsquo;approchent ou s’éloignent mutuellement en fonction d&amp;rsquo;un système d&amp;rsquo;alerte et d&amp;rsquo;un historique. Qui pourra avoir accès à cet historique ? Pourra-t-on être condamné plus tard pour avoir contaminé d&amp;rsquo;autres personnes ? Nos assurances santé autoriseront-elles la prise en charge des soins s’il est démontré que nous avons fréquenté un groupe à risque ? Un projet européen existe déjà (&lt;a href=&#34;https://www.pepp-pt.org/&#34;&gt;PEPP-PT&lt;/a&gt;), impliquant entre autres l&amp;rsquo;INRIA, et il serait important de surveiller de très près ce qui sera fait dans ce projet (idem pour &lt;a href=&#34;https://github.com/DP-3T/documents/blob/master/DP3T%20White%20Paper.pdf&#34;&gt;ce projet&lt;/a&gt; de l&amp;rsquo;École Polytechnique de Lausanne).&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;Ajoutons les contraintes environnementales : vous saluez une personne depuis le second étage de votre immeuble et les données de localisation ne prennent pas forcément en compte l&amp;rsquo;altitude, vous longez un mur, une vitrine, une plaque de plexiglas…&lt;/li&gt;
&lt;/ol&gt;
&lt;p&gt;Bref l&amp;rsquo;UCLA montre aimablement que la tentation solutionniste fait perdre tout bon sens et rappelle un principe simple :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Des projets ambitieux d&amp;rsquo;enregistrement et d&amp;rsquo;analyse automatisés de la vie humaine existent partout de nos jours, mais de ces efforts, peu sont fiables car la vie humaine est désordonnée, complexe et pleine d&amp;rsquo;anomalies.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Les auteurs du rapport écrivent aussi :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Un système de suivi de localisation dans le temps peut être suffisamment précis pour placer une personne à proximité d&amp;rsquo;une banque, d&amp;rsquo;un bar, d&amp;rsquo;une mosquée, d&amp;rsquo;une clinique ou de tout autre lieu sensible à la protection de la vie privée. Mais le fait est que les bases de données de localisation commerciales sont compilées à des fins publicitaires et autres et ne sont tout simplement pas assez précises pour déterminer de manière fiable qui était en contact étroit avec qui.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;En somme tout cela n&amp;rsquo;est pas sans rappeler un ouvrage dont je conseille la lecture attentive, celui de Cathy O’Neil, &lt;em&gt;Algorithmes: la bombe à retardement&lt;/em&gt; (2018). Cet ouvrage montre à quel point la croyance en la toute puissance des algorithmes et autres traitements automatisés d&amp;rsquo;informations dans le cadre de processus décisionnels et de politiques publiques est la porte ouverte à tous les biais (racisme, inégalités, tri social, etc.). Il n&amp;rsquo;en faudrait pas beaucoup plus si l&amp;rsquo;on se souvient des débuts de la crise Covid-19 et la suspicion dans nos rues où les personnes présentant des caractères asiatiques étaient stigmatisées, insultées, voire violentées…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ajoutons à cela les effets d&amp;rsquo;annonce des GAFAM et des fournisseurs d&amp;rsquo;accès (Orange, SFR…) qui communiquaient il y a peu, les uns après les autres, au sujet de la mise à disposition de leurs données de localisation auprès des gouvernements. Une manière de justifier leur utilité sociale. Aucun d&amp;rsquo;entre eux n&amp;rsquo;a de données de localisations sur l&amp;rsquo;ensemble de leurs utilisateurs. Et heureusement. En réalité, les GAFAM tout comme les entreprises moins connues de courtage de données (comme Acxiom), paient pour cela. Elles paient des entreprises, souvent douteuses, pour créer des applications qui implémentent un pompage systématique de données. L&amp;rsquo;ensemble de ces pratiques crée des jeux de données vendues, traitées, passées à la moulinette. Et si quiconque souhaite obtenir des données fiables permettant de tracer effectivement une proportion acceptable de la population, il lui faut accéder à ces jeux… et c&amp;rsquo;est une denrée farouchement protégée par leurs détenteurs puisque c&amp;rsquo;est un gagne-pain.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&#34;de-la-méthode&#34;&gt;De la méthode&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;À l&amp;rsquo;heure où les efforts devraient se concentrer essentiellement sur les moyens médicaux, les analyses biologiques, les techniques éprouvées en santé publique en épidémiologie (ce qui est fait, heureusement), nous voilà en train de gloser sur &lt;a href=&#34;https://fr.wikipedia.org/wiki/Loi_de_futilit%C3%A9_de_Parkinson&#34;&gt;la couleur de l&amp;rsquo;abri à vélo&lt;/a&gt;. C&amp;rsquo;est parce que le solutionnisme est une idéologie confortable qui permet d&amp;rsquo;évacuer la complexité au profit d&amp;rsquo;une vision du monde simpliste et inefficace pour laquelle on imagine des technologies extrêmement complexes pour résoudre « les grands problèmes ». Ce n&amp;rsquo;est pas une révélation, simplement le symptôme de l&amp;rsquo;impuissance à décider correctement. Surtout cela fait oublier l&amp;rsquo;impréparation des décideurs, les stratégies budgétaires néfastes, pour livrer une mythologie technologiste à grand renfort de communication officielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et l&amp;rsquo;arme ultime sera le sondage. Déjà victorieux, nos ministères brandissent une &lt;a href=&#34;https://osf.io/24uan/&#34;&gt;enquête d&amp;rsquo;opinion du département d&amp;rsquo;économie de l&amp;rsquo;Université d&amp;rsquo;Oxford&lt;/a&gt;, menée dans plusieurs pays et qui montre pour la France comme pour les autres pays, une large acceptation quant à l&amp;rsquo;installation d&amp;rsquo;une application permettant le &lt;em&gt;tracing&lt;/em&gt;, que cette installation soit volontaire ou qu&amp;rsquo;elle soit imposée&lt;sup id=&#34;fnref:1&#34;&gt;&lt;a href=&#34;#fn:1&#34; class=&#34;footnote-ref&#34; role=&#34;doc-noteref&#34;&gt;1&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;. Est-ce étonnant ? Oui, effectivement, alors même que nous traversons une évidente crise de confiance envers le gouvernement, la population est prête à jouer le jeu dangereux d&amp;rsquo;une surveillance intrusive dont tout laisse supposer que cette surveillance se perpétuera dans le temps, virus ou pas virus. Mais cela ne signifie pas pour autant que la confiance envers les dirigeants soit rétablie. En effet le même sondage signale que les retombées politiques en cas d&amp;rsquo;imposition d&amp;rsquo;un tel système sont incertaines. Pour autant, c&amp;rsquo;est aussi un signal envoyé aux politiques qui vont alors se lancer dans une quête frénétique du consentement, quitte à exagérer l&amp;rsquo;assentiment pressenti lors de cette enquête. C&amp;rsquo;est déjà en cours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;À mon avis, il faut rapprocher le résultat de cette enquête d&amp;rsquo;une autre enquête récente portant le plébiscite de l&amp;rsquo;autoritarisme en France. C&amp;rsquo;est une &lt;a href=&#34;http://www.sciencespo.fr/cevipof/sites/sciencespo.fr.cevipof/files/Note1_Luc_ROUBAN_BaroV11-2.pdf&#34;&gt;enquête du CEVIPOF&lt;/a&gt; parue en mars 2020 qui montre « l&amp;rsquo;emprise du libéralisme autoritaire en France », c&amp;rsquo;est-à-dire que le manque de confiance dans l&amp;rsquo;efficacité du gouvernement ne cherche pas son remède dans une éventuelle augmentation des initiatives démocratiques, voire alternativistes, mais dans le refuge vers des valeurs de droite et d&amp;rsquo;extrême droite sacrifiant la démocratie à l&amp;rsquo;efficacité. Et ce qui est intéressant, c&amp;rsquo;est que ceux qui se vantaient d&amp;rsquo;apporter plus de société civile à la République sont aussi ceux qui sont prêts à dévoyer la démocratie. Mais qu&amp;rsquo;on y prenne garde, ce n&amp;rsquo;est pas vraiment une affaire de classe sociale, puisque cette orientation autoritaire est aussi valable dans les tranches basses et moyennes. On rejoint un peu les propos d&amp;rsquo;Emmanuel Todd dans la première partie de son ouvrage &lt;em&gt;Les Luttes de classes en France au XXI&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle&lt;/em&gt;, données sérieuses à l&amp;rsquo;appui (y compris celles de l&amp;rsquo;Insee).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors quoi ? les Français sont-ils définitivement des veaux heureux d&amp;rsquo;aller à l&amp;rsquo;abattoir ? Honnêtement, parfois on peut le penser. Mais pas là. Non. L&amp;rsquo;enquête d&amp;rsquo;opinion d&amp;rsquo;Oxford a été menée dans un climat général extrêmement angoissant, et inédit. Pour retrouver un tel degré de panique dans la population, il faudrait par exemple se souvenir de la crise des missiles cubains et de la manière dont elle a été mise en scène dans les médias américains. Même l&amp;rsquo;épisode Tchernobyl en France n&amp;rsquo;a pas eu cet impact (ok, on a largement minimisé le problème). Et là dedans, avec un gouvernement à la fois empêtré et sidéré (avec la chargée de comm&amp;rsquo; S. Ndiaye alignant &lt;em&gt;ad nauseam&lt;/em&gt; sottises et âneries), on fait un sondage dont les tenants et aboutissants techniques sont loin d&amp;rsquo;être évidents et qui pose la question : êtes-vous prêt à installer une application de &lt;em&gt;tracing&lt;/em&gt; sur votre mobile qui permettrait de lutter contre l&amp;rsquo;épidémie ? Sérieux, on attend quoi comme réponse ? Sur plusieurs pays qui ont connu les mêmes valses-hésitations politiques, le fait que les réponses soient à peu près les mêmes devrait mettre la puce à l&amp;rsquo;oreille, non ? Bien sûr, allez demandez ce qu&amp;rsquo;elles pensent de la vidéosurveillance à des personnes qui se sont fait agresser dans la rue, pensez-vous que nous aurions les mêmes réponses si le panel était plus large ? Ce que je veux dire, c&amp;rsquo;est que le panel des 1.000 personnes interrogées en pleine crise sanitaire n&amp;rsquo;est représentatif que de la population touchée par la crise sanitaire, c&amp;rsquo;est-à-dire un panel absolument homogène. Évidemment que les tendances politiques ne viennent donc qu&amp;rsquo;en second plan et ne jouent qu&amp;rsquo;un rôle négligeable dans les réponses données.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne suis pas statisticien, je ne peux donner mon sentiment qu&amp;rsquo;avec mes mots à moi. Mais, n&amp;rsquo;est-ce pas, nous sommes déjà habitués au techniques d&amp;rsquo;extorsion (fabrique ?) de consentement. À celui-ci s&amp;rsquo;ajoute une certaine pauvreté dans la manière d&amp;rsquo;appréhender cette fuite en avant vers la surveillance. Avec l&amp;rsquo;expression « Big Brother », on a l&amp;rsquo;impression d&amp;rsquo;avoir tout dit. Mais c&amp;rsquo;est faux. On ne passe pas si facilement d&amp;rsquo;un libéralisme autoritaire à une dystopie orwellienne, il y a des étapes, et à chaque étape nous prenons une direction. Scander « Big Brother » (comme la récente Une de l&amp;rsquo;Obs le 02 avril 2020 « Big Brother peut-il nous sauver ? »), c&amp;rsquo;est un peu comme si on cherchait à donner une théorie sans d&amp;rsquo;abord la démontrer. « Big Brother » impose une grille de lecture des événements tout en prédisant déjà la fin. Ce n&amp;rsquo;est pas une bonne méthode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Y-a-t&amp;rsquo;il une bonne méthode ? Étudier la surveillance, c&amp;rsquo;est d&amp;rsquo;abord faire appel à un ensemble de concepts que l&amp;rsquo;on met à l&amp;rsquo;épreuve. Il faut signaler sur ce point l&amp;rsquo;excellent édito de Martin French et Torin Monahan dans le dernier numéro de la revue canadienne &lt;em&gt;Surveillance &amp;amp; Society&lt;/em&gt;, intitulé « &lt;a href=&#34;https://ojs.library.queensu.ca/index.php/surveillance-and-society/article/view/13985/9169&#34;&gt;Dis-ease Surveillance: How Might Surveillance Studies Address COVID-19?&lt;/a&gt; ». C&amp;rsquo;est tout un programme de recherche qui est développé ici, à titre prospectif. La première chose que s&amp;rsquo;empressent de signaler les auteurs, c&amp;rsquo;est que surveiller le Covid-19, ce n&amp;rsquo;est pas surveiller la population. Ce sont deux choses bien différentes que les politiques feraient mieux de ne pas perdre de vue. Surveiller le Covid-19 c&amp;rsquo;est faire de l&amp;rsquo;épidémiologie, et identifier des cas (suspects, déclarés, etc.). Et là où on peut s&amp;rsquo;interroger, c&amp;rsquo;est sur la complexité des situations qu&amp;rsquo;une approche scientifique réduit à des éléments plus simples et pertinents. Si, pour les besoins d&amp;rsquo;une étude, il faut faire un tri social, il importe de savoir ce que l&amp;rsquo;étude révélera finalement : y-a-t&amp;rsquo;il plus de patients Covid-19 dans les couches pauvres de la population ? Comment l&amp;rsquo;information sur la surveillance circule et est reçue par les populations ? Et plus généralement qu&amp;rsquo;est-ce que la surveillance des populations en situation de pandémie, quelles sont les contraintes éthiques, comment les respecter ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite vient tout un ensemble de concepts et notions qu&amp;rsquo;il faut interroger au regard des comportements, des groupes de pression, des classes sociales et tous autres facteurs sociaux. Par exemple la vigilance : est-elle encouragée au risque de la délation, est-elle définie par les autorités comme une vigilance face à la maladie et donc une forme d&amp;rsquo;auto-surveillance ? Il en est de même au sujet de l&amp;rsquo;anticipation, la stigmatisation, la marginalisation, la prévention, la victimisation, l&amp;rsquo;exclusion, la confiance, autant d&amp;rsquo;idées qui permettent de définir ce qu&amp;rsquo;est la surveillance en situation de pandémie. Puis vient la question des conséquences de la surveillance en situation de pandémie. Là on peut se référer à la littérature existante à propos d&amp;rsquo;autres pandémies. Je ne résiste pas à citer les auteurs :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;L&amp;rsquo;écologie informationnelle contemporaine se caractérise par une forme de postmodernisme populiste où la confiance dans les institutions est érodée, ne laissant aucun mécanisme convenu pour statuer sur les demandes de vérité. Dans un tel espace, la peur et la xénophobie remplissent facilement le vide laissé par l&amp;rsquo;autorité institutionnelle. En attendant, si les gens ont perdu confiance dans l&amp;rsquo;autorité institutionnelle, cela ne les protégera pas de la colère des institutions si l&amp;rsquo;on pense qu&amp;rsquo;ils ont négligemment contribué à la propagation de COVID-19. Déjà, des poursuites pénales sont en cours contre la secte chrétienne qui a contribué à l&amp;rsquo;épidémie en Corée du Sud, et les autorités canadiennes affirment qu&amp;rsquo;elles n&amp;rsquo;excluent pas des sanctions pénales pour « propagation délibérée de COVID-19 ». Comme nous l&amp;rsquo;avons vu en ce qui concerne le VIH, la réponse de la justice pénale a connu un regain d&amp;rsquo;intérêt au cours de la dernière décennie, ce qui laisse entrevoir la montée d&amp;rsquo;une approche de plus en plus punitive des maladies infectieuses. Dans le cas du VIH, cette évolution s&amp;rsquo;est produite sans qu&amp;rsquo;il soit prouvé qu&amp;rsquo;une réponse de la justice pénale contribue à la prévention du VIH. À la lumière de ces  développements, les chercheurs devraient s&amp;rsquo;attendre — et s&amp;rsquo;interroger sur les implications des flux de données sanitaires dans les systèmes de justice pénale.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Effectivement, dans un monde où le droit a perdu &lt;a href=&#34;https://esprit.presse.fr/article/alain-supiot/la-fonction-anthropologique-du-droit-entretien-8899&#34;&gt;sa fonction anthropologique&lt;/a&gt; et où l&amp;rsquo;automatisation de la justice répond à l&amp;rsquo;automatisation de nos vies (leur gafamisation et leur réduction à des données numériques absconses) on peut se demander si l&amp;rsquo;autoritarisme libéral ne cherchera pas à passer justement par le droit, la sanction (la punition) pour affirmer son efficacité, c&amp;rsquo;est-à-dire se concentrer sur les effets au détriment de la cause. Qu&amp;rsquo;importe si l&amp;rsquo;application pour smartphone Covid-19 dit le vrai ou pas, elle ne saurait être remise en cause parce que, de manière statistique, elle donne une représentation de la réalité que l&amp;rsquo;on doit accepter comme fidèle. Ce serait sans doute l&amp;rsquo;une des plus grandes leçons de cette épidémie : la consécration du capitalisme de surveillance comme la seule voie possible. Cela, ce n&amp;rsquo;est pas une prophétie, ce n&amp;rsquo;est pas une révélation, c&amp;rsquo;est le modèle dans lequel nous vivons et contre lequel nous ne cessons de résister (même inconsciemment).&lt;/p&gt;
&lt;hr&gt;
&lt;p&gt;Crédit image d&amp;rsquo;en-tête : &lt;em&gt;Le Triomphe de la Mort&lt;/em&gt;, Pieter Brueghel l&amp;rsquo;Ancien (1562) &amp;ndash; Wikipédia.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#34;footnotes&#34; role=&#34;doc-endnotes&#34;&gt;
&lt;hr&gt;
&lt;ol&gt;
&lt;li id=&#34;fn:1&#34;&gt;
&lt;p&gt;Un sondage réalisé à une semaine d&amp;rsquo;intervalle dément complètement  les résultats de celui de l&amp;rsquo;université d&amp;rsquo;Oxford. Il a été réalisé sur la population française par l&amp;rsquo;IFOP suite à une demande de la Fondation Jean-Jaurès. Il apparaît qu&amp;rsquo;une majorité de français est en fait opposée à une application de type Stop-Covid. Voir Maxime des Gayets, « &lt;a href=&#34;https://jean-jaures.org/nos-productions/tracking-et-covid-extension-du-domaine-de-l-absurde&#34;&gt;Tracking et Covid : extension du domaine de l’absurde&lt;/a&gt; », Fondation Jean-Jaurès, 12/04/2020&amp;#160;&lt;a href=&#34;#fnref:1&#34; class=&#34;footnote-backref&#34; role=&#34;doc-backlink&#34;&gt;&amp;#x21a9;&amp;#xfe0e;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;/ol&gt;
&lt;/div&gt;</description>
    </item>
    
    <item>
      <title>Culture de la surveillance : résistances</title>
      <link>https://golb.statium.link/post/20200324culturesurveillanceresistance/</link>
      <pubDate>Tue, 24 Mar 2020 00:00:00 +0000</pubDate>
      <author>situveuxmonadresse@demande-la.moi (Christophe Masutti)</author>
      <guid>https://golb.statium.link/post/20200324culturesurveillanceresistance/</guid>
      <description>&lt;p&gt;« Lutte pour les libertés numériques », « droits et libertés sur Internet », liberté, liberté, j&amp;rsquo;écris ton nom&amp;hellip; Sauf qu&amp;rsquo;il n&amp;rsquo;a jamais été autant question de liberté dans le monde numérique sans qu&amp;rsquo;elle finisse invariablement à se retrouver comme réduite à une simple revendication d&amp;rsquo;auto-détermination individuelle. Nous revendiquons un « droit à la connexion », nous exigeons de pouvoir rester maîtres des données que nous transmettons (et nous ne le sommes pas). Mais ces droits et ces libertés, nous les réclamons en tant que sujets de pouvoir ou plutôt d&amp;rsquo;une couche de pouvoirs, impérialisme économique et concentration de technologies. Par ces incessantes réclamations, n&amp;rsquo;est-ce pas plus simplement que nous réaffirmons sans cesse notre soumission au capitalisme de surveillance ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J&amp;rsquo;ignore encore, à l&amp;rsquo;heure où j&amp;rsquo;écris ces lignes, où je veux en venir exactement. Pas banal direz-vous, car j&amp;rsquo;ai habitué les lecteurs de ce blog à d&amp;rsquo;autres stratégies, mais baste ! En ces instants de confinement généralisé, j&amp;rsquo;ai bien envie de me laisser aller à quelques détours réflexifs. Je voudrais vous parler de Michel Foucault, de Michel de Certeau, des &lt;em&gt;surveillance studies&lt;/em&gt;&lt;sup id=&#34;fnref:1&#34;&gt;&lt;a href=&#34;#fn:1&#34; class=&#34;footnote-ref&#34; role=&#34;doc-noteref&#34;&gt;1&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;, et d&amp;rsquo;autres enjeux que je ne développe pas dans mon récent bouquin (&lt;a href=&#34;https://cfeditions.com/masutti/&#34;&gt;Affaires Privées&lt;/a&gt;) parce que la réflexion n&amp;rsquo;est pas encore assez mûre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je feuilletais récemment un ouvrage collectif intitulé &lt;em&gt;&lt;a href=&#34;https://www.taylorfrancis.com/books/e/9781315167305&#34;&gt;Data Politics. Worlds, Subjects, Rights&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;&lt;sup id=&#34;fnref:2&#34;&gt;&lt;a href=&#34;#fn:2&#34; class=&#34;footnote-ref&#34; role=&#34;doc-noteref&#34;&gt;2&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;, un de ces nombreux ouvrages qui fleurissent depuis une dizaine d&amp;rsquo;années (et plus encore depuis les révélations d&amp;rsquo;E. Snowden) dans le monde de la recherche en politique et sociologie du côté anglo-saxon. Me sont venues alors quelques réflexions. Ce n&amp;rsquo;est pas que dans la vieille Europe nous soyons démunis de ce côté-là, et en France encore moins, mais nous avons un gros défaut : une tendance à l&amp;rsquo;auto-centrisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C&amp;rsquo;est peut-être en réponse à cette limitation intellectuelle que récemment la « littérature » scientifique (et journalistique) en France a commencé par cesser la complainte du « ils nous surveillent, regardez comment », pour se pencher sur l&amp;rsquo;analyse des causes et des processus de ce qu&amp;rsquo;on a encore bien du mal à appeler le &lt;em&gt;capitalisme de surveillance&lt;/em&gt;. Cette dernière expression est employée un peu partout, mais il est bien rare de trouver une publication académique en France qui l&amp;rsquo;utilise vraiment. Lorsque c&amp;rsquo;est le cas, on se tourne généralement vers une seule autrice, Shoshana Zuboff, qui propose effectivement une lecture du capitalisme de surveillance très pertinente puisqu&amp;rsquo;elle donne une analyse systématique des pratiques des entreprises, la répartition du pouvoir et de la décision que cela induit et l&amp;rsquo;impact sur la vie privée. Ainsi on a assisté depuis 2014 à la publication de nombreux articles de S. Zuboff en Allemagne (en particulier dans les versions allemandes et anglaises du &lt;em&gt;Frankfurter Allgemeine Zeitung&lt;/em&gt; ) et aux États-Unis, avec le point culminant de son ouvrage monumental &lt;em&gt;The Age of Surveillance Capitalism&lt;/em&gt; (publié d&amp;rsquo;abord en Allemagne puis aux États-Unis, et &lt;a href=&#34;https://www.zulma.fr/livre-lage-du-capitalisme-de-surveillance-572196.html&#34;&gt;bientôt en France&lt;/a&gt;). On prévoit alors la « déferlante Zuboff » dans les prochaines publications ici et là : le &lt;a href=&#34;https://www.monde-diplomatique.fr/2019/01/ZUBOFF/59443&#34;&gt;Monde Diplomatique&lt;/a&gt; à son tour, puis la &lt;a href=&#34;https://esprit.presse.fr/article/shoshana-zuboff/le-capitalisme-de-la-surveillance-42084&#34;&gt;revue Esprit&lt;/a&gt;… Les colonnes sont ouvertes, on bouffera du Zuboff en 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela est bon. Vraiment. Déjà parce que Zuboff est plus digeste que Masutti (cf. &lt;a href=&#34;https://cfeditions.com/masutti/&#34;&gt;AffairesPrivées&lt;/a&gt;), mais surtout parce qu&amp;rsquo;il est très important d&amp;rsquo;avoir une base solide sur laquelle on peut commencer à discuter. Je l&amp;rsquo;ai déjà dit sur d&amp;rsquo;autres billets de ce blog, mais j&amp;rsquo;admire vraiment S. Zuboff parce qu&amp;rsquo;elle fourni dans son travail une analyse globale des pratiques de surveillance de l&amp;rsquo;économie numérique. C&amp;rsquo;est un travail essentiel aujourd&amp;rsquo;hui. Plus encore en ces jours de confinement « Covid 19 » où le solutionnisme technologique bat son plein dans les tentatives pathétiques de contrôle des populations. Il est vrai que la « start-up nation » tant vantée ces deux dernières années est encore attendue au tournant alors que c&amp;rsquo;est bien du côté de l&amp;rsquo;Économie Sociale et Solidaire que nous voyons émerger créativité et solidarité numériques pour palier les manquements de l&amp;rsquo;État-Gafam. S. Zuboff ne montre pas autre chose que le grignotage néolibéral des fonctions publiques et des libertés individuelles, ce qu&amp;rsquo;elle voit à la fois comme une injustice et une menace pour la démocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant (vous le reconnaissez cet adverbe assassin et jubilatoire des pédants qui critiquent le travail des autres ?), cependant, dis-je, cette analyse de S. Zuboff repose presque exclusivement sur l&amp;rsquo;idée que le capitalisme de surveillance est une dépossession de l&amp;rsquo;expérience individuelle, au sens d&amp;rsquo;un contrôle des masses consommatrices et productives, afin d&amp;rsquo;imposer un modèle économique qui ne crée pas autre chose qu&amp;rsquo;un déséquilibre dans la dynamique normale du capitalisme (concurrence, égalité, choix, etc.). Elle en vient même à déclarer que l&amp;rsquo;atteinte à la vie privée, moteur du capitalisme de surveillance est la marque d&amp;rsquo;une appropriation de savoirs (qui possède l&amp;rsquo;information et qui décide ?) d&amp;rsquo;ordre « pathologique ». En d&amp;rsquo;autres termes nous parlons donc d&amp;rsquo;un capitalisme malade qu&amp;rsquo;il faudrait soigner. Et, de là, S. Zuboff plaide pour une prise de conscience générale des décideurs afin de ré-organiser la régulation et rétablir l&amp;rsquo;équilibre économique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bon. Là-dessus, je ne suis pas d&amp;rsquo;accord (et &lt;a href=&#34;https://laviedesidees.fr/Surveiller-et-predire.html&#34;&gt;je ne suis pas le seul&lt;/a&gt;). D&amp;rsquo;abord, d&amp;rsquo;un point de vue méthodologique il y a comme un (gros) problème : cette économie de la surveillance ne commence pas avec les géants de la Silicon Valley, elle s&amp;rsquo;inscrit dans une histoire que S. Zuboff élude complètement. Et si elle l&amp;rsquo;élude, c&amp;rsquo;est parce que vouloir influencer les comportements de consommation de masse, c&amp;rsquo;est déjà vieux (le marketing, c&amp;rsquo;est les années 1920), mais surtout la critique consistant à dénoncer les atteintes à la vie privée en s&amp;rsquo;appuyant sur des procédures informatisées et des formules prédictives, c&amp;rsquo;est un processus normal du capitalisme moderne dans une société informatisée, c&amp;rsquo;est-à-dire au moins depuis les années 1960 — et ça c&amp;rsquo;est ce que j&amp;rsquo;écris dans mon &lt;a href=&#34;https://cfeditions.com/masutti/&#34;&gt;bouquin&lt;/a&gt;, entre autre. Si bien que S. Zuboff s&amp;rsquo;inscrit en fait dans une tradition déjà bien ancienne des contempteurs d&amp;rsquo;une économie de l&amp;rsquo;atteinte à la vie privée, qui dénonçaient déjà les pratiques à l’œuvre et dont les ouvrages furent de véritables best-seller dans les années 1960 et 1970 (Arthur Miller, James B. Rule, Alan Westin, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais S. Zuboff apporte bien des nouvelles choses. Elle contextualise son analyse en se concentrant sur l&amp;rsquo;idéologie de la Silicon Valley dont elle démontre comment, de manière réfléchie, cette idéologie grignote petit à petit nos libertés. S. Zuboff fait tout cela de manière excessivement renseignée, pointant, démontrant avec exactitude (et de nombreux exemples) comment les stratégies des « capitalistes de la surveillance » organisent la confusion entre marché et individu, nient la société pour nous assujettir à leurs modèles. Ce que des gens comme &lt;a href=&#34;https://cfeditions.com/utopieNumerique/&#34;&gt;Fred Turner&lt;/a&gt; avaient déjà pointé en montrant que les utopies soi-disant contre-culturelles à l&amp;rsquo;origine de ce « nouveau monde numérique », n&amp;rsquo;étaient finalement qu&amp;rsquo;un échafaudage en carton-pâte, S. Zuboff l&amp;rsquo;intègre davantage dans une confrontation entre une nouvelle idéologie néfaste de la dérégulation et un capitalisme bien régulé où l&amp;rsquo;État reprendrait ses prérogatives et les individus leur pouvoir d&amp;rsquo;autodétermination de soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, mais&amp;hellip; non. Car si ce capitalisme de surveillance apporte des nouvelles règles, elles sont fatalement à l&amp;rsquo;épreuve de la société et de la culture. Et ce travail d&amp;rsquo;analyse manque cruellement à S. Zuboff. La réalité de l&amp;rsquo;idéologie de la Silicon Valley, c&amp;rsquo;est une augmentation délirante du chômage et de la précarisation, des exploitations nationales et mondiales de la pauvreté, de l&amp;rsquo;environnement et du climat, mais aussi les luttes solidaires contre l&amp;rsquo;ubérisation de l&amp;rsquo;économie, et tout un ensemble de résistances sociales qui font que non, décidément non, nous ne sommes pas que des sujets soumis aux pouvoirs. Si le capitalisme de surveillance impose ses jeux de pouvoir par le biais des États qui, sous couvert de solutionnisme technologique usent et abusent des contrôle des populations, ou par le jeu plus direct de la captation des données et de la prédictions des comportements de consommation, il reste que concrètement, aux bas niveaux des interactions sociales et des comportements collectifs, tout ne se passe pas de manière aussi mécanique qu&amp;rsquo;on voudrait le croire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S. Zuboff reprend (sans le dire) l&amp;rsquo;expression de capitalisme de surveillance des auteurs de la &lt;a href=&#34;https://monthlyreview.org/2014/07/01/surveillance-capitalism/&#34;&gt;Monthly Review&lt;/a&gt;. J&amp;rsquo;ai déjà eu l&amp;rsquo;occasion de disserter sur cette usurpation &lt;a href=&#34;https://golb.statium.link/post/20181115definitionscapitalismesurveillance/&#34;&gt;ici&lt;/a&gt; et &lt;a href=&#34;https://golb.statium.link/post/20190607fuckapital/&#34;&gt;là&lt;/a&gt;, et j&amp;rsquo;en parle aussi dans mon ouvrage, aussi je ne vais pas y revenir. En fait, le capitalisme de surveillance est surtout un projet d&amp;rsquo;étude, une approche du capitalisme. Au lieu d&amp;rsquo;en faire un objet qui serait le résultat d&amp;rsquo;une distorsion d&amp;rsquo;un capitalisme idéal, c&amp;rsquo;est au contraire une lecture historique (matérialiste) du capitalisme qui est proposée et que S. Zuboff ne peut pas voir. Il est en effet primordial d&amp;rsquo;envisager le capitalisme de surveillance dans l&amp;rsquo;histoire, dans une histoire de la surveillance. Par conséquent il est tout aussi important de confronter la lecture de S. Zuboff aux faits sociaux et historiques. C&amp;rsquo;est ce que j&amp;rsquo;ai fait dans mon livre avec l&amp;rsquo;informatisation de la société depuis les années 1960, mais on peut aussi bien le faire avec une approche sociologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant j&amp;rsquo;en reviens à la référence que je citais en tout début de ce billet, &lt;em&gt;&lt;a href=&#34;https://www.taylorfrancis.com/books/e/9781315167305&#34;&gt;Data Politics. Worlds, Subjects, Rights&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;.  Reconnu depuis des années dans le milieu des &lt;em&gt;surveillance studies&lt;/em&gt;, le sociologue David Lyon, publie dans ce livre un chapitre (num. 4) que j&amp;rsquo;ai trouvé tout particulièrement pertinent. Il s’intitule « Surveillance Capitalism, Surveillance Culture and Data Politics ». Ces derniers temps, D. Lyon a beaucoup œuvré autour du livre de S. Zuboff et de la question du capitalisme de surveillance, notamment par des communications dans des colloques (comme &lt;a href=&#34;https://www.youtube.com/watch?v=0Fr7zl9NA7s&#34;&gt;ici&lt;/a&gt;) ou en interview (comme &lt;a href=&#34;https://ojs.library.queensu.ca/index.php/surveillance-and-society/article/view/13238/8503&#34;&gt;ici&lt;/a&gt;)&lt;sup id=&#34;fnref:3&#34;&gt;&lt;a href=&#34;#fn:3&#34; class=&#34;footnote-ref&#34; role=&#34;doc-noteref&#34;&gt;3&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;. Cela m&amp;rsquo;avait un peu étonné qu&amp;rsquo;il ne choisisse pas d&amp;rsquo;avoir un peu plus de recul par rapport à ces travaux, mais en réalité, j&amp;rsquo;avais mal lu. Dans le chapitre en question, D. Lyon propose de sortir du dilemme « zubovien » (pour le coup je ne suis pas fort en néologismes) en confrontant d&amp;rsquo;un côté le point de vue de S. Zuboff et, de l&amp;rsquo;autre côté, l&amp;rsquo;idée qu&amp;rsquo;il existe une « culture de la surveillance », c&amp;rsquo;est-à-dire en fait une porte de sortie que S. Zuboff ne parvient pas à entr’ouvrir mais qui existe bel et bien, celle des résistances aux capitalisme de surveillance. Des résistances qui ne sont pas de simples revendications pour un capitalisme mieux régulé. En fait, sans trop le dire, D. Lyon voit bien que l&amp;rsquo;analyse de S. Zuboff, aussi complète soit-elle du côté des pratiques, ne va guère plus loin en raison d&amp;rsquo;une croyance tout aussi idéologique en la démocratie libérale (et ça c&amp;rsquo;est moi qui l&amp;rsquo;ajoute, mais c&amp;rsquo;est pourtant vrai).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Après avoir rapidement mentionné l&amp;rsquo;existence de poches de résistances importantes autour du libre accès aux connaissances et les luttes collectives d&amp;rsquo;activistes, D. Lyon en vient à montrer que les contours d&amp;rsquo;une culture de la surveillance sont justement dessinés par les résistances et les pratiques de contournement dans la société.  Autant, selon moi, le salut réside dans des résistances affirmées comme telles et qui s&amp;rsquo;imposent aux pouvoirs économiques et politiques (j&amp;rsquo;y reviendrai plus loin), autant il est vrai que ces résistances plus affirmées ne seraient rien si elles ne prenaient pas leurs racines sociales dans quelque chose de beaucoup plus diffus et que D. Lyon va chercher chez un penseur bien français-de-chez-nous (mais avec une carrière internationale), Michel de Certeau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bon alors, là c&amp;rsquo;est un gros morceau, je vais essayer de faire court, surtout que je ne suis pas sûr de viser juste car je rappelle que ceci n&amp;rsquo;est qu&amp;rsquo;un billet de blog prospectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Penchons-nous un instant sur des sujets qui gravitent autour de la théorie de l&amp;rsquo;action. On parle d&amp;rsquo;action individuelle ou collective, et de la manière dont elle se « déploie ». Par exemple, on peut penser l&amp;rsquo;action selon plusieurs angles de vue : la décision, le choix, les déterminant cognitifs, la rationalité, mais aussi la manière dont l&amp;rsquo;action peut être contrainte, normée, obéissant à une éthique, consciente ou inconsciente, etc. En sociologie ou en anthropologie, on peut dire que l&amp;rsquo;action est le plus souvent vue comme soumise à des contraintes (les institutions, les organisations sociales, les traditions).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les élément rationnels qui guident l&amp;rsquo;action, on peut mentionner les savoirs, mais aussi les éléments culturels qui ne sont pas vraiment des savoirs (au sens de connaissances ou de savoir-faire) mais sont de l&amp;rsquo;ordre des éléments de construction des représentations. Une vue de l&amp;rsquo;extérieur de l&amp;rsquo;environnement social contraint. Pour David Lyon, il y a les utopies (ou les dystopies) qui, comme œuvres artistiques  constituent autant d&amp;rsquo;accroches à une éthique de l&amp;rsquo;action. De mon côté, j&amp;rsquo;ai pu voir à quel point, effectivement, depuis 50 ans, l’œuvre &lt;em&gt;1984&lt;/em&gt; d&amp;rsquo;Orwell est systématiquement utilisée, presque de manière méthodologique, pour justifier des réflexions sur la société de surveillance. Ce faisant, on peut alors effectivement penser la société en fonction de ces représentations et orienter des actions de résistance, par exemple en fonction de valeurs que l&amp;rsquo;on confronte aux normes imposées. C&amp;rsquo;est tout l&amp;rsquo;objet de &lt;a href=&#34;https://www.youtube.com/watch?v=Lt8U0xCTMSE&#34;&gt;cette conférence&lt;/a&gt; d&amp;rsquo;Alain Damasio au Festival de la CNT en 2015.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par exemple, je reprendrai uniquement cette citation d&amp;rsquo;Arthur R. Miller, écrite dans son célèbre ouvrage &lt;em&gt;Assault on Privacy: Computers, Data Banks and Dossiers&lt;/em&gt; en 1971, et qui donne immédiatement la saveur des débats qui avaient lieu à ce moment-là :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Il y a à peine dix ans, on aurait pu considérer avec suffisance &lt;em&gt;Le meilleur des mondes&lt;/em&gt; de Huxley ou &lt;em&gt;1984&lt;/em&gt; d&amp;rsquo;Orwell comme des ouvrages de science-fiction excessifs qui ne nous concerneraient pas et encore moins ce pays. Mais les révélations publiques répandues au cours des dernières années au sujet des nouvelles formes de pratiques d’information ont fait s’envoler ce manteau réconfortant mais illusoire.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;L&amp;rsquo;informatisation de la société a provoqué des changements évidents dans les contraintes sociales. Institutions, organisations, cadres juridiques, hiérarchies, tout s&amp;rsquo;est en quelque sorte enrichi d&amp;rsquo;une puissance calculatoire et combinatoire qu&amp;rsquo;est l&amp;rsquo;informatique. C&amp;rsquo;est dans ce contexte (et le terme &lt;em&gt;contexte&lt;/em&gt; est important ici) qu&amp;rsquo;il faut penser la théorie de l&amp;rsquo;action. Et j&amp;rsquo;estime que les penseurs post-modernes, à l&amp;rsquo;époque même de l&amp;rsquo;informatisation de la société, n&amp;rsquo;ont pas vraiment pris la mesure du problème de la captation des données et de la transformation de l&amp;rsquo;économie. Certes, il y a toujours Deleuze et sa fameuse « société de contrôle », mais comme d&amp;rsquo;autres il ne pouvait pas penser qu&amp;rsquo;allait émerger une culture de la surveillance car il pensait d&amp;rsquo;abord en termes de contraintes sociales imposées (par les institutions, d&amp;rsquo;abord, ou par les organisations comme les banques) et, dans tout cela, l&amp;rsquo;individu en recherche impossible d&amp;rsquo;émancipation parce que tout est bouclé par le discours, une impossibilité d&amp;rsquo;énoncer l&amp;rsquo;alternative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revenons alors à la théorie de l&amp;rsquo;action. L&amp;rsquo;individu (doté d&amp;rsquo;un capital de savoirs spécifique à chacun) serait toujours sujet soumis aux forces, aux contraintes de l&amp;rsquo;environnement (géographie, économie, politique, anthropologie&amp;hellip;) dans lequel il se situe. C&amp;rsquo;est en quelque sorte l&amp;rsquo;héritage de la sociologie de Bourdieu, celle de la reproduction des hiérarchies sociales mais aussi celle d&amp;rsquo;une théorie de l&amp;rsquo;action selon laquelle les stratégies des individus sont des &lt;em&gt;habitus&lt;/em&gt; adaptés au monde social dans lequel il évoluent dans les contraintes de compétitions, de structures et de violence symbolique. En somme, l&amp;rsquo;individu est fondamentalement soumis aux règles dictées par les hiérarchies sociales et l&amp;rsquo;environnement social construit pour lui dans lequel il doit lui aussi essayer d&amp;rsquo;exister socialement. Mais dans ce contexte, l&amp;rsquo;individu n&amp;rsquo;est pas pleinement conscient de ses pratiques. Elles lui sont soit naturelles soit subies, mais elles sont aussi ce qui le structure comme un individu. À la nécessité de déployer ces pratiques correspond comme une sorte de prolétarisation de l&amp;rsquo;être : ce savoir-être qu&amp;rsquo;il n&amp;rsquo;a pas (dont on le prive) et qui se résout à n&amp;rsquo;être qu&amp;rsquo;un ploiement face aux normes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un peu dans le même ordre d&amp;rsquo;idée, l&amp;rsquo;individu chez Michel Foucault est soumis aux pratiques de décisions des institutions. C&amp;rsquo;est flagrant dans &lt;em&gt;Surveiller et Punir&lt;/em&gt;, toutes ces procédures, administrations et techniques forment un ordre du pouvoir. Il peut être la tentative de rétablir un système de relations sociales normées (dans l&amp;rsquo;&lt;em&gt;Histoire de la Folie&lt;/em&gt;), ou une force disciplinaire qui circonscrit l&amp;rsquo;espace à un espace cellulaire universel (le même pour tous) et permet le contrôle social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais n&amp;rsquo;y a-t-il pas d&amp;rsquo;autre méthode que de réduire tout le fonctionnement social à une procédure dominante qui serait le contrôle et la surveillance ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez Michel de Certeau, l&amp;rsquo;ordre des choses est loin d&amp;rsquo;être aussi simple, et ce n&amp;rsquo;est pas vraiment un ordre (au sens d&amp;rsquo;ordonnancement ou au sens du pouvoir donneur d&amp;rsquo;ordres). C&amp;rsquo;est la question du rapport entre pensée et action. D&amp;rsquo;abord, son point de vue sur le sujet est beaucoup plus optimiste puisqu&amp;rsquo;il le dote d&amp;rsquo;une certaine puissance. Cette puissance se traduit par le fait qu&amp;rsquo;il est tout à fait conscient de sa résistance à l&amp;rsquo;ordre imposé et même, M. de Certeau décompose l&amp;rsquo;ordre et la résistance en distinguant deux démarches différentes : stratégies et tactiques. Dans &lt;em&gt;L&amp;rsquo;invention du quotidien&lt;/em&gt;, M. de Certeau  analyse cela sous l&amp;rsquo;angle d&amp;rsquo;une réflexion sur le quotidien et s&amp;rsquo;oppose en quelque sorte à la seule logique du discours qui, chez Foucault est quasiment la seule logique qui explique les rapports de pouvoir. Pour M. de Certeau, le discours, c&amp;rsquo;est le contexte, c&amp;rsquo;est-à-dire que l&amp;rsquo;énonciation d&amp;rsquo;un état de choses, d&amp;rsquo;un ordre, est toujours relative au contexte, un temps et un espace, dans lequel on exprime. L&amp;rsquo;énonciation peut alors avoir deux niveaux. Le premier est la représentation, c&amp;rsquo;est un calcul, une stratégie où le sujet fait de volonté et de pouvoir (intention, délibération, exécution, etc.) observe de l&amp;rsquo;extérieur  et détermine les choix rationnels : le sujet en question peut être aussi bien un individu qu&amp;rsquo;une institution ou une entreprise, peu importe. Par l&amp;rsquo;ingéniosité, la stratégie permet alors de saisir des occasions (avec une prudence toute aristotélicienne) qui font basculer les choix dans l&amp;rsquo;intérêt du sujet (ou pas&amp;hellip;). Déjà, là, nous sommes loin de Bourdieu et sa théorie dispositionnelle où c&amp;rsquo;est à l&amp;rsquo;intérieur de l&amp;rsquo;individu, dans sa structure cognitive, qu&amp;rsquo;entrent en jeu les dispositions qui orientent son action dans un contexte donné. Avec M. de Certeau, ce n&amp;rsquo;est pas qu&amp;rsquo;on réfute l&amp;rsquo;idée que la cognition ne joue pas un rôle, mais on ajoute quelque chose de très pertinent : l&amp;rsquo;occasion, qui au fond est la mesure de la pertinence de l&amp;rsquo;action. La stratégie est d&amp;rsquo;ordre topologique, elle exprime un rapport essentiellement à l&amp;rsquo;espace, qu&amp;rsquo;elle cherche non seulement à mesurer et calculer mais aussi contrôler sous les trois piliers que sont la prospective (prévoir), la théorie (savoir) et la domination (pouvoir).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second niveau de l&amp;rsquo;énonciation, ce sont les tactiques. Elles sont propres aux individus mais ne sont en aucun lieu déterminé puisqu&amp;rsquo;elles s&amp;rsquo;expriment selon les occasions sur le terrain ou la loi imposés par le stratège, celui qui a décidé (voir paragraphe précédent), qui a pu envisager l&amp;rsquo;ordre de l&amp;rsquo;extérieur et le &lt;em&gt;designer&lt;/em&gt;. Ces tactiques relèvent d&amp;rsquo;une pratique du temps, ce sont des actes et des usages. Elles n&amp;rsquo;organisent pas de discours, elles sont « purement » pratiques et surtout créatrices. Elles explorent le territoire, mais sont autant de résistances à la loi imposée. Ce sont des « manières de faire », des « ruses ». En d&amp;rsquo;autre termes, là où le commandement implique une stabilité et une identification précise et fixe des lieux (par exemple l&amp;rsquo;institution Républicaine qui a des lieux précis, préfectures, et administrations), résistance et tactiques jouent des circonstances et créent des usages qui ne sont pas forcément raccord avec l&amp;rsquo;ordre déterminé stratégiquement. En fait, c&amp;rsquo;est même tout leur objet, de ne pas être raccord, puisqu&amp;rsquo;elles sont un art de vivre, des savoir-vivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour illustrer cela on peut se reporter au rapport entre lecture et écriture. C&amp;rsquo;est un exemple de M. de Certeau. La lecture déstabilise toujours l&amp;rsquo;écrit là où on l&amp;rsquo;on pensait au contraire que la réception de l&amp;rsquo;écrit est universelle et balisée, au contraire une lecture diffère toujours d&amp;rsquo;une autre, elle « déterritorialise » l&amp;rsquo;écrit. On peut encore illustrer en reprenant la manière dont la chercheuse Anne Cordier fait référence à Michel de Certeau dans son livre &lt;em&gt;&lt;a href=&#34;https://cfeditions.com/grandirConnectes/&#34;&gt;Grandir connectés, les adolescents et la recherche d&amp;rsquo;information&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; en mentionnant la manière dont les élèves élaborent des tactiques dans l&amp;rsquo;environnement contraint du CDI ou de l&amp;rsquo;institution pour satisfaire l&amp;rsquo;enseignant lors de la recherche d&amp;rsquo;information (montrer ostensiblement qu&amp;rsquo;on ne va pas sur Wikipédia tout en contournant la règle pour y récupérer des informations).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprend peut-être mieux à quel point les utopies (ou les dystopies) sont en soit des actes de résistance. Puisqu&amp;rsquo;elles détournent les stratégies pour être des matrices créatrices de nouveaux usages. Le détour du tacticien par l&amp;rsquo;utopie lui permet d&amp;rsquo;imaginer un autre ordre possible que le territoire qui lui est donné. Et de cette &lt;em&gt;occasion&lt;/em&gt;-là, il peut se servir pour changer le quotidien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette manière de penser l&amp;rsquo;action est un peu le contre-pied du point de vue de Bernard Stiegler. Pour ce dernier, les GAFAM ont entrepris un vaste projet de prolétarisation des savoirs (savoir-être et savoir-vivre) et il nous appartient de chercher à se déprolétariser en fondant une économie de la contribution, qui soit le contraire d&amp;rsquo;une économie de la consommation-extraction-des-données où nous sommes les produits et les agents consommateurs. Mais dans ce point de vue, on en reste à l&amp;rsquo;idée que la résistance ne peut se faire qu&amp;rsquo;un revendiquant, de manière révolutionnaire, notre libération de ces contraintes. Cela me fait penser à Jean Baudrillard qui oppose société de consommation (où notre objectif consiste à satisfaire nos egos et nous distinguer des autres) et société de non consommation (la Chine de Mao ?). Faire cette distinction revient à penser que le consumérisme, pilier du libéralisme, est une affaire de choix individuels (au pluriel, les agents rationnels de l&amp;rsquo;économie) et s&amp;rsquo;oppose au choix collectif qui pourrait nous mener vers une société meilleure (le choix social communiste ?). Mais, selon moi, c&amp;rsquo;est oublier que le choix consumériste, libéral ou néolibéral, est d&amp;rsquo;abord et avant tout un choix politique, donc collectif ! Penser l&amp;rsquo;individu en tant qu&amp;rsquo;un éternel sujet soumis aux contraintes, aux normes ou à ses appétences non maîtrisées de petit élève consommateur… cela implique que des sachants viennent enfin lui expliquer comment sortir de son état prolétaire. Mais il y a déjà des tactiques à l&amp;rsquo;œuvre et nous sommes tous individuellement des résistants conscients de leurs résistances. En tout cas au moins depuis les Lumières où nous nous sommes sortis des carcans et des prescriptions… cf. &lt;a href=&#34;https://fr.wikipedia.org/wiki/Qu%27est-ce_que_les_Lumi%C3%A8res_%3F&#34;&gt;Kant&lt;/a&gt;.  Je ne veux pas opposer ici la philosophie kantienne mais, tout de même, l&amp;rsquo;anthropologie et la sociologie nous montrent bien tout cela. Si on prend le simple exemple de Wikipédia, c&amp;rsquo;est sur ce genre de tactique que s&amp;rsquo;est monté l&amp;rsquo;un des plus vastes mouvements d&amp;rsquo;émancipation de savoirs au monde (hors du cadre académique).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La culture de la surveillance, ce n&amp;rsquo;est pas seulement être habitué à être surveillé et même à y trouver des avantages (les gens se rendent sur Facebook par envie et par plaisir) ou contourner la surveillance pour son propre avantage (piratage de films contre le cadre Hadopi). La culture de la surveillance, c&amp;rsquo;est aussi la mise en pratique de toutes ces tactiques qui sont rendues possibles avec Internet parce qu&amp;rsquo;Internet fourni aussi les outils de résistance et de formulation de contre-ordre, de contre-culture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si nous en revenons au capitalisme de surveillance, finalement de quoi s&amp;rsquo;agit-il ? s&amp;rsquo;il s&amp;rsquo;agit d&amp;rsquo;un ordre économique et politique qui nous est imposé, et il est imposé parce que les données avec lesquelles il élabore la stratégie sont en grande partie des données issues non pas de notre quotidien (qui est la dynamique de nos tactiques, nous inventons notre quotidien) mais une extraction de notre quotidienneté, c&amp;rsquo;est à dire, comme le disait Henri Lefevre dans sa &lt;em&gt;Critique de la vie quotidienne&lt;/em&gt;&lt;sup id=&#34;fnref:4&#34;&gt;&lt;a href=&#34;#fn:4&#34; class=&#34;footnote-ref&#34; role=&#34;doc-noteref&#34;&gt;4&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;, la banalité inconsciente et inconséquente de nos actions (tout le monde chez Mac Do, tout le monde regarde Netflix, tout le monde achète sur Amazon…)  l&amp;rsquo;insignifiance de nos gestes&amp;hellip; Une insignifiance dans le sens ou, pour reprendre M. de Certeau, il s&amp;rsquo;agit de la part non tacticienne de soumission au stratège : notre obéissance à l&amp;rsquo;ordre. Et donc la captation de nos données consiste à une extrapolation de ce que nous sommes, en tant qu&amp;rsquo;individus, une re-construction théorique. Nos doubles numériques sont eux-mêmes doublement construits : re-construction des données (par inférence, recoupement, calcul, combinaisons et algorithme), et re-construction théorique de notre quotidienneté. &lt;em&gt;Mais tout cela n&amp;rsquo;est pas notre quotidien&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes des résistants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le problème est de savoir si nos tactiques, nos résistances à l&amp;rsquo;ordre du capitalisme de surveillance doivent se résoudre à n&amp;rsquo;être qu&amp;rsquo;individuelles. Ce serait là une grossière erreur. D&amp;rsquo;abord parce que, comme le montre l&amp;rsquo;exemple de Wikipédia, mais aussi tous les mouvements ouverts, les collectifs, les zads, les libristes (et j&amp;rsquo;en passe) sont bien des actions collectives qui détournent, contournent l&amp;rsquo;ordre des institutions et créent de nouvelles structures, repensent la démocratie, et le tout dans une dynamique où la méthode est presque aussi importante que les actes. On peut difficilement faire plus conscient que cela. Et si ces mouvements se créent par des logiques tacticiennes, souvent par spontanéité, c&amp;rsquo;est parce que les cadres et les institutions n&amp;rsquo;emportent plus l&amp;rsquo;adhésion générale. Si bien que l&amp;rsquo;ensemble des tactiques fait monter la pression entre le cadre et le désir, et se créent alors des espaces de violence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le souhait le plus ardent des stratèges, en faisant la bonne figure d&amp;rsquo;un capitalisme régulé (régulé par la loi, donc la politique, donc soi-disant par tous) est donc de réduire les tactiques à la seule dimension individuelle. L&amp;rsquo;individu responsable, donc libre de disposer de soi dans les limites de la loi et du contrat social. Un contrat qui ne fait qu&amp;rsquo;imposer la logique d&amp;rsquo;un modèle unique de démocratie élective (parfois pas) et libérale. Donc lutter contre le capitalisme de surveillance par la revendication des libertés individuelles, en prônant l&amp;rsquo;idée que la vie privée est d&amp;rsquo;abord un concept qui garanti les choix individuels, c&amp;rsquo;est en quelque sorte conforter le cadre stratégique de l&amp;rsquo;aliénation et revenir à définir la résistance sociale à la somme des résistances individuelles. C&amp;rsquo;est l&amp;rsquo;échec, à mon avis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Menons encore une petite prospective. Comme on parle de Michel de Certeau, généralement, la théologie et le mysticisme ne sont pas loin. Je pense à la &lt;em&gt;théologie de la libération&lt;/em&gt;, ce courant christiano-marxiste porté notamment en Amérique du Sud dans les années 1970 puis à travers tout ce qu&amp;rsquo;on a appelé le « Tiers monde ». Ce qui me plaît là-dedans, ce n&amp;rsquo;est pas le message théologique, mais l&amp;rsquo;idée que dans le mouvement de résistance, en particulier face aux dictatures, c&amp;rsquo;est à la base des hiérarchies sociales, donc les plus pauvres généralement, que se situe l&amp;rsquo;appropriation des savoirs (ici la parole divine, les évangiles, etc.), à la fois pour se libérer des conditions sociales imposées, mais aussi des conditions religieuses imposées par les colonisateurs et classes dominantes pour se créer leur propre cadre religieux chrétien. On dépasse le cadre de la charité pour permettre aux pauvres d&amp;rsquo;agir eux-mêmes pour améliorer leur condition. Et si la théologie de la libération a pu trouver un échos dans les classes sociales, c&amp;rsquo;est parce qu&amp;rsquo;elle cristallisait au bon moment les tactiques de contournement des masses à l&amp;rsquo;ordre social imposé. Des tactiques que d&amp;rsquo;aucun aurait pu juger qu&amp;rsquo;il s&amp;rsquo;agissait de l&amp;rsquo;effacement de la personnalité au profit de l&amp;rsquo;humilité face aux blancs colonisateurs… jusqu&amp;rsquo;au jour où le colonisateur se prenant une balle perdue au milieu de la pampa, l&amp;rsquo;illumination sur la réalité sociale se fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Évidemment, on parle ici de guérillas et de répressions. Mais le plus important pour mon propos est de constater qu&amp;rsquo;il s&amp;rsquo;agit bien d&amp;rsquo;une réflexion sur l&amp;rsquo;action. Ce que certains, à la même époque d&amp;rsquo;ailleurs, on appelé l&amp;rsquo;action directe. L&amp;rsquo;action directe n&amp;rsquo;est pas d&amp;rsquo;emblée une action violente (elle est même souhaitable, c&amp;rsquo;est ce que je dis ci-dessous) mais elle contribue fatalement à augmenter la pression entre les tactiques et le cadre imposé. Et souvent la violence ne vient pas « d&amp;rsquo;en-bas ».&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors comment ? Comment faire pour favoriser la résistance collective ? Déjà il faut comprendre qu&amp;rsquo;elle est déjà-là. Il faut surtout la comprendre et formuler ses formes idéales qui, selon moi, doivent prendre deux aspects : la préfiguration et l&amp;rsquo;archipélisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ce qui concerne la préfiguration, j&amp;rsquo;ai déjà &lt;a href=&#34;https://golb.statium.link/post/20191111prefigurer/&#34;&gt;écrit ce billet&lt;/a&gt;. Je répéterai simplement qu&amp;rsquo;il s&amp;rsquo;agit d&amp;rsquo;une voie de l&amp;rsquo;avènement de pratiques collectives, non uniformisées, dont la diversité dans les organisations et les actions fait la force, en lutte contre les oppressions et de manière générale contre les cadres imposés qui n&amp;rsquo;emportent plus l&amp;rsquo;adhésion ou la supposée adhésion. Dès lors, ces pratiques sont toujours en mode préfiguratif : elles n&amp;rsquo;attendent ni validation ni autorisation des institutions. C&amp;rsquo;est l&amp;rsquo;idée du &lt;em&gt;faire, faire sans eux, faire contre eux&lt;/em&gt;. À mon sens c&amp;rsquo;est une attitude résolument anarchiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant à l&amp;rsquo;achipélisation, c&amp;rsquo;est un concept qui revient à &lt;a href=&#34;https://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89douard_Glissant&#34;&gt;Édouard Glissant&lt;/a&gt;. Elle permet d&amp;rsquo;inclure ce qui manque dans la réflexion précédente (même si en affirmant qu&amp;rsquo;il s&amp;rsquo;agit d&amp;rsquo;anarchie, je l&amp;rsquo;inclus évidemment) : le rôle de l&amp;rsquo;autre, notre relation à l&amp;rsquo;autre. C&amp;rsquo;est en cela que la préfiguration, comme action de tactique collective, est d&amp;rsquo;abord un mouvement altruiste. Je copie ici un paragraphe de la conclusion de &lt;a href=&#34;https://cfeditions.com/masutti/&#34;&gt;Affaires Privées&lt;/a&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Si le mouvement d’émancipation est d’essence anarchique, la cartographie des initiatives est celle d’un archipel. Cette métaphore
insulaire, nous la reprenons du philosophe Edouard Glissant. On peut en effet prendre exemple sur l’imprévisible pluralité créole chère
à ce grand penseur antillais (martiniquais). Elle montre que la richesse langagière, culturelle, sociale et sans doute politique ne réside ni dans le pouvoir et l’ordre ni dans la centralisation (continentale) mais dans le jeu de l’échange et du partage, au point que chaque individu possède en lui une pensée-archipel qui permet d’entrer en relation avec l’autre. L’archipélisation permet d’englober cela de manière à voir une cohérence dans l’insularité des imaginaires et des initiatives, et les regrouper dans une inter-insularité coopérative. La démarche préfigurative peut donc être anarchique, mais la concevoir dans un monde-archipel permet de penser l’inattendu de l’expérimentation, l’indétermination des alternatives au monde-continent. Ainsi, toutes les initiatives ne sont pas censées adhérer à des principes anarchistes, se reconnaître comme telles, ou même seulement penser à l’être. On ne compte plus les mouvements qui se revendiquent de l’autogestion, de la gestion collective, de l’initiative libre, de la participation ouverte, ou qui se présentent comme des collectifs, d’associations pluri-représentatives, des groupes informels, des groupes anonymes… en somme tout cela est finalement très cohérent puisque les normes structurelles existantes n’emportent plus l’adhésion.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Pour conclure ce billet un peu foutraque, tout cela mérite d&amp;rsquo;être amplement retravaillé, révisé, et sans doute mieux compris. Car je ne cache pas que les pensées de tous les auteurs cités ici sont loin de me mettre à l&amp;rsquo;aise. Je pense néanmoins ne pas être si éloigné que cela des problématiques actuelles que pose le capitalisme de surveillance et auxquelles je souhaiterais répondre par une forme de théorie de l&amp;rsquo;émancipation, histoire de sortir un peu de la sempiternelle plainte à l&amp;rsquo;encontre des pratiques des GAFAM et des États à la sauce start-up-nation-de-contrôle. Une plainte qui, sans être accompagnée de la recherche au moins théorique d&amp;rsquo;une porte de sortie, ne fait que tourner en rond depuis les premiers âges de l&amp;rsquo;informatisation de la société.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#34;footnotes&#34; role=&#34;doc-endnotes&#34;&gt;
&lt;hr&gt;
&lt;ol&gt;
&lt;li id=&#34;fn:1&#34;&gt;
&lt;p&gt;Voir « La » revue de référence en la matière : &lt;a href=&#34;https://ojs.library.queensu.ca/index.php/surveillance-and-society/index&#34;&gt;Surveillance &amp;amp; Society&lt;/a&gt;.&amp;#160;&lt;a href=&#34;#fnref:1&#34; class=&#34;footnote-backref&#34; role=&#34;doc-backlink&#34;&gt;&amp;#x21a9;&amp;#xfe0e;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id=&#34;fn:2&#34;&gt;
&lt;p&gt;Didier Bigo, Engin Isin, Evelyn Ruppert, &lt;em&gt;Data Politics. Worlds, Subjects, Rights&lt;/em&gt;, London : Routledge, 2019.&amp;#160;&lt;a href=&#34;#fnref:2&#34; class=&#34;footnote-backref&#34; role=&#34;doc-backlink&#34;&gt;&amp;#x21a9;&amp;#xfe0e;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id=&#34;fn:3&#34;&gt;
&lt;p&gt;Zuboff, Shoshana &amp;amp; Möllers, Norma &amp;amp; Murakami Wood, David &amp;amp; Lyon, David. (2019). « Surveillance Capitalism: An Interview with Shoshana Zuboff », &lt;em&gt;Surveillance &amp;amp; Society&lt;/em&gt;, 17, 2019, p. 257-266.&amp;#160;&lt;a href=&#34;#fnref:3&#34; class=&#34;footnote-backref&#34; role=&#34;doc-backlink&#34;&gt;&amp;#x21a9;&amp;#xfe0e;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id=&#34;fn:4&#34;&gt;
&lt;p&gt;Henri Lefebvre, &lt;em&gt;Critique de la vie quotidienne&lt;/em&gt;, Paris, L&amp;rsquo;Arche, 1958.&amp;#160;&lt;a href=&#34;#fnref:4&#34; class=&#34;footnote-backref&#34; role=&#34;doc-backlink&#34;&gt;&amp;#x21a9;&amp;#xfe0e;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;/ol&gt;
&lt;/div&gt;
</description>
    </item>
    
    <item>
      <title>Affaires Privées : en attendant</title>
      <link>https://golb.statium.link/post/20200317enattendantaffpriv/</link>
      <pubDate>Tue, 17 Mar 2020 00:00:00 +0000</pubDate>
      <author>situveuxmonadresse@demande-la.moi (Christophe Masutti)</author>
      <guid>https://golb.statium.link/post/20200317enattendantaffpriv/</guid>
      <description>&lt;p&gt;En raison de l&amp;rsquo;épidémie qui touche notre pays actuellement, l&amp;rsquo;éditeur &lt;em&gt;C&amp;amp;F éditions&lt;/em&gt; n&amp;rsquo;est pas encore en mesure d&amp;rsquo;effectuer les envois des exemplaires précommandés de mon ouvrage &lt;em&gt;Affaires Privées. Aux sources du capitalisme de surveillance&lt;/em&gt;. En attendant, voici quelques éléments pour vous mettre en bouche&amp;hellip;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout d&amp;rsquo;abord, je voudrais remercier ceux qui comptent précommander l&amp;rsquo;ouvrage avant même sa sortie et toutes les critiques qui ne manqueront pas de le dézinguer (ou pas !). C&amp;rsquo;est important pour moi parce que cela montre dans quelle mesure le livre est attendu (histoire de me rassurer un peu), et c&amp;rsquo;est important pour l&amp;rsquo;éditeur qui joue tout de même sa réputation en publiant un livre qui ne soit pas totalement hors de propos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sachez aussi qu&amp;rsquo;en raison de la situation sanitaire Covid-19, l&amp;rsquo;éditeur C&amp;amp;F éditions a choisi d&amp;rsquo;allonger la durée de souscription (donc avec une petite remise sur le prix final). &lt;a href=&#34;https://cfeditions.com/masutti/&#34;&gt;Allez-y, n&amp;rsquo;hésitez plus !&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C&amp;rsquo;est presque Noël ! l&amp;rsquo;éditeur a aussi décidé d&amp;rsquo;accélérer la fabrication de la version epub de l&amp;rsquo;ouvrage. Elle sera garantie sans DRM (on dirait une publicité pour légumes bio quand on dit des choses pareilles !). Donc ceux qui ont choisi la souscription, et n&amp;rsquo;auront pas la joie de découvrir l&amp;rsquo;ouvrage dans leur boîte à lettres dans un délai raisonnable, pourront toujours se réconforter avec la version électronique.&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;
&lt;p&gt;Pour terminer, et si vous avez les crocs, voici ci-dessous quelques liens vers des billets de ce blog qui concernent &lt;em&gt;Affaires Privées&lt;/em&gt;. Ils sont loin (très loin) de présenter un aperçu général de l&amp;rsquo;ouvrage (475 pages, tout de même, c&amp;rsquo;est pas si cher au kilo…  pour suivre la métaphore des légumes bio). Par ailleurs il y a eu des modifications substantielles entre le moment où j&amp;rsquo;ai écrit ces billets et la publication du livre, alors ne soyez pas sévères…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un premier temps voici deux billets qui transcrivent des passages complets du livre. Le premier concerne le projet Cybersyn, à une époque où le fait qu&amp;rsquo;un gouvernement puisse posséder un pouvoir de surveillance « total » n&amp;rsquo;était pas si mal vu. Le second est un point de vue plus théorique sur notre modernité à l&amp;rsquo;ère de la surveillance et qui reprend un passage où j&amp;rsquo;expose comment je vais chercher chez Anthony Giddens quelques clés de lecture.&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&#34;https://golb.statium.link/post/20190114cybersyn/&#34;&gt;Cybersyn / techno-socialisme&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&#34;https://golb.statium.link/post/20190822capitsurvgiddens/&#34;&gt;Ce que le capitalisme de surveillance dit de notre modernité&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Les deux billets suivants font partie de l&amp;rsquo;argumentation qui me situe par rapport au récent livre de Shoshana Zuboff, &lt;em&gt;The Age of Surveillance Capitalism&lt;/em&gt; qui a fait l&amp;rsquo;objet d&amp;rsquo;une grande couverture médiatique. &lt;strong&gt;Attention&lt;/strong&gt; : il ne s&amp;rsquo;agit absolument pas d&amp;rsquo;une argumentation complète, mais le format « billet » pourra peut-être aider à une meilleure compréhension lorsque vous accrocherez la dernière partie de l&amp;rsquo;ouvrage.&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&#34;https://golb.statium.link/post/20181115definitionscapitalismesurveillance/&#34;&gt;Définitions du capitalisme de surveillance&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&#34;https://golb.statium.link/post/20190607fuckapital/&#34;&gt;Fuckapital&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Alors, je vous souhaite bonne lecture en attendant le pavé dans la mare…&lt;/p&gt;
&lt;figure&gt;&lt;img src=&#34;https://golb.statium.link/images/Prem-couv-masutti-affaires-privees.jpg&#34;&gt;&lt;figcaption&gt;
      &lt;h4&gt;Christophe Masutti, Affaires Privées. Aux sources du capitalisme de surveillance (couverture)&lt;/h4&gt;
    &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;hr /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Commander sur le site de l&amp;rsquo;éditeur : &lt;a href=&#34;https://cfeditions.com/masutti/&#34;&gt;C&amp;amp;F éditions&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr /&gt;</description>
    </item>
    
    <item>
      <title>Parution : Affaires Privées</title>
      <link>https://golb.statium.link/post/20200302affairesprivees/</link>
      <pubDate>Mon, 02 Mar 2020 00:00:00 +0000</pubDate>
      <author>situveuxmonadresse@demande-la.moi (Christophe Masutti)</author>
      <guid>https://golb.statium.link/post/20200302affairesprivees/</guid>
      <description>&lt;p&gt;Au quotidien, nos échanges numériques et nos comportements de consommateurs sont enregistrés, mesurés, calculés afin de construire des profils qui s&amp;rsquo;achètent et se vendent. Des débuts de la cybernétique aux big data, la surveillance a constitué un levier économique autant qu&amp;rsquo;idéologique.&lt;/p&gt;
&lt;aside class=&#34;toc-container&#34;&gt;
  &lt;header style=&#34;margin-bottom: 0.5rem; font-weight: bold;&#34;&gt;Table des matières&lt;/header&gt;
  &lt;nav id=&#34;TableOfContents&#34;&gt;
  &lt;ul&gt;
    &lt;li&gt;&lt;a href=&#34;#descriptif&#34;&gt;Descriptif&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
    &lt;li&gt;&lt;a href=&#34;#couverture&#34;&gt;Couverture&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
    &lt;li&gt;&lt;a href=&#34;#4e-couverture&#34;&gt;4e couverture&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
    &lt;li&gt;&lt;a href=&#34;#une-citation&#34;&gt;Une citation&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
    &lt;li&gt;&lt;a href=&#34;#argumentaire&#34;&gt;Argumentaire&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
  &lt;/ul&gt;
&lt;/nav&gt;
&lt;/aside&gt;



&lt;h2 id=&#34;descriptif&#34;&gt;Descriptif&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Titre&lt;/em&gt; : AFFAIRES PRIVÉES. Aux sources du capitalisme de surveillance&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Auteur&lt;/em&gt; : Christophe Masutti&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Préface&lt;/em&gt; de Francesca Musiani&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Édition&lt;/em&gt; : &lt;a href=&#34;https://cfeditions.com/masutti/&#34;&gt;C&amp;amp;F éditions&lt;/a&gt;, Collection Société numérique, 5&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Date de parution&lt;/em&gt; : mars 2020&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Nombre de pages&lt;/em&gt; : 475&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;ISBN&lt;/em&gt; :  978-2-37662-004-4&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Dimensions&lt;/em&gt; : 15 x 21 cm&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Commander sur le site de l&amp;rsquo;éditeur : &lt;a href=&#34;https://cfeditions.com/masutti/&#34;&gt;C&amp;amp;F éditions&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;a href=&#34;https://statium.link/bazaar/Livre-affpriv/AFFAIRES-PRIVEES-CFeditions-Masutti-2020.pdf&#34;&gt;Télécharger un descriptif de l&amp;rsquo;ouvrage (PDF)&lt;/a&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&#34;couverture&#34;&gt;Couverture&lt;/h2&gt;
&lt;figure&gt;&lt;img src=&#34;https://golb.statium.link/images/Prem-couv-masutti-affaires-privees.jpg&#34;&gt;&lt;figcaption&gt;
      &lt;h4&gt;Christophe Masutti, Affaires Privées. Aux sources du capitalisme de surveillance (couverture)&lt;/h4&gt;
    &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;h2 id=&#34;4e-couverture&#34;&gt;4e couverture&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Au quotidien, nos échanges numériques et nos comportements de consommateurs sont enregistrés, mesurés, calculés afin de construire des profils qui s&amp;rsquo;achètent et se vendent. Des débuts de la cybernétique aux big data, la surveillance a constitué un levier économique autant qu&amp;rsquo;idéologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans Affaires privées, Christophe Masutti retrace l&amp;rsquo;histoire technique et culturelle de soixante années de controverses, de discours, de réalisations ou d&amp;rsquo;échecs. Ce retour aux sources offre un éclairage passionnant sur le capitalisme de surveillance et sur le rôle joué par le marketing dans l&amp;rsquo;informatisation de la société. Il décrit les transformations sociales et politiques provoquées par les révolutions informatiques et le marché des données.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La surveillance est utilisée par les administrations à des fins de contrôle, et par les entreprises pour renforcer leurs capacités commerciales. Si les pratiques de renseignement des États ont souvent été dénoncées, la surveillance venue du monde des affaires n&amp;rsquo;a longtemps suscité qu&amp;rsquo;indifférence. Le business des données en a profité pour bousculer les cadres juridiques et réglementaires de la vie privée.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment développer une économie numérique qui respecterait la vie privée des individus ? Comment permettre à la vie privée d&amp;rsquo;échapper au pouvoir des affaires ? Christophe Masutti propose une réflexion historique et politique sur les conditions d&amp;rsquo;émancipation face à l&amp;rsquo;économie de la surveillance.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&#34;une-citation&#34;&gt;Une citation&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Cité dans l’ouvrage :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ces grandes banques de données permettront au citoyen, lorsqu’il est confronté à un nouvel environnement, d’établir « qui il est » et d’acquérir rapidement les avantages qui découlent d’une évaluation de solvabilité (bancaire) fiable et d’un caractère social acceptable aux yeux de sa nouvelle communauté. En même temps, les établissements commerciaux ou gouvernementaux en sauront beaucoup plus sur la personne avec laquelle ils traitent. Nous pouvons nous attendre à ce qu’un grand nombre de renseignements sur les caractéristiques sociales, personnelles et économiques soient fournis volontairement – souvent avec empressement – afin de profiter des bienfaits de l’économie et du gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Lance J. Hoffman, « Computer and Privacy : a survey » (1969).&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&#34;argumentaire&#34;&gt;Argumentaire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;« Envahisseurs de la vie privée », « homme informatisé », « société du dossier », « surveillance publique », « contrôle social »&amp;hellip; toutes ces expressions sont nées à la fin des années 1960. Le processus d&amp;rsquo;informatisation de la société occidentale s&amp;rsquo;est fait sur le fond d&amp;rsquo;une crainte de l&amp;rsquo;évènement de la dystopie de 1984. Et pourtant, lorsqu&amp;rsquo;on raconte l&amp;rsquo;histoire de la révolution informatique, on retient surtout l&amp;rsquo;épopée des innovations technologiques et le storytelling californien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pratiques de surveillance sont les procédés les plus automatisés possible qui consistent à récolter et stocker, à partir des individus, de leurs comportements et de leurs environnements, des données individuelles ou collectives à des fins d’analyse, d’inférence, de quantification, de prévision et d’influence. Des années 1960 à nos jours, elles se révèlent être les outils précieux des administrations publiques et répondent aux besoins concurrentiels et organisationnels des entreprises. On les appréhende d&amp;rsquo;autant mieux que l&amp;rsquo;on comprend, grâce à de nombreux exemples, qu&amp;rsquo;elles dépendent à la fois des infrastructures informatiques et de leur acceptation sociale. Ainsi, le marché de la donnée s&amp;rsquo;est progressivement étendu, économique, idéologique, culturel. Fruit de rapports sociaux, le capitalisme de la surveillance n&amp;rsquo;est pas un nouveau système économique, il est le résultat de l&amp;rsquo;adjonction aux affaires économiques de la surveillance électronique des individus et de la société.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faire l&amp;rsquo;histoire (critique) du capitalisme de surveillance, c&amp;rsquo;est analyser les transformations sociales que l’informatisation a rendu possibles depuis les années 1960 en créant des modèles économiques basés sur le traitement et la valorisation des données personnelles. La prégnance de ces modèles ajoutée à une croissance de l’industrie et des services informatiques a fini par créer un marché hégémonique de la surveillance. Cette hégémonie associée à une culture consumériste se traduit dans plusieurs contextes : l’influence des consommateurs par le marketing, l’automatisation de la décision, la réduction de la vie privée, la segmentation sociale, un affaiblissement des politiques, un assujettissement du droit, une tendance idéologique au solutionnisme technologique. Il fait finalement entrer en crise les institutions et le contrat social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du point de vue de ses mécanismes, le capitalisme de surveillance mobilise les pratiques d’appropriation et de capitalisation des informations pour mettre en œuvre le régime disciplinaire de son développement industriel et l’ordonnancement de la consommation. Des bases de données d’hier aux big data d’aujourd’hui, il permet la concentration de l’information, des capitaux financiers et des technologies par un petit nombre d’acteurs tout en procédant à l’expropriation mercantile de la vie privée du plus grand nombre d’individus et de leurs savoirs. Et parce que nous sommes capables aujourd&amp;rsquo;hui d&amp;rsquo;énoncer cette surveillance aux multiples conséquences, il importe de proposer quelques solutions collectives d&amp;rsquo;émancipation.&lt;/p&gt;</description>
    </item>
    
    <item>
      <title>Sentiers et randonnée : le grisbi du Club Vosgien</title>
      <link>https://golb.statium.link/post/20200105vttcvparc/</link>
      <pubDate>Sun, 05 Jan 2020 00:00:00 +0000</pubDate>
      <author>situveuxmonadresse@demande-la.moi (Christophe Masutti)</author>
      <guid>https://golb.statium.link/post/20200105vttcvparc/</guid>
      <description>&lt;p&gt;En octobre 2019, après un bon repas dans un restaurant montagnard, la Direction du Parc Naturel Régional des Ballons des Vosges et le Club Vosgien ont signé une charte de protection des sentiers pédestres. Ils entendent ainsi définir l&amp;rsquo;exclusivité des usages et tentent de légitimer une discrimination entre les piétons et les autres usagers, en particulier les VTT. Si cette charte n&amp;rsquo;a qu&amp;rsquo;une valeur juridique potentielle, elle n&amp;rsquo;en demeure pas moins une démarche qui pourra essaimer dans les autres parcs naturels, et c&amp;rsquo;est toute une activité sportive (et touristique) qui en subira les conséquences. Il faut se mobiliser.&lt;/p&gt;
&lt;h1 id=&#34;vététiste&#34;&gt;Vététiste&lt;/h1&gt;
&lt;p&gt;Loin des clichés et des vidéos impressionnantes de DownHill qu&amp;rsquo;on trouve sur les zinternetz, le VTT est d&amp;rsquo;abord et avant tout une activité à la fois sportive et populaire. Cela va de la petite promenade dominicale en famille dans les sous-bois, à la grande randonnée de 60 kilomètres avec 2500 m de dénivelé. Cette forme de randonnée sportive a un autre nom, le Cross Country ou All Mountain… On va appeler cela la Randonnée Sportive en VTT, pour faire court et francophone.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s&amp;rsquo;agit d&amp;rsquo;une pratique en solo ou en petits groupes. On croisera rarement un peloton de 20 vététistes dans la forêt sauf en cas d&amp;rsquo;organisation d&amp;rsquo;un événement dédié. On peut dire aussi que les vététistes sont des amoureux de la nature. Lorsque vous croisez un vététiste sur un sommet, par exemple dans les Vosges, il y a de fortes chances qu&amp;rsquo;il soit monté depuis le fond de la vallée (pour mieux y redescendre) et il n&amp;rsquo;a donc pas amené sa voiture sur le parking à 200 m de là. Dans son sac à dos, il préfère embarquer quelques outils et non pas la combinaison chips et papiers gras que d&amp;rsquo;aucuns n&amp;rsquo;hésitent pas à laisser traîner : il préfère une petite barre de céréales et quelques fruits secs. C&amp;rsquo;est aussi un contemplatif, il aime les paysages et reste très sensible aux aspects esthétiques du circuit qu&amp;rsquo;il accompli.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, il ressemble à quoi notre vététiste ? à un randonneur. Un pur, un vrai, exactement comme les randonneurs chevronnés du Club Vosgien, cette vénérable institution qui regroupe des mordus de la marche et du bivouac. Sauf que lui, il a juste un vélo en plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette pratique du VTT rassemble l&amp;rsquo;écrasante majorité des pratiquants. Ils descendent sur les sentiers ou les chemins plus larges sans se prendre pour des champions du monde (parce que se casser la figure en VTT peut coûter cher). Sourire aux lèvres, sensations dans le guidon, quelques menus frissons : le VTT est une activité cool (avec un peu de transpiration quand même, sinon c&amp;rsquo;est pas drôle). Et pour les mordus comme moi, quelques degrés vers zéro ou un peu de pluie ne nous font peur (même la neige c&amp;rsquo;est marrant).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les Vosges, on croise les vététistes soit sur les sentiers soit à la terrasse des fermes-auberges. Quoi de plus normal ? Des allemands, des belges, des habitants du coin ou d&amp;rsquo;un peu plus loin… exactement comme les randonneurs pédestres vous dis-je.&lt;/p&gt;
&lt;h1 id=&#34;alors-cest-quoi-le-problème-&#34;&gt;Alors c&amp;rsquo;est quoi le problème ?&lt;/h1&gt;
&lt;p&gt;J&amp;rsquo;ai déjà eu l&amp;rsquo;occasion de pondre &lt;a href=&#34;https://golb.statium.link/post/20181205vttclubvosgien/&#34;&gt;un assez long billet&lt;/a&gt; sur cette curieuse mentalité de quelques antennes (alsaciennes) du Club Vosgien qui refusent le partage des usages tout en s&amp;rsquo;octroyant le droit de décider des libertés (en particulier celle d&amp;rsquo;aller et venir) pour l&amp;rsquo;ensemble des usagers, y compris les randonneurs qui ne font pas partie du Club Vosgien (une majorité, donc).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut croire que les mêmes ont su réitérer de manière encore plus officielle et cette fois en entraînant dans leur sillage la plus haute responsabilité du Club Vosgien, sa présidence, et en sachant convaincre le président du Parc Naturel Régional des Ballons des Vosges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;À l&amp;rsquo;initiative de l&amp;rsquo;antenne CV de Saint Amarin, une charte a été signée le 11 octobre 2019, avec pour titre : « &lt;a href=&#34;http://mbf-france.fr/wp-content/uploads/2019/10/Charte_protection_signee-CV-PNRBV-Oct19.pdf&#34;&gt;Charte de protection des sentiers pédestres&lt;/a&gt; ». Elle concerne tout le massif et engage réciproquement le Parc le Club Vosgien… Je n&amp;rsquo;en fais pas l&amp;rsquo;article, l&amp;rsquo;antenne de la MBF Vosges a écrit à ce sujet un &lt;a href=&#34;http://mbf-france.fr/actionnationaleinter/convention-parc-naturel-regional-ballons-des-vosges-et-federation-du-club-vosgien/&#34;&gt;communiqué plus que pertinent&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette charte a été rédigée, discutée et signée en totale exclusion des représentants des autres usagers de la montagne et de ses sentiers, en particulier les vététistes. On remarque parmi les présents à la « cérémonie » de la signature : des représentants d&amp;rsquo;antennes du Club Vosgien (surtout celui de Saint Amarin), des représentants du Parc, le préfet du Haut Rhin (surprenant !), un représentant du Club Alpin Français, un représentant d&amp;rsquo;Alsace Nature (association de protection de la nature), quelques élus municipaux, départementaux et régionaux… C&amp;rsquo;est-à-dire, outre le Club Vosgien, une très faible représentation des usagers de la montagne et du Parc mais une très forte représentation des instances administratives.&lt;/p&gt;
&lt;figure&gt;&lt;img src=&#34;https://golb.statium.link/images/signaturecharteCVPNRBV.png&#34;&gt;&lt;figcaption&gt;
      &lt;h4&gt;Source : page FB du club Vosgien antenne St. Amarin&lt;/h4&gt;
    &lt;/figcaption&gt;
&lt;/figure&gt;

&lt;p&gt;Cette charte engage réciproquement le Club Vosgien et le Parc sur des sujets tels l&amp;rsquo;entretien des sentiers et leurs préservation, en vertu de leurs valeurs patrimoniale, esthétique, et économique. Fort bien, dirions-nous, puisque dans ce cas, les devoirs ne concernent que ces instances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais que lit-on  au détour  d&amp;rsquo;un article ? que les « sentiers fragiles de montagnes seront réservés en exclusivité à la circulation pédestre ».&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne parle pas ici des sentiers déjà interdits par arrêté (parfois même aux piétons) et qui concernent de très petites parties classée en zone protégée. Non : on parle des sentiers que visiblement le Club Vosgien défini péremptoirement comme des sentiers « fragiles », c&amp;rsquo;est-à-dire « inférieurs à 1 mètre de large », « sinueux, situés dans des pentes raides » et « ne permettent pas le croisement avec d&amp;rsquo;autres usagers que pédestres » (comme si les VTT ne s&amp;rsquo;arrêtaient jamais pour laisser passer les marcheurs…)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&amp;rsquo;autres termes, dans une charte qui ne fait que stipuler des engagements réciproques entre le Parc et le Club Vosgien, c&amp;rsquo;est-à-dire &lt;em&gt;entre une association et une autorité administrative&lt;/em&gt;, on voit apparaître comme par enchantement une clause qui rend exclusif et discriminatoire l&amp;rsquo;usage des sentiers. Faute d&amp;rsquo;avancer des faits réels et tangibles pour justifier cette exclusivité, la clause en question n&amp;rsquo;a pas la valeur d&amp;rsquo;un arrêté mais elle est néanmoins légitimée par une autorité administrative. Tel était l&amp;rsquo;objectif du Club Vosgien, et il a été atteint.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut encore préciser que la valeur patrimoniale de ces sentiers est essentiellement le fruit du travail du Club Vosgien depuis le début du siècle dernier. On ne peut que saluer l&amp;rsquo;énorme travail fourni mais on ne peut toutefois s&amp;rsquo;empêcher de remarquer que le CV se place aujourd&amp;rsquo;hui en juge et partie : la même valeur patrimoniale est-elle communément partagée ? Certains préfèrent peut-être davantage insister sur les aspects environnementaux, sportifs, culturels…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le seul argument éventuellement vérifiable qui soit avancé par le Club Vosgien consiste à accuser les VTT de favoriser l&amp;rsquo;érosion des sentiers. Tout comme on pourrait pointer l&amp;rsquo;élargissement des sentiers par les randonneurs qui marchent de front. J&amp;rsquo;ai de mon côté la certitude que le VTT n&amp;rsquo;est certainement pas un facteur significatif d&amp;rsquo;érosion. Et si tant est qu&amp;rsquo;une étude sérieuse porterait sur l&amp;rsquo;érosion par les usagers du Parc il faudrait alors s&amp;rsquo;attendre à devoir questionner :&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;l&amp;rsquo;intérêt réel pour le Club Vosgien de baliser près de 20.000 Km de sentiers (sans aucune érosion bien entendu),&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;les pratiques des exploitants et la gestion forestière en général (une calamité dans le massif vosgien),&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;la gestion du couvert végétal et de la faune,&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;questionner le schéma de circulation des véhicules à moteur,&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;la pratique du ski,&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;etc.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Et il faudrait alors aussi questionner les raisons pour lesquelles, par exemple, une association comme la MBF se voit souvent refuser les autorisations de participer à l&amp;rsquo;entretien des sentiers. Car de ce côté aussi une certaine exclusivité du Club Vosgien est organisée (puisque valider la participation des vététistes reviendrait à valider aussi leur usage).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, qu&amp;rsquo;on se le dise : &lt;em&gt;certains&lt;/em&gt; membres de &lt;em&gt;certaines&lt;/em&gt; antennes du Club Vosgien ont une dent contre les vététistes. Et profitant de leurs appuis et de leurs relations, ils s&amp;rsquo;arrangent pour officialiser les choses.&lt;/p&gt;
&lt;h1 id=&#34;conséquences&#34;&gt;Conséquences&lt;/h1&gt;
&lt;p&gt;Il est clair que de telles dispositions dans la charte ont de fait une valeur juridique potentielle. Cela signifie que désormais il sera possible de se référer à cette charte comme un élément justifiant un arrêté futur visant carrément à interdire la pratique du VTT.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette disposition change aussi la manière de concevoir l&amp;rsquo;espace &lt;em&gt;commun&lt;/em&gt; : sous prétexte d&amp;rsquo;entretenir les sentiers balisés, et donc d&amp;rsquo;exercer le monopole des itinéraires de randonnée, le Club Vosgien s&amp;rsquo;approprie cet espace commun, ses valeurs patrimoniales et esthétiques, et s&amp;rsquo;arroge le droit de choisir qui peut en jouir et comment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme le &lt;a href=&#34;https://www.vtt-alsace.fr/viewtopic.php?p=139603&amp;amp;sid=4dae79582ab92a911e957a5abf491a61#p139603&#34;&gt;dit Ludovic&lt;/a&gt;, membre de la MBF :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le problème dans les documents signés par le PNRBV et la Fédération du Club Vosgien, c&amp;rsquo;est qu&amp;rsquo;on inverse totalement la réalité des usages et la loi. Légalement, la règle c’est la libre circulation partout et les limitations par voie d’exception (avec des motifs réels et sérieux). Ici l’exception est partout.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Et quitte à l&amp;rsquo;interdire, toujours selon cette charte, cela risquerait de concerner énormément d&amp;rsquo;endroits dans le massif des Vosges :&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;« Sentiers fragiles » : concept très vagues et donc pouvant être élargi toujours davantage (montées, descentes…),&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;chemins de moins d&#39;1 mètre de large,&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;« Sentiers pittoresques à haute valeur esthétique en sommet de crête, chaumes, forêts d&amp;rsquo;altitudes ».&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Bref, autant dire que si on veut passer d&amp;rsquo;une vallée à l&amp;rsquo;autre ou atteindre un sommet, cela ne sera plus possible en VTT (sauf éventuellement par la route bitumée et les cols des départementales).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le plus grave dans tout cela, c&amp;rsquo;est que si de telles dispositions sont prises dans le Parc Naturel Régional des Ballons des Vosges, on peut s&amp;rsquo;inquiéter légitimement pour ce qu&amp;rsquo;il en sera dans les autres Parcs Naturels Régionaux ! Car en effet, on sait combien les « expérimentations » ont tendance à devenir très vite des règles universelles.&lt;/p&gt;
&lt;h1 id=&#34;et-pourtant&#34;&gt;Et pourtant&lt;/h1&gt;
&lt;p&gt;La solution pour plus de sérénité dans le massif réside autant dans le partage des usages que dans le partage des responsabilités. Les mains n&amp;rsquo;ont cessé de se tendre vers le Club Vosgien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les vététistes sont toujours prêts à accepter que dans certains cas, sur des zones particulières et rares, des sentiers dédiés peuvent être imaginés, voire même des itinéraires de délestage, comme des contournements, mais laissant aux uns comme aux autres la liberté de circuler. Des propositions peuvent être élaborées, il reste à les faire valoir, y compris pour leurs intérêts touristiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute forme d&amp;rsquo;interdiction portant sur un usage global et dont les conditions seraient définies par un seul acteur, aussi engagé soit-il et exerçant un monopole, reviendrait à l&amp;rsquo;échec. Non seulement parce que le Club Vosgien ne représente pas tous les usagers, mais aussi parce qu&amp;rsquo;il serait impossible de faire respecter de tels interdits à moins de placer un agent du Parc Régional chaque jour à chaque coin de la forêt. Il ne pourrait en résulter autre chose que des tensions inutiles entre pratiquants. Au contraire, proposer de manière ouverte et démocratique des solutions alternatives serait profitable à deux points de vue :&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;éviter les clivages là où le respect des usages et de l&amp;rsquo;environnement est d&amp;rsquo;abord un combat à mener &lt;em&gt;en commun&lt;/em&gt;,&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;améliorer les flux de circulation et enrichir les itinéraires selon les pratiques (randonneurs, VTT, VTT électriques, niveaux de difficulté, etc.).&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Pour cela, il faut associer systématiquement tous les usagers aux décisions, ce qui est est une démarche démocratique et égalitaire. Associer les vététistes reviendrait aussi à leur confier les responsabilités qu&amp;rsquo;ils réclament de leur côté, y compris pour entretenir les sentiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour éviter que les seules réponses aux difficultés ne soient que l&amp;rsquo;exclusion et l&amp;rsquo;ignorance, il est important pour les pratiquants de VTT se rassemblent pour former un front commun de discussion. Seule la MBF et la Fédération Française de Cyclisme (dont le silence est parfois assourdissant) peuvent être des interlocuteurs valables dans un monde où peinent à être reconnus les collectifs informels. Alors, si ce n&amp;rsquo;est déjà fait, &lt;a href=&#34;http://mbf-france.fr/adherer/&#34;&gt;adhérez à la MBF&lt;/a&gt; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src=&#34;https://golb.statium.link/images/mbfvosges.png&#34; alt=&#34;&#34;&gt;&lt;/p&gt;
</description>
    </item>
    
    <item>
      <title>Ce que le capitalisme de surveillance dit de notre modernité</title>
      <link>https://golb.statium.link/post/20190822capitsurvgiddens/</link>
      <pubDate>Thu, 22 Aug 2019 00:00:00 +0000</pubDate>
      <author>situveuxmonadresse@demande-la.moi (Christophe Masutti)</author>
      <guid>https://golb.statium.link/post/20190822capitsurvgiddens/</guid>
      <description>&lt;p&gt;Cette partie de mon ouvrage (à paraître en automne 2019) intervient après une lecture critique du texte de J. B. Foster et R. W. McChesney (« &lt;a href=&#34;https://monthlyreview.org/2014/07/01/surveillance-capitalism/&#34;&gt;Surveillance Capitalism. Monopoly-Finance Capital, the Military-Industrial Complex, and the Digital Age&lt;/a&gt; ») paru en 2014. Comme on le verra dans la suite de l’ouvrage, l’approche critique de Shoshana Zuboff est loin de satisfaire une lecture intégrée de l’histoire économique et politique du capitalisme de surveillance. À mon avis, c’est chez Anthony Giddens qu’on peut trouver assez de matière pour pouvoir mieux comprendre pour quelles raisons on ne peut pas décorréler l’histoire du capitalisme de surveillance de la modernité occidentale et donc des modèles organisationnels qui prévalent depuis un siècle au moins. Le post-modernisme (et avec lui on pourrait inclure les idéologies plus ou moins libertaires et californiennes des années 1980) nous a rendu en réalité bien démunis pour penser cet écrasement des sociétés par la surveillance, et en particulier à cause des conjonctures économico-politiques (et leur modèle américain).&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&#34;extrait-archéologie-du-capitalisme-de-surveillance&#34;&gt;Extrait (Archéologie du capitalisme de surveillance)&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;[…] Ce que soulève le texte de J. B. Foster et R. W. McChesney, c’est le besoin de redéfinir une certaine vision de la modernité. On la trouve chez Anthony Giddens qui synthétise cette modernité comme une description des organisations, des modes de vie, et leurs trajectoires historiques qui, depuis au moins le &lt;span style=&#34;font-variant: small-caps;&#34;&gt;xvii&lt;/span&gt;&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle, ont configuré durablement la conjoncture mondiale&lt;sup id=&#34;fnref:1&#34;&gt;&lt;a href=&#34;#fn:1&#34; class=&#34;footnote-ref&#34; role=&#34;doc-noteref&#34;&gt;1&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;. C’est une modernité dont on pensait visiblement à tort que la conception unificatrice de l’histoire (c’est-à-dire les contraintes de notre temps comme le pouvoir des institutions sur les individus) avait été dépassée pour faire entrer l’homme dans ce que Jean-François Lyotard appelle, à la fin des années 1970, la condition post-moderne&lt;sup id=&#34;fnref:2&#34;&gt;&lt;a href=&#34;#fn:2&#34; class=&#34;footnote-ref&#34; role=&#34;doc-noteref&#34;&gt;2&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt; où les savoirs prétendument empiriques ne seraient finalement que des jeux de langages qui légitiment la vérité.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, c’est à la fois par un procédé narratif (l’histoire racontée par J. B. Foster et R. W. McChesney) et par un discours sur les institutions que nous nous retrouvons en proie à ces contraintes pour comprendre l’histoire qui nous est infligée, malgré nous, par un capitalisme de surveillance envisagé comme un processus qui transcende et traverse les histoires (de l’informatique, de la politique, de l’économie).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le post-modernisme est une manière de penser l’individu selon son rapport à l’espace et au temps afin d’échapper au « désenchantement du monde », à la fin des utopies (la chute du Mur vue comme une fin de l’histoire sous un certain angle), ou aux failles épistémologiques (nous pensons par paradigmes, il n’y a pas de vérité éternelle). Le post-modernisme est un rempart à l’encontre des visions (trop) unificatrices. Et voilà qu’une dystopie, celle d’Orwell, nous rattrape. Elle nous montre à quel point sa modernité est radicale&lt;sup id=&#34;fnref:3&#34;&gt;&lt;a href=&#34;#fn:3&#34; class=&#34;footnote-ref&#34; role=&#34;doc-noteref&#34;&gt;3&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;, à l’heure où, grâce à Edward Snowden, l’organisation Wikileaks, et d’autres lanceurs d’alertes restés dans l’ombre, il apparaît aux yeux du monde que les États n’hésitent pas à investir des sommes colossales et beaucoup d’énergie pour espionner les populations à un degré inédit d’ampleur et de précision.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes radicalement modernes. Du moins, à lire J. B. Foster et R. W. McChesney, nous n’échappons pas à la modernité tant les faits, à l’échelle mondiale, sont écrasants et conditionnent à ce point l’histoire sociale et politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez le sociologue Anthony Giddens, nous trouvons de quoi commenter en ces termes le capitalisme de surveillance. A. Giddens est célèbre surtout pour son approche critique (et exhaustive) des fondements de la sociologie contemporaine. Dans son livre &lt;em&gt;Les conséquences de la modernité&lt;/em&gt;, il se livre à une approche critique de la vision post-moderne de notre rapport au monde. Il ne la considère cependant pas comme une erreur. Il en donne plutôt une nouvelle définition : un ensemble de transformations nécessaires, des améliorations rendues possibles par l’engagement politique, à l’encontre, justement, de la dispersion post-moderne qu’identifiait J.-F. Lyotard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour A. Giddens, la post-modernité est comme un moment de réflexion qui ne prend pas en compte une approche plus intégrée de l’histoire. Selon lui, l’exemple le plus illustratif d’une modernité déconnectée et que le post-modernisme a assimilé comme un relativisme, c’est ce que K. Marx, M. Weber et E. Durkheim ont compris non comme une rupture mais comme autant d’opportunités de changement. Pour K. Marx la lutte des classes, aussi violente soit-elle, est un cheminement vers un nouvel ordre social. E. Durkheim concevait la division du travail comme une violence transitoire vers une harmonie possible entre l’industrie et la société. Seul M. Weber était assez pessimiste et assez critique vis-à-vis de la notion de progrès pour voir, dans la forme inéluctable de la bureaucratie et du contrôle, l’avenir des organisations soumises au pouvoir. A. Giddens en vient à affirmer&lt;sup id=&#34;fnref:4&#34;&gt;&lt;a href=&#34;#fn:4&#34; class=&#34;footnote-ref&#34; role=&#34;doc-noteref&#34;&gt;4&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Les penseurs de la sociologie, à la fin du dix-neuvième siècle et au début du vingtième, ne pouvaient prévoir l’invention de l’arme nucléaire. Mais le mécanisme liant innovation et organisation industrielles au pouvoir militaire remonte aux origines même de l’industrialisation moderne. Le fait que la sociologie ait amplement négligé cette réalité montre à quel point on était persuadé que l’ordre moderne en plein essor allait être pacifique, par opposition au militarisme typique des époques précédentes.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Si l’on suit A. Giddens, au lieu d’un dépassement de la modernité, l’histoire nous montre au contraire une radicalité des mécanismes qui la caractérisent. La modernité a changé de forme depuis l’arrivée de la société post-industrielle et des notions sont devenues centrales telles la globalisation, le choix de vie, l’identité personnelle, les relations familiales, le rôle de l’État-providence. Ces mécanismes sont aussi devenus universels, et même si cet universalisme chez A. Giddens a été souvent critiqué&lt;sup id=&#34;fnref:5&#34;&gt;&lt;a href=&#34;#fn:5&#34; class=&#34;footnote-ref&#34; role=&#34;doc-noteref&#34;&gt;5&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;, de même que ses positions politiques&lt;sup id=&#34;fnref:6&#34;&gt;&lt;a href=&#34;#fn:6&#34; class=&#34;footnote-ref&#34; role=&#34;doc-noteref&#34;&gt;6&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;, ce qui nous intéresse, c’est qu’il propose une approche de la formation des sociétés depuis les années 1960. Cette modernité qu’A. Giddens définit comme le mode de vie et les organisations européens qui se sont étendus dans le monde pendant près de trois siècles, sont entrés dans une phase critique fortement liée à la conjoncture du capitalisme et du consumérisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nulle place pour un individualisme transcendant agissant d’aventure contre les contraintes du temps et de l’espace. On est loin de la toute-puissance du sujet dépassant les failles de la modernité, et la notion même de société, comme le promouvait Alain Touraine peu de temps avant la publication du livre d’A. Giddens&lt;sup id=&#34;fnref:7&#34;&gt;&lt;a href=&#34;#fn:7&#34; class=&#34;footnote-ref&#34; role=&#34;doc-noteref&#34;&gt;7&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;. Au contraire, A. Giddens donne des exemples on ne peut plus rationnels et s’efforce de penser une société embarquée dans l’histoire, parfois malgré elle et parfois par choix. Tel est l’exemple du complexe militaro-industriel : au regard de l’histoire du &lt;span style=&#34;font-variant: small-caps;&#34;&gt;xx&lt;/span&gt;&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle les sociétés ont été de plus en plus soumises à cette conjoncture. Cette dernière est aussi ressentie comme un manque de sécurité (un « environnement du risque » permanent hérité de l’époque pré-moderne) et, par conséquent, la société ressent un besoin croissant de sécurité qu’elle cherche par excès de confiance dans des dispositifs désincarnés, soit technocratiques, soit des mécanismes institutionnels en réseaux, ce qu’il nomme des « systèmes experts ». Face aux risques, que l’on souhaite mesurés, évalués, quantifiés, la société moderne s’est de plus en plus raccrochée à une foi envers ces systèmes sans toutefois se débarrasser de ses angoisses. Par conséquent, A. Giddens s’emploie à déterminer ce que sont les « institutions » de la modernité qui se sont radicalisées, à chaque fois source d’angoisses&lt;sup id=&#34;fnref:8&#34;&gt;&lt;a href=&#34;#fn:8&#34; class=&#34;footnote-ref&#34; role=&#34;doc-noteref&#34;&gt;8&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;le capitalisme (« &lt;em&gt;L’accumulation de capital dans le contexte de marchés concurrentiels du travail et de la production&lt;/em&gt; »),&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;l’industrialisme (« &lt;em&gt;La transformation de la nature : développement de l’environnement créé&lt;/em&gt; »),&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;Le militarisme (« &lt;em&gt;La maîtrise des instruments de la violence dans le cadre de l’industrialisation de la guerre&lt;/em&gt; »),&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;La surveillance (« &lt;em&gt;Le contrôle de l’information et le monitoring social&lt;/em&gt; »).&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Selon A. Giddens, il reste des possibilités pour dépasser ces régimes de la modernité et elles passent par les mouvements sociaux tels le syndicalisme, l’environnementalisme, le militantisme contre l’armement. Cependant on pourrait tout aussi bien lui reprocher de ne pas tenir compte des contre-mouvements, ceux qui ne provoquent que des contraintes supplémentaires à ces régimes, tels les populismes d’extrême droite, les fondamentalismes religieux et même certaines croyances libérales et autoritaires (dérégulation systématique des marchés, doctrine anti-interventionniste, etc.). Outre ce combat sans fin d’exemples et de contre-exemples, A. Giddens a fait de ces régimes organisationnels une définition globalisée de l’État moderne-contemporain : un système mondial d’États-Nations capitaliste qui ne repose pas uniquement sur des catégories marxistes mais intègre l’industrialisme (y compris militaire) et la surveillance comme les socles de sa permanence. En 1985, déjà, il affirmait ainsi, à propos de ces régimes organisationnels&lt;sup id=&#34;fnref:9&#34;&gt;&lt;a href=&#34;#fn:9&#34; class=&#34;footnote-ref&#34; role=&#34;doc-noteref&#34;&gt;9&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ce sont des processus associés au système de l’État-nation, coordonnés par des réseaux mondiaux d’échange d’informations, l’économie capitaliste mondiale et l’ordre militaire mondial.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Toutefois, A. Giddens évacue les choix politiques trop radicaux, ou, du moins l’idée qu’une solution de dépassement puisse passer par un choix qui s’imposerait à la société, entre le capitalisme et le socialisme. Comme le précise un de ses commentateurs à propos des derniers chapitres de &lt;em&gt;The Nation-State and Violence&lt;/em&gt;, A. Giddens « souligne qu’aucune théorie critique de la société moderne qui ne fait que poser le choix entre le capitalisme et le socialisme ne peut rendre justice aux complexités et aux problèmes de la modernité »&lt;sup id=&#34;fnref:10&#34;&gt;&lt;a href=&#34;#fn:10&#34; class=&#34;footnote-ref&#34; role=&#34;doc-noteref&#34;&gt;10&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La raison à cela, c’est justement la surveillance. En 1981, alors même que la critique de la modernité n’était pas encore chez lui arrivée à un stade de maturité complète, il se livrait à une critique du matérialisme historique et démontrait combien la surveillance est un processus central qui appartient à nos sociétés et échappe cependant à toute tentative de dialectique marxiste. Pour A. Giddens, la surveillance est définie d’abord comme un processus d’accumulation d’informations par une organisation publique ou privée, de manière à accomplir un processus de contrôle&lt;sup id=&#34;fnref:11&#34;&gt;&lt;a href=&#34;#fn:11&#34; class=&#34;footnote-ref&#34; role=&#34;doc-noteref&#34;&gt;11&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;. On ne rassemble aucune information par quel procédé que ce soit si ce procédé n’est pas d’abord dessiné comme un outil de contrôle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’argument est double : premièrement, la surveillance est un instrument de pouvoir totalitaire et deuxièmement les technologies de l’information et en particulier l’informatique ne peuvent se penser indépendamment de la surveillance. Il affirme :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;La théorie sociale classique n’a pas reconnu le potentiel de ce qui est devenu de nos jours une menace fondamentale pour les libertés humaines, un contrôle politique totalitaire maintenu par un système de surveillance à l’échelle de la société, lié à la « police » de la vie quotidienne. L’expansion de la surveillance dans les mains de l’État peut soutenir un totalitarisme de classe de la droite (fascisme) ; mais elle peut aussi produire un totalitarisme de gauche fortement développé (stalinisme).&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;En somme, ce qui est vrai pour le monde ouvrier contrôlé par les machines est tout aussi vrai du point de vue des institutions qui accumulent les informations à des fins de contrôle, et tout aussi vrai du point de vue de la consommation de masse que l’on contrôle et mesure en vue de maintenir ou optimiser les marchés (cette police de la vie quotidienne). Pour A. Giddens, en effet, c’est tout le processus d’informatisation de la société qui doit être pensé sous l’angle de la surveillance&lt;sup id=&#34;fnref:12&#34;&gt;&lt;a href=&#34;#fn:12&#34; class=&#34;footnote-ref&#34; role=&#34;doc-noteref&#34;&gt;12&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;On pourrait supposer que l’arrivée de l’ordinateur, l’extension la plus extraordinaire de la capacité de stockage de l’esprit humain jamais imaginée, est le développement le plus récent et le plus important dans l’expansion de la surveillance comme contrôle de l’information. Même dans les années 1950, on trouvait rarement des ordinateurs à l’extérieur des universités et des établissements de recherche. Aujourd’hui, aux États-Unis, et de plus en plus dans les autres sociétés capitalistes avancées, de grands secteurs du contrôle de l’information sont informatisés tant au sein du gouvernement que de l’industrie. La « première génération » d’ordinateurs des années 1950 a déjà largement cédé la place à une deuxième (transistorisée) et une troisième (microprocesseur) génération d’ordinateurs, intégrés dans des systèmes de base de données. Mais l’ordinateur n’est pas aussi dissocié de l’histoire du capitalisme industriel que l’on pourrait l’imaginer ; et considérer l’informatisation seule comme un nouveau complément tout à fait distinct de la surveillance est trompeur.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;D’aussi loin que nous pouvions croire qu’une société « post-industrielle » aurait succédé à la société industrielle d’un ancien monde, grâce à la montée du capitalisme en quelque sorte &lt;em&gt;boosté&lt;/em&gt; par l’automatisation et les technologies de l’information, à défaut de rupture le lien est bel est bien continu. Il n’y a pas d’un côté une surveillance à la source du pouvoir à la manière du panoptique foucaltien et, de l’autre, une surveillance à visée productiviste aux fondements du capitalisme. Il n’y a pas d’un côté une société post-industrielle technologiquement avancée et, de l’autre, les archaïsmes du pouvoir politique dont les ressorts institutionnels et idéologiques seraient voués à la disparition. Au contraire, affirme A. Giddens, surveillance et État n’ont jamais été aussi fusionnels :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;la « technocratisation » de l’État, au sujet de laquelle Habermas et d’autres ont écrit, tend de plus en plus à concilier les deux aspects de la surveillance de la même manière que dans l’entreprise. Le facteur technologie s’est avéré ici un facteur potentiellement obscurcissant, puisque la technologie a une forme matérielle visible, et peut être facilement considérée – comme l’ont supposé les partisans de la théorie de la société industrielle – comme ayant sa propre « logique » autonome. Mais la « logique » de la machine n’est pas différente par nature de la « logique » du contrôle technocratique de la politique (…)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Cette compréhension de la modernité a guidé la pensée d’A. Giddens à travers les années 1980 et 1990. Et même si les écoles de pensées sont très différentes, sur ces points elle fait aussi écho à la vision unificatrice de J. B. Foster et R. W. McChesney.  L’intuition de départ est la même : alors que les idéologies libertariennes, plus ou moins formulées, pensent le « progrès » des technologies de l’information comme autant de solutions qui pallieraient les manquements des institutions, faciliteraient le développement social sur une base d’autonomie individuelle où tout un chacun pourrait s’épanouir grâce aux consumérisme numérique, J. B. Foster et W. Chesney tiennent le retour de l’État-Nation et de la surveillance comme l’instrument total de la soumission des sociétés mondiales à un ordre militaro-industriel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;À ceci près que, une fois regardé à travers les catégories de la critique de la modernité, le capitalisme de surveillance tel que le montre J. B. Foster et R. W. McChesney ressemble fort à une tautologie. Le capitalisme moderne suppose la surveillance : il n’a jamais échappé à une progression continue. Pour prendre l’exemple des États-Unis, il s’agit d’une application toujours plus sophistiquée de la doctrine impérialiste déjà fort ancienne, et d’une application toujours plus sophistiquée de la surveillance sublimée par les technologies. Or, nous sommes arrivés non pas à un point culminant mais à un point de rupture où toute critique de la surveillance est une critique du capitalisme. Ce que les révélations Snowden permettent de montrer, à ce moment de l’année 2013, c’est un instantané du contexte, un moment où la mondialisation du capitalisme de surveillance éclate non pas au grand jour mais dans une possibilité d’énonciation. C’est un moment où nous pouvons désormais construire un discours sur le capitalisme de surveillance en lui donnant un nom.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes alors face à un nouveau choix. Soit nous considérons le capitalisme de surveillance comme une cage structurelle de notre société, un état de fait, soit nous cherchons à en déduire une dimension opératoire non plus pour comprendre « métaphysiquement » notre condition moderne mais pour comprendre les mécanismes concrets à l’échelle des société et des individus. Reformulé autrement : soit nous considérons que nous sommes condamnés et même soumis au capitalisme de surveillance et nous accordons, pour nous prémunir des abus, toute notre confiance aux institutions existantes (aux « systèmes experts » décrits par A. Giddens), soit nous tâchons de voir, empiriquement, comment ce capitalisme de surveillance opère et comment nous pourrions y réagir, par effet de mouvements voire de révolte.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#34;footnotes&#34; role=&#34;doc-endnotes&#34;&gt;
&lt;hr&gt;
&lt;ol&gt;
&lt;li id=&#34;fn:1&#34;&gt;
&lt;p&gt;Anthony Giddens, &lt;em&gt;Les conséquences de la modernité&lt;/em&gt;, Paris, L’Harmattan, 1994.&amp;#160;&lt;a href=&#34;#fnref:1&#34; class=&#34;footnote-backref&#34; role=&#34;doc-backlink&#34;&gt;&amp;#x21a9;&amp;#xfe0e;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id=&#34;fn:2&#34;&gt;
&lt;p&gt;Jean-François Lyotard, &lt;em&gt;La condition postmoderne&lt;/em&gt;, Paris, Les Éditions de Minuit, 1979.&amp;#160;&lt;a href=&#34;#fnref:2&#34; class=&#34;footnote-backref&#34; role=&#34;doc-backlink&#34;&gt;&amp;#x21a9;&amp;#xfe0e;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id=&#34;fn:3&#34;&gt;
&lt;p&gt;Auparavant dans le livre, j&amp;rsquo;effectue un commentaire poussé de l&amp;rsquo;interprétation dystopique des impacts sociaux de l&amp;rsquo;informatique dans l&amp;rsquo;histoire.&amp;#160;&lt;a href=&#34;#fnref:3&#34; class=&#34;footnote-backref&#34; role=&#34;doc-backlink&#34;&gt;&amp;#x21a9;&amp;#xfe0e;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id=&#34;fn:4&#34;&gt;
&lt;p&gt;Anthony Giddens, &lt;em&gt;Les conséquences de la modernité&lt;/em&gt;, op. cit., p. 18.&amp;#160;&lt;a href=&#34;#fnref:4&#34; class=&#34;footnote-backref&#34; role=&#34;doc-backlink&#34;&gt;&amp;#x21a9;&amp;#xfe0e;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id=&#34;fn:5&#34;&gt;
&lt;p&gt;Jean Nizet, &lt;em&gt;La sociologie d’Anthony Giddens&lt;/em&gt;, Paris, La Découverte, 2007, p. 87 &lt;em&gt;sq&lt;/em&gt;.&amp;#160;&lt;a href=&#34;#fnref:5&#34; class=&#34;footnote-backref&#34; role=&#34;doc-backlink&#34;&gt;&amp;#x21a9;&amp;#xfe0e;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id=&#34;fn:6&#34;&gt;
&lt;p&gt;On retient A. Giddens comme le théoricien de la « troisième voie », qui a notamment inspiré le britannique Tony Blair. Très brièvement résumé, il s&amp;rsquo;agissait de poursuivre son analyse des transformations modernes en appelant à une refonte de la sociale-démocratie, pour opposer au néo-libéralisme une sorte de libéralisme de gauche libéré des carcans socialistes. Ses idées ont été bien trop caricaturées pour finir, notamment chez certains politiques français, comme un appel à un mouvement « ni droite ni gauche », ce que naturellement la pensée d&amp;rsquo;A. Giddens serait en peine de se satisfaire. Nous n&amp;rsquo;entrerons pas dans ce débat, d&amp;rsquo;autant plus que nous allons, dans la suite de cet ouvrage, utiliser des concepts qui nous éloignent assez radicalement du libéralisme. En revanche, nous mentionnons l&amp;rsquo;admirable travail d&amp;rsquo;A. Giddens en le situant aussi dans l&amp;rsquo;histoire du capitalisme de surveillance, et pour sa lecture socio-historique fort instructive.&amp;#160;&lt;a href=&#34;#fnref:6&#34; class=&#34;footnote-backref&#34; role=&#34;doc-backlink&#34;&gt;&amp;#x21a9;&amp;#xfe0e;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id=&#34;fn:7&#34;&gt;
&lt;p&gt;Alain Touraine, &lt;em&gt;Critique de la modernité&lt;/em&gt;, Paris, Fayard, 1992.&amp;#160;&lt;a href=&#34;#fnref:7&#34; class=&#34;footnote-backref&#34; role=&#34;doc-backlink&#34;&gt;&amp;#x21a9;&amp;#xfe0e;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id=&#34;fn:8&#34;&gt;
&lt;p&gt;Anthony Giddens, &lt;em&gt;The Consequences of Modernity&lt;/em&gt;, Cambridge, Polity Press, 1990, p. 59, nous traduisons.&amp;#160;&lt;a href=&#34;#fnref:8&#34; class=&#34;footnote-backref&#34; role=&#34;doc-backlink&#34;&gt;&amp;#x21a9;&amp;#xfe0e;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id=&#34;fn:9&#34;&gt;
&lt;p&gt;Anthony Giddens, &lt;em&gt;The Nation-State and Violence&lt;/em&gt;, Cambridge, Polity Press, 1985, p. 135 et p. 290.&amp;#160;&lt;a href=&#34;#fnref:9&#34; class=&#34;footnote-backref&#34; role=&#34;doc-backlink&#34;&gt;&amp;#x21a9;&amp;#xfe0e;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id=&#34;fn:10&#34;&gt;
&lt;p&gt;Bob Jessop, « Capitalism, Nation-State and Surveillance », in &lt;em&gt;Social Theory of Modern Societies. Anthony Giddens and his Critics&lt;/em&gt;, Cambridge, Cambridge University Press, 1989, p. 103‑128, p. 110.&amp;#160;&lt;a href=&#34;#fnref:10&#34; class=&#34;footnote-backref&#34; role=&#34;doc-backlink&#34;&gt;&amp;#x21a9;&amp;#xfe0e;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id=&#34;fn:11&#34;&gt;
&lt;p&gt;Anthony Giddens, &lt;em&gt;A Contemporary Critic of Historical Materialism. Vol. 1 Power, Property and the State&lt;/em&gt;, Berkeley, University of California Press, 1981, p. 169.&amp;#160;&lt;a href=&#34;#fnref:11&#34; class=&#34;footnote-backref&#34; role=&#34;doc-backlink&#34;&gt;&amp;#x21a9;&amp;#xfe0e;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id=&#34;fn:12&#34;&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Ibid&lt;/em&gt;., p. 175.&amp;#160;&lt;a href=&#34;#fnref:12&#34; class=&#34;footnote-backref&#34; role=&#34;doc-backlink&#34;&gt;&amp;#x21a9;&amp;#xfe0e;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;/ol&gt;
&lt;/div&gt;
</description>
    </item>
    
    <item>
      <title>Misère numérique</title>
      <link>https://golb.statium.link/post/20190805dependeancetech/</link>
      <pubDate>Tue, 06 Aug 2019 00:00:00 +0000</pubDate>
      <author>situveuxmonadresse@demande-la.moi (Christophe Masutti)</author>
      <guid>https://golb.statium.link/post/20190805dependeancetech/</guid>
      <description>&lt;p&gt;Les techniques ont toujours créé des formes de dépendances. C&amp;rsquo;est leur rôle, leur définition. Dans la lutte pour la survie dans un environnement hostile ou pour pallier les caprices du corps, la technologie a toujours été pour l&amp;rsquo;homme la source créative des supports cognitifs, mécaniques, biologiques. Mais par-dessus tout, fruits des apprentissages, elle suscite d&amp;rsquo;autres apprentissages encore : apprendre à utiliser des béquilles, apprendre à gérer ses doses d&amp;rsquo;insuline avec une pompe, apprendre à conduire une voiture, apprendre à utiliser un ordinateur, apprendre à utiliser Internet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les apprentissages fluctuent. Dans les années 1990, tous les utilisateurs ou presque de l&amp;rsquo;Internet grand public utilisaient le courrier électronique inventé 20 ans auparavant. « J&amp;rsquo;ai une adresse electronique », lançait-on à qui voulait l&amp;rsquo;entendre… et s&amp;rsquo;en fichait pas mal. L&amp;rsquo;époque a changé. Face aux grands chambardements de la « digitalization disruptive », des plateformes « ouine-ouine » et à la « start-up nation » qui prétend achever la grande transformation des services publics en services numériques (tout en inféodant le tout à des entreprises privées), le public ne retrouve plus ses billes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd&amp;rsquo;hui, renforçant l&amp;rsquo;idée que le courrier électronique est d&amp;rsquo;abord un outil de travail, une pléthore d&amp;rsquo;utilisateurs ne connaissent d&amp;rsquo;Internet que les applications de médias sociaux et leurs messageries. Surtout chez les plus jeunes dont on nous faisait croire, pour mieux avaler la pilule, qu&amp;rsquo;ils savaient bien mieux se débrouiller dans un monde « digital » et qu&amp;rsquo;il ne fallait donc pas craindre pour leur avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle connerie, cette génération Y. Construction inique de marketeux malades soumis aux GAFAM. Le résultat : une dépendance de plus en plus grande vis-à-vis des monopoles, la centralisation de services, la concentration des capitaux et le pompage général des données. Même les plus grands scandales, des révélations de Snowden à Cambridge Analytica, ne semblent pas changer nos rapports quotidiens à ces plateformes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut l&amp;rsquo;intégrer, regarder la réalité en face : les usages et les pratiques d&amp;rsquo;Internet ne sont pas (et ne seront jamais) ce que les pouvoirs publics et le marketing nous en disent. Il faut lire l&amp;rsquo;étude de Dominique Pasquier, &lt;em&gt;&lt;a href=&#34;https://www.pressesdesmines.com/produit/linternet-des-familles-modestes/&#34;&gt;L&amp;rsquo;internet des familles modestes&lt;/a&gt;&lt;/em&gt; (2018) pour se faire une idée à peu près lucide des usages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Zones rurales, quartiers pauvres, hyper centres urbains, les inégalités face aux usages des services numériques ne se résument pas aux inégalités d&amp;rsquo;accès aux réseaux. D&amp;rsquo;autres aspects doivent être pris en compte de manière prioritaire :&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;compréhension des enjeux de la confidentialité et de la sécurité des données,&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;apprentissage des protocoles de communication (et destination des usages) : courrier électronique, médias sociaux, messageries instantanées,&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;rapports cognitifs aux contenus (savoir estimer la fiabilité d&amp;rsquo;un contenu, et donc la confiance à accorder et le degré d&amp;rsquo;attention qu&amp;rsquo;on peut lui prêter),&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;etc.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Le modèle publicitaire des plateformes est un modèle de sectorisation et donc d&amp;rsquo;exclusion. Les bulles de filtres et autres usages qu&amp;rsquo;imposent Facebook, Twitter ou Google, par exemple, ne sont en fait qu&amp;rsquo;un aspect parmi d&amp;rsquo;autres où l&amp;rsquo;efficacité de l&amp;rsquo;usage des outils est conditionné par les choix permanents des utilisateurs. Ceux qui s&amp;rsquo;en sortent sont ceux qui ont les meilleures capacités à trier les contenus et gérer leur attention. Il se génère ainsi une charge mentale qui, avant cette numérisation généralisée des services, n&amp;rsquo;était pas nécessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faire croire une seconde que la connexion à un service public comme celui des impôts est indépendant de ces conditions cognitives et pratiques est un mensonge. Quels que soient les avantages qu&amp;rsquo;une partie de la population pourra trouver à pouvoir échanger à distance avec une institution publique, si on ne change pas d&amp;rsquo;urgence le modèle, les grandes inégalités qui existent déjà vont s&amp;rsquo;agraver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel est ce modèle des services publics « numérisés » ? il se résume finalement à un principe simpliste : faire la même chose qu&amp;rsquo;avant mais par ordinateurs et applications interposés. Aucune remise en cause des organisations, des pratiques, du rapport au public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le couple ordinateur / Internet est à certaines administrations ce que l&amp;rsquo;hygiaphone était au guichet de La Poste il y a quarante ans. L&amp;rsquo;hygiaphone avait une fonction : instaurer plus de distance entre le préposé et l&amp;rsquo;usager. Au sommet : l&amp;rsquo;hygiaphone avec micro et haut-parleur, où même la voix humaine était devenue méconnaissable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Désormais on a trouvé un moyen plus efficace de balancer une partie du travail administratif sur les usagers en rendant impossibles des demandes effectuées en présence. Invariablement, toute personne se rendant dans un centre des impôts ou une mairie en ressort avec une injonction : « rendez-vous sur internet pour faire votre démarche ». Et le pire, dans ces histoires, c&amp;rsquo;est que les préposés ne se posent jamais la question de savoir si la personne qu&amp;rsquo;ils renvoient ainsi dans les cordes numériques, sans ménagement, sont bel et bien en mesure de remplir les bonnes conditions d&amp;rsquo;usage du service numérique concerné. Corollaire : ces mêmes préposés scient aussi la branche de l&amp;rsquo;emploi dont ils dépendent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous avez 80 ans avec une déclaration d&amp;rsquo;impôts un peu complexe ? Vous devez refaire votre carte d&amp;rsquo;identitié ? Un rendez-vous chez le médecin ? Remplissez des formulaires sur Internet, demandez des rendez-vous depuis une application… et si vous n&amp;rsquo;y parvenez pas, soit vous avez des enfants et des petits-enfants capables de vous aider, soit… rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Indiscutablement, les personnes âgées sont les premières victimes de cette misère numérique. C&amp;rsquo;était d&amp;rsquo;ailleurs l&amp;rsquo;objet du rapport des Petits Frères des Pauvres en 2018, intitulé « &lt;a href=&#34;https://www.petitsfreresdespauvres.fr/informer/prises-de-positions/contre-l-exclusion-numerique-de-4-millions-de-personnes-agees&#34;&gt;Exclusion numérique des peronnes âgées&lt;/a&gt; ». La misère numérique est sociale. Elle n&amp;rsquo;est plus seulement un  clivage géographique entre zones rurales et zones urbaines, entre pays riches et pays pauvres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La faute à la politique ? à l&amp;rsquo;économie ? On pourra invoquer toutes sorte de raisons pour lesquelles nos aînés aussi bien que les pauvres ou les jeunes précaires se trouvent tous doublement exclus. L&amp;rsquo;exclusion sociale et l&amp;rsquo;exclusion numérique vont de pair. On ne peut pas décorréler la question des usages numériques d&amp;rsquo;une lutte contre les inégalités sociales et économiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La transformation numérique des services publics s&amp;rsquo;est effectuée en excluant les utilisateurs. Tout changement technologique suppose une révision des organisations. Ici, il s&amp;rsquo;agit de l&amp;rsquo;ensemble de la société et pas seulement la réduction des effectifs des services. Imposer de tels changements dans les usages tout en conservant de vieux modèles de gestion est une mauvaise stratégie. Elle ne peut déboucher que sur l&amp;rsquo;exclusion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos responsabilités individuelles ne sont pas pour autant exemptées. Renvoyer une personne âgée sur Internet lorsqu&amp;rsquo;elle vient effectuer une démarche administrative est un comportement inacceptable. Il est la preuve d&amp;rsquo;un service public mal rendu et le signe d&amp;rsquo;une indigence morale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant à l&amp;rsquo;avenir, il se dessine déjà. D&amp;rsquo;aucuns pourraient penser que, habitués comme nous le sommes, nous n&amp;rsquo;aurons aucun mal à interagir avec ces services numériques lorsque nous aurons l&amp;rsquo;âge de nos aînés. C&amp;rsquo;est faire preuve de naïveté. D&amp;rsquo;abord, croire que la situation restera la même, avec les mêmes technologies et les mêmes usages. Ensuite, croire que nos capacités physiques et cognitives restent les mêmes qu&amp;rsquo;à vingt ans. Rien n&amp;rsquo;est plus faux. En entretenant ce genre de croyances nous construisons tous ensemble les cercueils numériques de nos vieux jours.&lt;/p&gt;
</description>
    </item>
    
    <item>
      <title>Définitions du capitalisme de surveillance</title>
      <link>https://golb.statium.link/post/20181115definitionscapitalismesurveillance/</link>
      <pubDate>Thu, 15 Nov 2018 00:00:00 +0000</pubDate>
      <author>situveuxmonadresse@demande-la.moi (Christophe Masutti)</author>
      <guid>https://golb.statium.link/post/20181115definitionscapitalismesurveillance/</guid>
      <description>&lt;p&gt;Notre quotidien est enregistré, mesuré, considéré comme une somme de procédures dont la surveillance consiste à transformer l&amp;rsquo;apparent chaos (et notre diversité) en ordre. Tous les acteurs économiques et institutionnels y ont un intérêt. Pour beaucoup, c&amp;rsquo;est d&amp;rsquo;un nouveau capitalisme qu&amp;rsquo;il s&amp;rsquo;agit : le capitalisme de surveillance. Mais peut-on lui donner une définition claire ? Je vais essayer…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec son récent ouvrage, &lt;em&gt;Das Zeitalter Des ÜberwachungsKapitalismus&lt;/em&gt;&lt;sup id=&#34;fnref:1&#34;&gt;&lt;a href=&#34;#fn:1&#34; class=&#34;footnote-ref&#34; role=&#34;doc-noteref&#34;&gt;1&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;, Shoshana Zuboff nous livre une critique des plus intelligentes de ce qu&amp;rsquo;elle nomme le capitalisme de surveillance. Fruit d&amp;rsquo;un long travail dont les  traces sont visibles depuis cinq ans (en particulier dans un article intitulé « &lt;a href=&#34;https://papers.ssrn.com/sol3/papers.cfm?abstract_id=2594754&#34;&gt;Big Other&amp;hellip;&lt;/a&gt; »&lt;sup id=&#34;fnref:2&#34;&gt;&lt;a href=&#34;#fn:2&#34; class=&#34;footnote-ref&#34; role=&#34;doc-noteref&#34;&gt;2&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt; et quelques &lt;a href=&#34;https://framablog.org/2017/03/28/google-nouvel-avatar-du-capitalisme-celui-de-la-surveillance/&#34;&gt;sorties remarquées&lt;/a&gt; dans le &lt;em&gt;Frankfurter Allgemeine Zeitung&lt;/em&gt;&lt;sup id=&#34;fnref:3&#34;&gt;&lt;a href=&#34;#fn:3&#34; class=&#34;footnote-ref&#34; role=&#34;doc-noteref&#34;&gt;3&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;), Shoshana Zuboff a intitulé son ouvrage en écho à son travail initial, en 1988, sur la mutation du travail en procédures et informations, &lt;em&gt;In The Age Of The Smart Machine&lt;/em&gt;&lt;sup id=&#34;fnref:4&#34;&gt;&lt;a href=&#34;#fn:4&#34; class=&#34;footnote-ref&#34; role=&#34;doc-noteref&#34;&gt;4&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L’œuvre de S. Zuboff ne s&amp;rsquo;inscrit pas exclusivement dans une analyse des modèles économiques. Pour cela il faut plutôt aller voir du côté de Nick Srnicek, qui se penche sur les changements des modèles capitalistes dans leurs rapports aux technologies&lt;sup id=&#34;fnref:5&#34;&gt;&lt;a href=&#34;#fn:5&#34; class=&#34;footnote-ref&#34; role=&#34;doc-noteref&#34;&gt;5&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;. Pour N. Srnicek, les technologies de l&amp;rsquo;information ne sont pas uniquement des leviers d&amp;rsquo;augmentation de productivité, mais elle conditionnent aussi une économie de plateformes rendue possible par l&amp;rsquo;essor des infrastructures numériques des années 1990, combinée à une baisse de rendement de l&amp;rsquo;industrie manufacturière. Avec l&amp;rsquo;éclatement de la bulle Internet des années 2000 puis la crise de 2008, des firmes monopolistiques sont apparues (les GAFAM) et sont devenues les figures incontournables de cette transformation du capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S. Zuboff ne s&amp;rsquo;inscrit pas non plus (tout à fait) dans une approche du capitalisme de surveillance du point de vue de l&amp;rsquo;économie politique. C&amp;rsquo;est ce que font au contraire &lt;a href=&#34;https://monthlyreview.org/2014/07/01/surveillance-capitalism/&#34;&gt;J. B. Foster et R. W. McChesney&lt;/a&gt;, initiateurs&lt;sup id=&#34;fnref:6&#34;&gt;&lt;a href=&#34;#fn:6&#34; class=&#34;footnote-ref&#34; role=&#34;doc-noteref&#34;&gt;6&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt; du concept de capitalisme de surveillance (voir billet précédent) qui montrent en quoi le capitalisme de surveillance est une résurgence hégémonique de l&amp;rsquo;esprit de la politique nord-américaine sur les trois axes : militaire (maintenir des états de guerre pour le contrôle des pays), financier (les clés de l&amp;rsquo;économie mondiale) et marketing (assurer la propagande). Cette approche macro-économico-historique est tout à fait intéressante mais elle a le tort de focaliser essentiellement sur des mécanismes institutionnels et sans doute pas assez sur les pratiques d&amp;rsquo;une économie de la surveillance qui n&amp;rsquo;est pas toujours à ce point dépendante du politique, bien au contraire&lt;sup id=&#34;fnref:7&#34;&gt;&lt;a href=&#34;#fn:7&#34; class=&#34;footnote-ref&#34; role=&#34;doc-noteref&#34;&gt;7&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S. Zuboff, elle, s&amp;rsquo;intéresse aux pratiques et propose une conception systémique du capitalisme de surveillance à partir de ses manifestations économiques et sociales. Pour cela, elle propose un point de vue holistique et une définition qui est en même temps un programme d&amp;rsquo;analyse et un questionnement sur l&amp;rsquo;économie de nos jours. On trouve cette définition au début de son dernier ouvrage. En voici une traduction :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Überwachungskapitalismus, der&lt;/strong&gt; &amp;ndash; &lt;strong&gt;1.&lt;/strong&gt; Neue Marktform, die menschliche Erfahrung als kostenlosen Rohstoff für ihre versteckten kommerziellen Operationen der Extraktion, Vorhersage und des Verkaufs reklamiert; &lt;strong&gt;2.&lt;/strong&gt; eine parasitäre ökonomische Logik, bei der die Produktion von Gütern und Dienstleistungen einer neuen globalen Architektur zur Verhaltensmodifikation untergeordnet ist; &lt;strong&gt;3.&lt;/strong&gt; eine aus der Art geschlagene Form des Kapitalismus, die sich durch eine Konzentration von Reichtum, Wissen und Macht auszeichnet, die in der Menschheitsgeschichte beispiellos ist; &lt;strong&gt;4.&lt;/strong&gt; Fundament und Rahmen einer Überwachungsökonomie; &lt;strong&gt;5.&lt;/strong&gt; so bedeutend für die menschliche Natur im 21. Jh. wie der Industriekapitalismus des 19. und 20. Jhs. für die Natur an sich; &lt;strong&gt;6.&lt;/strong&gt; der Ursprung einer neuen instrumentären Macht, die Anspruch auf die Herrschaft über die Gesellschaft erhebt und die Marktdemokratie vor bestürzende Herausforderungen stellt; &lt;strong&gt;7.&lt;/strong&gt; zielt auf eine neue kollektive Ordnung auf der Basis totaler Gewissheit ab; &lt;strong&gt;8.&lt;/strong&gt; eine Enteignung kritischer Menschenrechte, die am besten als Putsch von oben zu verstehen ist – als Sturz der Volkssouveränität.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Surveillance Capitalism, n.&lt;/strong&gt; &amp;ndash;  &lt;strong&gt;1.&lt;/strong&gt; A new economic order that claims human experience as free raw material for hidden commercial practices of extraction, prediction, and sales; &lt;strong&gt;2.&lt;/strong&gt; A parasitic economic logic in which the production of goods and services is subordinated to a new global architecture of behavioral modification; &lt;strong&gt;3.&lt;/strong&gt; A rogue mutation of capitalism marked by concentrations of wealth, knowledge, and power unprecedented in human history; &lt;strong&gt;4.&lt;/strong&gt; The foundational framework of a surveillance economy; &lt;strong&gt;5.&lt;/strong&gt; As significant a threat to human nature in the twenty-first century as industrial capitalism was to the natural world in the nineteenth and twentieth; &lt;strong&gt;6.&lt;/strong&gt; The origin of a new instrumentarian power that asserts dominance over society and presents startling challenges to market democracy; &lt;strong&gt;7.&lt;/strong&gt; A movement that aims to impose a new collective order based on total certainty; &lt;strong&gt;8.&lt;/strong&gt; An expropriation of critical human rights that is best understood as a coup from above: an overthrow of the people’s sovereignty.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Capitalisme de surveillance, le&lt;/strong&gt; &amp;ndash;   &lt;strong&gt;1.&lt;/strong&gt; un nouvel ordre économique qui revendique le vécu humain comme matière première gratuite pour des pratiques commerciales occultes d&amp;rsquo;extraction, de prévision et de vente ; &lt;strong&gt;2.&lt;/strong&gt; une logique économique parasitaire dans laquelle la production de biens et de services est subordonnée à une nouvelle architecture globale de modification des comportements ; &lt;strong&gt;3.&lt;/strong&gt; un type de capitalisme malhonnête, sans précédent dans l&amp;rsquo;histoire humaine, caractérisé par une concentration des richesses, des connaissances et du pouvoir ; &lt;strong&gt;4.&lt;/strong&gt; le cadre fondateur d&amp;rsquo;une économie de surveillance ; &lt;strong&gt;5.&lt;/strong&gt; une menace aussi grave pour la nature humaine au XXI&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle que le capitalisme industriel des XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; et XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècles l&amp;rsquo;était pour le monde naturel ; &lt;strong&gt;6.&lt;/strong&gt; la source d&amp;rsquo;un nouveau pouvoir instrumental qui affirme sa domination sur la société et impose des défis déconcertants à la démocratie de marché ; &lt;strong&gt;7.&lt;/strong&gt; un mouvement qui vise à imposer un nouvel ordre collectif qui repose sur une certitude absolue ; &lt;strong&gt;8.&lt;/strong&gt; une spoliation des droits humains essentiels, que l&amp;rsquo;on peut comprendre au mieux comme un putsch venu d&amp;rsquo;en haut, un renversement de la souveraineté populaire.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Étant donné la fraîcheur des travaux de S. Zuboff et la nouveauté du concept de capitalisme de surveillance (2014), il est difficile de proposer une lecture critique qui ne soit pas biaisée, d&amp;rsquo;une manière ou d&amp;rsquo;une autre, par la dimension opératoire que l&amp;rsquo;on souhaite lui donner. L&amp;rsquo;utilise-t-on pour expliquer les modèles de l&amp;rsquo;économie des plateformes ? en quoi joue-t-il un rôle dans les politiques de régulation des États ? interfère-t&amp;rsquo;il avec le politique et comment ? Est-ce une manifestation d&amp;rsquo;une volonté de pouvoir (de la part de qui ?) ou une émergence plus ou moins spontanée issue de plusieurs circonstances ou idéologies ? etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces questions doivent être posées et c&amp;rsquo;est aussi pourquoi j&amp;rsquo;ai entrepris un ouvrage dont l&amp;rsquo;ambition est de proposer des pistes de réflexion. La première est justement de se demander en quoi le capitalisme de surveillance est tangible (et si une approche matérialiste peut en venir à bout). J&amp;rsquo;en suis assez vite arrivé à la conclusion que si l&amp;rsquo;on souhaite en faire l&amp;rsquo;histoire, il faut partir d&amp;rsquo;une définition qui utilise les concepts auxquels nous sommes déjà habitués.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon projet est donc très différent de celui de S. Zuboff, qui va jusqu&amp;rsquo;à inventer deux figures : celle de Big Other (l’altérite à laquelle nous renvoient nos doubles numériques) et les « coup des gens », qui, par opposition à un « coup d&amp;rsquo;État », est sorte d&amp;rsquo;accaparement offensif de nos vies privées et de notre quotidien par les GAFAM.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, d&amp;rsquo;un point de vue purement intellectuel, je ne peux m&amp;rsquo;empêcher de faire deux remarques à propos de la définition de S. Zuboff. La première, c&amp;rsquo;est qu&amp;rsquo;elle est surtout un programme d&amp;rsquo;analyse et présume largement que les pratiques du capitalisme de surveillance sont la traduction d&amp;rsquo;intentions, de jeux de domination et de pouvoirs. La seconde, c&amp;rsquo;est que les différents points de définitions peuvent en fait correspondre à des constructions proposées par d&amp;rsquo;autres auteurs du mouvement des &lt;em&gt;surveillance studies&lt;/em&gt; depuis les années 1970. Une liste apparaît dans &lt;a href=&#34;http://web.mit.edu/gtmarx/www/surv_studies.pdf&#34;&gt;un article de Gary T. Marx&lt;/a&gt;&lt;sup id=&#34;fnref:8&#34;&gt;&lt;a href=&#34;#fn:8&#34; class=&#34;footnote-ref&#34; role=&#34;doc-noteref&#34;&gt;8&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;, par exemple : la société disciplinaire, la société du dossier, la société du contrôle, le post-panoptisme, la dataveillance, la société transparente, l&amp;rsquo;informatisation ubiquitaire, l&amp;rsquo;uberveillance. Il s&amp;rsquo;agit d&amp;rsquo;autant d&amp;rsquo;approches différentes du capitalisme de surveillance. Dans cette mesure, on peut remercier S. Zuboff de faire l&amp;rsquo;éclatante démonstration, en une seule analyse, de ce que les &lt;em&gt;surveillance studies&lt;/em&gt; avaient jusqu&amp;rsquo;à présent quelques difficultés à cerner, sans doute trop concentrées sur les rapports entre technique et société, d&amp;rsquo;un point de vue sociologique ou anthropologique. Mais S. Zuboff va-t-elle au bout de son projet, qui appelle une critique du capitalisme ? Rien n&amp;rsquo;est moins sûr.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ma part, comme je compte faire une histoire, il me faut aussi satisfaire à l&amp;rsquo;exigence d&amp;rsquo;une définition. Or, mon problème est d&amp;rsquo;intégrer aussi bien l&amp;rsquo;historiographie que les témoignages (par exemple des rapports) ou des documents probants (comme des articles), sans pour autant y voir des manifestions de ce que, aujourd&amp;rsquo;hui, nous nommons le capitalisme de surveillance mais qui, sur une cinquantaine d&amp;rsquo;années, répond à bien d&amp;rsquo;autres noms. N&amp;rsquo;ayant pas le talent de S. Zuboff, je ne peux pas non plus entreprendre une analyse globale, voire holiste, en y intégrant les multiples dimensions historiques des sciences et des technologies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je préfère donc procéder en deux temps pour trouver une manière synthétique d&amp;rsquo;exprimer (sur la période 1960 à nos jours) ce qu&amp;rsquo;est le capitalisme de surveillance &lt;em&gt;a)&lt;/em&gt; par ses pratiques et &lt;em&gt;b)&lt;/em&gt; par ses mécanismes. C&amp;rsquo;est une définition qui me permet, dans cette &lt;em&gt;archéologie&lt;/em&gt; que je propose, de procéder par étapes, de nommer ce que je cherche, comprendre  la naissance d&amp;rsquo;une économie de la surveillance et la logique progressive, non linéaire, du capitalisme de surveillance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pose ainsi que &lt;em&gt;les pratiques de surveillance&lt;/em&gt; sont :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;les procédés techniques les plus automatisés possible qui consistent à récolter et stocker, à partir des individus, de leurs comportements et de leurs environnements, des données individuelles ou collectives à des fins d&amp;rsquo;analyse, d&amp;rsquo;inférence, de quantification, de prévision et d&amp;rsquo;influence.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Et qu&amp;rsquo;il faut tâcher de situer le capitalisme de surveillance dans son parcours historique.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;L&amp;rsquo;histoire du capitalisme de surveillance est celle des transformations sociales que l&amp;rsquo;informatisation a rendu possibles depuis les années 1960 à nos jours en créant des modèles économiques basés sur le traitement et la valorisation des données personnelles. La prégnance de ces modèles ajoutée à une croissance de l&amp;rsquo;industrie et des services informatiques&lt;sup id=&#34;fnref:9&#34;&gt;&lt;a href=&#34;#fn:9&#34; class=&#34;footnote-ref&#34; role=&#34;doc-noteref&#34;&gt;9&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt; a fini par créer un marché hégémonique de la surveillance. Cette hégémonie associée à une culture consumériste se traduit dans plusieurs contextes : l&amp;rsquo;influence des consommateurs par le marketing, l&amp;rsquo;automatisation de la décision, la réduction de la vie privée, la segmentation sociale, un affaiblissement des politiques, un assujettissement du droit, une tendance idéologique au solutionnisme technologique. Il fait entrer en crise les institutions et le contrat social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du point de vue de ses mécanismes, le capitalisme de surveillance mobilise les pratiques d&amp;rsquo;appropriation et de capitalisation des informations pour mettre en œuvre le régime disciplinaire de son développement industriel (surveillance des travailleurs) et l&amp;rsquo;ordonnancement de la consommation (surveillance et influence des consommateurs). Des bases de données d&amp;rsquo;hier aux &lt;em&gt;big datas&lt;/em&gt; d&amp;rsquo;aujourd&amp;rsquo;hui, il permet la concentration de l&amp;rsquo;information, des capitaux financiers et des technologies par un petit nombre d&amp;rsquo;acteurs tout en procédant à l&amp;rsquo;expropriation mercantile de la vie privée du plus grand nombre d&amp;rsquo;individus et de leurs savoirs&lt;sup id=&#34;fnref:10&#34;&gt;&lt;a href=&#34;#fn:10&#34; class=&#34;footnote-ref&#34; role=&#34;doc-noteref&#34;&gt;10&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Voilà pour ce qui me concerne. La suite se trouvera dans l&amp;rsquo;ouvrage à paraître. J&amp;rsquo;ajoute cependant que cette définition s&amp;rsquo;adresse aussi à certains (ils se reconnaîtront) qui me l&amp;rsquo;ont demandée à des fins pédagogiques (et sans doute lassés par mon style d&amp;rsquo;écriture qui rappelle souvent que les fontes d&amp;rsquo;imprimerie sont  en plomb).&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#34;footnotes&#34; role=&#34;doc-endnotes&#34;&gt;
&lt;hr&gt;
&lt;ol&gt;
&lt;li id=&#34;fn:1&#34;&gt;
&lt;p&gt;ZUBOFF, Shoshana. &lt;em&gt;Das Zeitalter Des ÜberwachungsKapitalismus&lt;/em&gt;. Frankfurt: Campus Verlag, 2018. (À paraître en anglais : &lt;em&gt;The Age of Surveillance Capitalism: The Fight for a Human Future at the New Frontier of Power&lt;/em&gt;. New York: Public Affairs, 2019).&amp;#160;&lt;a href=&#34;#fnref:1&#34; class=&#34;footnote-backref&#34; role=&#34;doc-backlink&#34;&gt;&amp;#x21a9;&amp;#xfe0e;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id=&#34;fn:2&#34;&gt;
&lt;p&gt;ZUBOFF, Shoshana. « Big Other: Surveillance Capitalism and the Prospects of an Information Civilization ». &lt;em&gt;Journal of Information Technology&lt;/em&gt; 30 (2015): 75‑89.&amp;#160;&lt;a href=&#34;#fnref:2&#34; class=&#34;footnote-backref&#34; role=&#34;doc-backlink&#34;&gt;&amp;#x21a9;&amp;#xfe0e;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id=&#34;fn:3&#34;&gt;
&lt;p&gt;Voir surtout ZUBOFF, Shoshana. « The Secrets of Surveillance Capitalism ». &lt;em&gt;Frankfurter Allgemeine Zeitung&lt;/em&gt;, mars 2016.&amp;#160;&lt;a href=&#34;#fnref:3&#34; class=&#34;footnote-backref&#34; role=&#34;doc-backlink&#34;&gt;&amp;#x21a9;&amp;#xfe0e;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id=&#34;fn:4&#34;&gt;
&lt;p&gt;Zuboff, Shoshana. &lt;em&gt;In The Age Of The Smart Machine: The Future Of Work And Power&lt;/em&gt;. New York: Basic Books, 1988.&amp;#160;&lt;a href=&#34;#fnref:4&#34; class=&#34;footnote-backref&#34; role=&#34;doc-backlink&#34;&gt;&amp;#x21a9;&amp;#xfe0e;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id=&#34;fn:5&#34;&gt;
&lt;p&gt;SRNICEK, Nick. &lt;em&gt;Platform Capitalism&lt;/em&gt;. Cambridge: Polity, 2016. Trad. Fr.: &lt;em&gt;Capitalisme de plateforme. L’ hégémonie de l’économie numérique&lt;/em&gt;. Québec: Lux Éditeur, 2018.&amp;#160;&lt;a href=&#34;#fnref:5&#34; class=&#34;footnote-backref&#34; role=&#34;doc-backlink&#34;&gt;&amp;#x21a9;&amp;#xfe0e;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id=&#34;fn:6&#34;&gt;
&lt;p&gt;John Bellamy Foster and Robert W. McChesney, « Surveillance Capitalism. Monopoly-Finance Capital, the Military-Industrial Complex, and the Digital Age », Monthly Review, 66, Juillet 2014.&amp;#160;&lt;a href=&#34;#fnref:6&#34; class=&#34;footnote-backref&#34; role=&#34;doc-backlink&#34;&gt;&amp;#x21a9;&amp;#xfe0e;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id=&#34;fn:7&#34;&gt;
&lt;p&gt;Et c&amp;rsquo;est peut être aussi ce qui empêche S. Zuboff de produire une véritable critique du capitalisme. elle a en effet tendance à ne s&amp;rsquo;en tenir qu&amp;rsquo;à une analyse des méfaits des pratiques des « capitalistes de la surveillance », comme s&amp;rsquo;il fallait en réalité défendre un « bon » capitalisme contre de méchants voyous. Je pense au contraire qu&amp;rsquo;on ne peut pas faire l&amp;rsquo;économie d&amp;rsquo;une critique en règles des modèles capitalistes qui sont justement à la source des pratiques.&amp;#160;&lt;a href=&#34;#fnref:7&#34; class=&#34;footnote-backref&#34; role=&#34;doc-backlink&#34;&gt;&amp;#x21a9;&amp;#xfe0e;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id=&#34;fn:8&#34;&gt;
&lt;p&gt;MARX, Gary T. « Surveillance studies ». Dans : James Wright (éd.), &lt;em&gt;International Encyclopedia of the Social and Behavioral Sciences&lt;/em&gt;, Amsterdam: Elsevier, 2015, p. 733‑41.&amp;#160;&lt;a href=&#34;#fnref:8&#34; class=&#34;footnote-backref&#34; role=&#34;doc-backlink&#34;&gt;&amp;#x21a9;&amp;#xfe0e;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id=&#34;fn:9&#34;&gt;
&lt;p&gt;Il s&amp;rsquo;agit aussi d&amp;rsquo;une corrélation entre une baisse de régime de l&amp;rsquo;industrie manufacturière (par exemple l&amp;rsquo;industrie automobile) et le déplacement des capitaux vers la surfinanciarisation de l&amp;rsquo;économie numérique.&amp;#160;&lt;a href=&#34;#fnref:9&#34; class=&#34;footnote-backref&#34; role=&#34;doc-backlink&#34;&gt;&amp;#x21a9;&amp;#xfe0e;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id=&#34;fn:10&#34;&gt;
&lt;p&gt;Nous pouvons ajouter, comme illustration du dernier point, que le capitalisme de surveillance exproprie l&amp;rsquo;individu de sa vie privée et de ses savoirs comme le capitalisme industriel a exproprié les travailleurs de leur maîtrise du temps en disciplinant au travail le salarié qui vivait, dans le monde rural, selon un tout autre rythme que celui des machines (les premières conquêtes sociales du monde ouvrier ont porté sur le temps de travail, sa rémunération, et les temps de repos). Voir à ce sujet Edward P. Thompson, &lt;em&gt;Temps, discipline du travail et capitalisme industriel&lt;/em&gt;, Paris, La Fabrique, 2004.&amp;#160;&lt;a href=&#34;#fnref:10&#34; class=&#34;footnote-backref&#34; role=&#34;doc-backlink&#34;&gt;&amp;#x21a9;&amp;#xfe0e;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;/ol&gt;
&lt;/div&gt;
</description>
    </item>
    
    <item>
      <title>Capitalisme de surveillance ?</title>
      <link>https://golb.statium.link/post/20180624capitalismedesurveillance/</link>
      <pubDate>Sun, 24 Jun 2018 00:00:00 +0000</pubDate>
      <author>situveuxmonadresse@demande-la.moi (Christophe Masutti)</author>
      <guid>https://golb.statium.link/post/20180624capitalismedesurveillance/</guid>
      <description>&lt;p&gt;Dans une série d&amp;rsquo;article intitulée &lt;em&gt;Les &lt;a href=&#34;https://framablog.org/tag/leviathanscm/&#34;&gt;Léviathans&lt;/a&gt;&lt;/em&gt;, j&amp;rsquo;ai longuement présenté le concept de &lt;em&gt;capitalisme de surveillance&lt;/em&gt; développé par Shoshana Zuboff. L&amp;rsquo;interprétation reste toujours prisonnière de l&amp;rsquo;objet, au moins en partie : en l&amp;rsquo;occurrence, il y a une chose que je n&amp;rsquo;ai pas précisé dans ces articles, c&amp;rsquo;est la provenance du concept.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les premiers à avoir formulé et développé le &lt;em&gt;capitalisme de surveillance&lt;/em&gt; sont John Bellamy Foster et Robert W. McChesney en juin 2014 dans un article paru dans la &lt;em&gt;Monthly Review&lt;/em&gt;, dont le titre devrait toujours être donné &lt;em&gt;in extenso&lt;/em&gt; : « &lt;a href=&#34;https://monthlyreview.org/2014/07/01/surveillance-capitalism/&#34;&gt;Surveillance Capitalism Monopoly-Finance Capital, the Military-Industrial Complex, and the Digital Age&lt;/a&gt; ».&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les lecteurs de Shoshana Zuboff noteront que cette dernière ne fait pas mention, dans ses articles, à la paternité du concept par Foster et McChesney. Du moins, elle n&amp;rsquo;a pas publié (à ma connaissance) une approche critique et comparative de son approche par rapport à celle de Foster et McChesney. La conséquence est que, au fil des affaires relatives aux usages déloyaux des données personnelles durant ces 3 ou 4 dernières années, le concept de capitalisme de surveillance a été sur-employé, parfois même galvaudé et transformé en un mot-valise. Pour celles et ceux qui ont cependant fait un effort d&amp;rsquo;analyse (tel &lt;a href=&#34;https://ar.al/notes/the-nature-of-the-self-in-the-digital-age/&#34;&gt;Aral Balkan&lt;/a&gt;) le concept renvoie systématiquement aux travaux de Shoshana Zuboff.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oserait-on accuser Zuboff de l&amp;rsquo;avoir usurpé  ? pas tout à fait. On peut parler plutôt d&amp;rsquo;un emprunt. Le capitalisme de surveillance tel que le défini Zuboff implique bien d&amp;rsquo;autres éléments de réflexion. Quant à citer les auteurs qui les premiers ont énoncé le capitalisme de surveillance, oui, elle aurait pu le faire. Mais qu&amp;rsquo;est-ce que cela aurait impliqué  ? L&amp;rsquo;&lt;a href=&#34;https://monthlyreview.org/2018/06/01/mr-070-02-2018-06_0/&#34;&gt;éditorial&lt;/a&gt; de la &lt;em&gt;Monthly Review&lt;/em&gt; de ce mois de juin 2018 apporte quelques éléments de réponse en confrontant l&amp;rsquo;approche de Foster-McChesnay et de Zuboff :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Zuboff a défini le capitalisme de surveillance de manière plus restrictive comme un système dans lequel la surveillance de la population est utilisée pour acquérir des informations qui peuvent ensuite être monétisées et vendues. L&amp;rsquo;objet de ses recherches était donc d&amp;rsquo;étudier les interrelations entre les entreprises et le comportement individuel dans ce nouveau système d&amp;rsquo;espionnage marchandisé. Mais une telle vision a effectivement dissocié le capitalisme de surveillance de l&amp;rsquo;analyse de classe, ainsi que de la structure politico-économique globale du capitalisme – comme si la surveillance pouvait être abstraite du capital monopolistique et financier dans son ensemble. De plus, l&amp;rsquo;approche de Zuboff a largement éludé la question de la relation symbiotique entre les sociétés militaires et privées – principalement dans les domaines du marketing, de la finance, de la haute technologie et de la défense – qui était au centre de l&amp;rsquo;analyse de Foster et McChesney.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Pour ce qui me concerne, les lecteurs des Léviathans (et j&amp;rsquo;espère un peu plus tard d&amp;rsquo;un ouvrage actuellement en gestation) pourront constater que j&amp;rsquo;extrapole assez largement la pensée de Zuboff, sans toutefois rejoindre l&amp;rsquo;analyse américano-centrée de Foster-McChesnay. Le point de basculement est somme toute assez pragmatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le besoin de surveillance est un besoin viscéral de l&amp;rsquo;économie des biens et services (j&amp;rsquo;ai montré qu&amp;rsquo;il relève d&amp;rsquo;une histoire bien plus ancienne que le web 2.0 et remonte aux années 1950). La concentration des entreprises répond à un besoin d&amp;rsquo;optimisation des systèmes d&amp;rsquo;informations autant qu&amp;rsquo;au besoin de maîtriser le marché en le rendant malléable selon des stratégies bien définies, à commencer par les pratiques de marketing. Comment est-il devenu malléable  ? grâce aux &lt;em&gt;big datas&lt;/em&gt; et à l&amp;rsquo;usage prédictif du traitement des données. La concentration des capitaux est donc à la fois une conséquence de ce nouveau mode de fonctionnement capitaliste (qui enclenche parallèlement une autre approche du (néo-) libéralisme), et une stratégie calculée de recherche de maximisation des profits tirés des données conçues elles-mêmes comme un capital.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;À mon humble avis, nonobstant l&amp;rsquo;approche concernant le complexe militaro-industriel de Foster-McChesney qui nous fait remonter à la Guerre du Vietnam tout en étant parfaitement explicatif des stratégies de surveillance des institutions gouvernementales (auxquelles finirent par se prêter les gouvernements d&amp;rsquo;autres pays du monde, comme en France ces dernières années), l&amp;rsquo;approche de Zuboff détache effectivement la question du capitalisme de surveillance de ses racines politiques pour se concentrer surtout sur les organisations et les comportements individuels soumis à une idéologie presque exclusivement économique. Ma part modeste à cette réflexion n&amp;rsquo;est pas d&amp;rsquo;entamer une histoire totale comme le feraient Foster et McChesney, mais d&amp;rsquo;aller directement au cœur du problème : la capitalisation de l&amp;rsquo;information comme nouvelle forme du capitalisme. C&amp;rsquo;est peut-être une approche (pseudo-) marxiste qu&amp;rsquo;il manque selon moi à Foster-McChesney pour mieux comprendre cette mondialisation du capitalisme de surveillance.&lt;/p&gt;
</description>
    </item>
    
    <item>
      <title>Vie privée, informatique et marketing dans le monde d&#39;avant Google</title>
      <link>https://golb.statium.link/post/20180324viepriveeinforavantgoogle/</link>
      <pubDate>Sat, 24 Mar 2018 00:00:00 +0000</pubDate>
      <author>situveuxmonadresse@demande-la.moi (Christophe Masutti)</author>
      <guid>https://golb.statium.link/post/20180324viepriveeinforavantgoogle/</guid>
      <description>&lt;p&gt;En 1969, Paul Baran affirmait: « Quelle belle opportunité pour l&amp;rsquo;ingénieur informaticien d&amp;rsquo;exercer une nouvelle forme de responsabilité sociale ». En effet, il y a presque 70 ans, les interrogations sociales au sujet du traitement informatique des données personnelles étaient déjà sur le devant de la scène.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici le résumé d&amp;rsquo;un assez long texte, écrit début mars 2018, que vous pouvez lire en version &lt;a href=&#34;https://statium.link/bazaar/leviathans/lev5/lev.html&#34;&gt;HTML&lt;/a&gt; ou récupérer &lt;a href=&#34;https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-01761828&#34;&gt;en PDF sur HAL-SHS&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Il est notable que les monopoles de l&amp;rsquo;économie numérique d&amp;rsquo;aujourd&amp;rsquo;hui exploitent à grande échelle nos données personnelles et explorent nos vies privées. Cet article propose une mise au point historique sur la manière dont se sont constitués ces modèles : dès les années 1960, par la convergence entre l&amp;rsquo;industrie informatique, les méthodes de marketing (en particulier le marketing direct) et les applications en bases de données. Les pratiques de captation et d&amp;rsquo;exploitation des données personnelles ont en réalité toujours été sources de débats, de limitation et de mises en garde. Malgré cela, le contrôle social exercé par la segmentation sociale, elle-même imposée par le marketing, semble être une condition de l&amp;rsquo;avènement d&amp;rsquo;une forme d&amp;rsquo;économie de la consommation que de nombreux auteurs ont dénoncé. Peut-on penser autrement ce capitalisme de surveillance ?&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
</description>
    </item>
    
    <item>
      <title>Club Vosgien et VTT : l&#39;appropriation des communs</title>
      <link>https://golb.statium.link/post/20181205vttclubvosgien/</link>
      <pubDate>Mon, 05 Feb 2018 00:00:00 +0000</pubDate>
      <author>situveuxmonadresse@demande-la.moi (Christophe Masutti)</author>
      <guid>https://golb.statium.link/post/20181205vttclubvosgien/</guid>
      <description>&lt;p&gt;Chacun ses combats. Pour moi, c&amp;rsquo;est le logiciel libre et la culture libre, pour d&amp;rsquo;autres c&amp;rsquo;est la lutte contre les inégalités, la défense de la nature, la sauvegarde du patrimoine… Et pourtant nous agissons tous avec des méthodes communes : le partage et la coopération. Hélas ce n&amp;rsquo;est pas toujours le cas. Certains œuvrent pour une cause juste mais veulent s&amp;rsquo;approprier le résultat, au prétexte qu&amp;rsquo;ils seraient les dépositaires (même s&amp;rsquo;ils ne sont pas exclusifs) des moyens et, donc, de la fin. C&amp;rsquo;est le cas du Club Vosgien dont je voudrais ici toucher quelques mots à propos de sa capacité à partager et à collaborer.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&#34;la-montagne-est-au-club&#34;&gt;La montagne est au Club&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le Club Vosgien, c&amp;rsquo;est d&amp;rsquo;abord une association alsacienne séculaire. Fondée en 1872, le &lt;em&gt;Vogesenclub&lt;/em&gt; doit d&amp;rsquo;abord être salué avec le plus grand respect pour le travail de promotion des activités de pleine nature et le balisage des sentiers sans lequel nombre de promeneurs ne pourraient bénéficier des superbes parcours sur l&amp;rsquo;ensemble du massif, et au-delà.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci étant dit, j&amp;rsquo;affirme que le Club Vosgien à une tendance particulièrement détestable à s&amp;rsquo;approprier le bien commun que représente le paysage montagneux et forestier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S&amp;rsquo;approprier ? non, bien entendu, il ne s&amp;rsquo;agit pas de mettre des barrières et d&amp;rsquo;interdire quiconque de les franchir s&amp;rsquo;il n&amp;rsquo;est pas encarté au Club&amp;hellip; Mais justement, le Club Vosgien, comprenez-vous, ce n&amp;rsquo;est pas l&amp;rsquo;Association des amoureux des sentiers des Vosges, ce n&amp;rsquo;est pas l&amp;rsquo;Association des randonneurs vosgiens, non. C&amp;rsquo;est un Club, à l&amp;rsquo;image du Club Alpin d&amp;rsquo;où il tire son nom d&amp;rsquo;ailleurs. Et un club, c&amp;rsquo;est plus qu&amp;rsquo;une association. Ce n&amp;rsquo;est pas uniquement le rassemblement de personnes ayant des intérêts communs. Un club est une société, c&amp;rsquo;est-à-dire un regroupement de personnes sociologiquement semblables : des activités communes, des pratiques sociales communes, etc. Dès lors, il n&amp;rsquo;y a qu&amp;rsquo;un pas facilement franchi entre la communauté de pratiques et le sentiment d&amp;rsquo;appartenance du territoire que l&amp;rsquo;on investit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici un exemple. Au début du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle, le Club Vosgien s&amp;rsquo;est vu confier, par le Service des Eaux et Forêts le monopole du balisage des sentiers. L&amp;rsquo;explication est logique : fin XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle se développe dans les Vosges l&amp;rsquo;activité touristique. En 1875, par exemple à Gérardmer naît le premier office de tourisme, nommé &lt;em&gt;Comité des promenades&lt;/em&gt; qui aménage des sentiers de randonnées dans la Vallées des Lacs et valorise son territoire. Sur le même modèle, les sociétés touristiques investissent le massif : il fallait harmoniser tout cela et c&amp;rsquo;est le Club Vosgien qui se vit confier ce rôle. Depuis ce jour, le Club Vosgien mène de front le balisage et l&amp;rsquo;entretien des sentiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, fièrement annoncé sur la page d&amp;rsquo;accueil du &lt;a href=&#34;http://www.club-vosgien.eu&#34;&gt;site internet du Club Vosgien&lt;/a&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Les signes de balisage du Club Vosgien sont déposés à l’INPI et soumis à autorisation pour leur utilisation sur tous supports de communication papier ou web.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;En clair, les signes de balisage du Club Vosgien sont déposés en tant que logo de marque (ce n&amp;rsquo;est pas un brevet au sens industriel du terme), et il est donc impossible d&amp;rsquo;en avoir l&amp;rsquo;usage sans une autorisation expresse du Club Vosgien. C&amp;rsquo;est le premier paradoxe : un balisage harmonisé est un gage de qualité des parcours du Massif, et si je souhaite cartographier un parcours, par exemple pour le VTT ou le trail, et partager ma carte, je n&amp;rsquo;ai le droit de le faire qu&amp;rsquo;avec l&amp;rsquo;autorisation du Club Vosgien. Un comble, quand on sait à quel point ce besoin est présent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&amp;rsquo;implication ? le Club Vosgien empêche ainsi le partage des parcours, ce qui aurait pourtant comme effet de valoriser encore davantage cet important travail de balisage du Club Vosgien. Si j&amp;rsquo;appartiens à une association sportive et que je souhaite créer un parcours en utilisant le balisage du Club Vosgien et partager ce parcours en imprimant plusieurs cartes ou sous format numérique, &lt;em&gt;je n&amp;rsquo;ai pas le droit de le faire&lt;/em&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&amp;rsquo;interprétation ? Randonner avec le Club Vosgien, c&amp;rsquo;est utiliser son balisage et les cartes qui vont avec : la bonne vieille carte IGN TOP 25 en papier ou son équivalent extrêmement onéreux sur GPS. Il ne s&amp;rsquo;agirait pas que n&amp;rsquo;importe qui vienne improviser un parcours VTT ou trail pour déranger les « vrais » randonneurs à crampons et sac à dos, n&amp;rsquo;est-ce pas ? Parce que si tout le monde pouvait si facilement se repérer dans la forêt, et pouvait partager en ligne des cartes en utilisant, au hasard les couches Outdoors d&amp;rsquo;&lt;a href=&#34;http://umap.openstreetmap.fr/fr/&#34;&gt;Open Street Map&lt;/a&gt; et les indicateurs du Club Vosgien… hé bien qu&amp;rsquo;est-ce que cela changerait, au fond ? Rien. Si ce n&amp;rsquo;est que l&amp;rsquo;usage en serait d&amp;rsquo;autant plus valorisé. Mais voilà : le Club Vosgien ne veut pas. Parce que ce sont &lt;em&gt;ses&lt;/em&gt; sentiers, c&amp;rsquo;est &lt;em&gt;son&lt;/em&gt; balisage, le fruit de &lt;em&gt;son&lt;/em&gt; travail, qui lui incombe &lt;em&gt;à lui&lt;/em&gt; uniquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C&amp;rsquo;est l&amp;rsquo;ambiance. Et cela va même jusqu&amp;rsquo;à servir d&amp;rsquo;arguments contre l&amp;rsquo;usage des VTT, comme on va le voir plus loin.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&#34;le-cas-du-vtt&#34;&gt;Le cas du VTT&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les cyclistes, c&amp;rsquo;est le combat du moment pour le Club Vosgien… enfin pour être plus exact, quelques sections du Club Vosgien, minoritaires, mais dont le vacarme implique forcément l&amp;rsquo;image du Club Vosgien en général. En effet, en plus du balisage, l&amp;rsquo;entretien de ses parcours est capital pour que le balisage soit lui-même fiable. Et c&amp;rsquo;est là que le Club Vosgien a tendance à étendre sa préséance, à ceci près que cette fois on touche au territoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les forêts vosgiennes, on trouve de tout :&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;des quads avec des gros lards dessus,&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;des motocyclistes, sportifs, mais à qui il faudrait expliquer deux trois choses,&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;des files de 4x4 avec des chasseurs souvent seuls dedans (il faudrait leur expliquer ce que c&amp;rsquo;est que le co-voiturage),&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;des 4x4 isolés, dont les trajectoires restent mystérieuses,&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;des travailleurs forestiers parfois (parfois !) peu respectueux de la forêt (mais comme il manque de personnels aux Eaux et Forêts, il est difficile de faire respecter l&amp;rsquo;ordre et la loi),&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;et des cyclistes.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;La ligne de front actuelle qui défraye la chronique depuis au moins le printemps 2017, se situe dans le secteur de Masevaux (Haut-Rhin), mais ce n&amp;rsquo;est pas exclusif. Devinez quelle catégorie dans la liste ci-dessus fait l&amp;rsquo;objet de l&amp;rsquo;ire des membres du Club Vogien ? je vous le donne en mille : les vététistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour certains membres du Club Vosgien, visiblement, les vététistes représentent l&amp;rsquo;ennemi à abattre, voire même la principale calamité du paysage Vosgien. On pourrait croire que des combats autrement plus glorieux pourraient voir le jour, comme par exemple la biodiversité végétale, la gestion de la faune, la pollution. Non. Parce que vous comprenez, ça c&amp;rsquo;est des trucs d&amp;rsquo;écolos. Ces combats sont déjà investis et puis les écolos c&amp;rsquo;est à gauche…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui  chiffonne ces gens, c&amp;rsquo;est que les sentiers avec des VTT dessus, c&amp;rsquo;est plus des sentiers de randonnées. Parce qu&amp;rsquo;un sentier, c&amp;rsquo;est forcément « de randonnée à pieds », hein ? pas fait pour rouler, jouer au ballon, ou même courir (quel traileur ne s&amp;rsquo;est pas ramassé un jour une remarque désobligeante par un randonneur peureux sur un chemin un peu étroit ?).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Interdire le VTT sur les sentiers du massif ? c&amp;rsquo;est un projet que certains membres du club Vosgien semblent caresser avec envie. Des municipalités, sans doute sous influence, avaient déjà tenté le coup, comme à &lt;a href=&#34;http://mbf-france.fr/dossiersentinelle/ottrott-67/&#34;&gt;Ottrott en 2015&lt;/a&gt; avant une contestation en bonne et dûe forme par la Mountain Bike Foundation qui rappelle d&amp;rsquo;ailleurs &lt;a href=&#34;http://mbf-france.fr/actionnationaleinter/quel-statut-vtt-en-foret/&#34;&gt;quelques fondamentaux juridiques&lt;/a&gt; à propos du code forestier (un autre guide juridique est trouvable sur le site &lt;a href=&#34;http://www.alsace-velo.fr/index.php/item/2075-un-point-juridique-sur-la-circulation-des-vtt&#34;&gt;alsace-velo.fr&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, voilà que le Club Vosgien de Masevaux a relancé une polémique en mai 2017, bénéficiant d&amp;rsquo;une &lt;a href=&#34;http://www.dna.fr/edition-de-mulhouse-et-thann/2017/05/16/le-club-vosgien-est-fache-avec-le-vtt&#34;&gt;tribune dans les Dernières Nouvelles d&amp;rsquo;Alsace&lt;/a&gt; : « La montagne n’est pas un stade ». L&amp;rsquo;accroche ? elle se résume en trois points :&lt;/p&gt;
&lt;ol&gt;
&lt;li&gt;La dégradation des sentiers serait l&amp;rsquo;apanage exclusif des VTT&amp;hellip; et de se lancer dans une problématique digne de l&amp;rsquo;oeuf ou de la poule à savoir si ce sont les freinages des vététistes qui aggravent l&amp;rsquo;érosion naturelle ou si c&amp;rsquo;est l&amp;rsquo;érosion naturelle qui cause l&amp;rsquo;instabilité du chemin et donc nécessite des freinages. Car dans le premier cas, il faudrait peut-être cesser de croire que les vététistes s&amp;rsquo;amusent à détériorer les chemins pour le plaisir et dans l&amp;rsquo;autre cas, les problèmes d&amp;rsquo;érosion ont bien souvent leur remède dans la gestion du couvert végétal. Est-ce pour autant que &lt;em&gt;tous&lt;/em&gt; les sentiers devraient être interdits aux VTT ? Comment s&amp;rsquo;effectue donc cette généralisation entre quelques chemins érodés et tous les sentiers ? Elle ne peut s&amp;rsquo;expliquer autrement que par le souhait de ne plus voir de VTT sur les chemins parce qu&amp;rsquo;ils « dérangent » le Club Vosgien, parce qu&amp;rsquo;il s&amp;rsquo;agit d&amp;rsquo;un public différent.&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;« le code forestier article n° 163-6, interdit la pratique du VTT sur des itinéraires de moins de deux mètres », c&amp;rsquo;est faux, comme le montre le code forestier lui-même (cf. les liens cités plus haut).&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;On notera de même que le chantage est à l&amp;rsquo;appui : « Soit les communes nous suivent par des arrêtés de réglementation de circulation qui interdit la pratique du VTT sur les sentiers, soit on arrête de faire l’entretien basique (piochage, élagage, ratissage) et en cinq ans les sentiers seront morts ». Une citation bien paradoxale de la part du Club Vosgien, parce que la mort des sentiers signerait aussi la mort du Club…&lt;/li&gt;
&lt;/ol&gt;
&lt;p&gt;Enfin, comme le démontrent de nombreuses photographies prises par les vététistes et les randonneurs, on ne compte plus sur le massif vosgien le nombre de sentiers littéralement saccagés par les travaux forestiers. À juste titre ou non, pour les besoins de l&amp;rsquo;exploitation forestière, le passage d&amp;rsquo;engins favorise inévitablement une forme d&amp;rsquo;érosion bien plus grave que le creusement d&amp;rsquo;une rigole de 20 mètres ici où là : c&amp;rsquo;est carrément de la gestion forestière raisonnée qu&amp;rsquo;il s&amp;rsquo;agit, et cela dépasse de loin les petites polémiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant, le Club Vosgien a déjà dénoncé les travaux forestiers peu scrupuleux, notamment dans les pages des Dernières Nouvelles d&amp;rsquo;Alsace en &lt;a href=&#34;http://www.dna.fr/edition-de-mulhouse-et-thann/2017/03/28/une-activite-incessante&#34;&gt;mars 2017&lt;/a&gt;. L&amp;rsquo;enjeu est de taille et le combat mérite en effet d&amp;rsquo;être mené car il concerne de multiples acteurs… hélas, il est bien plus facile d&amp;rsquo;incriminer les VTT. Si bien qu&amp;rsquo;une seconde fois en ce début d&amp;rsquo;année 2018 le journal Les Dernières Nouvelles d&amp;rsquo;Alsace titrait « &lt;a href=&#34;http://www.dna.fr/edition-de-mulhouse-et-thann/2018/02/03/les-sentiers-de-la-discorde&#34;&gt;Les sentiers de la discorde&lt;/a&gt; ». L&amp;rsquo;article est à l&amp;rsquo;avenant, et, citant les interlocuteurs du Club Vosgien :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Nous ne sommes pas des conservateurs à tendance réactionnaire, l’avenir passe par une bonne cohabitation avec les pratiquants tout en intégrant le respect de la réglementation. Le VTT étant un véhicule sur le plan juridique, le vttiste doit pratiquer en dehors de nos sentiers étroits, inférieurs à un mètre.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Comprendre : « je ne suis pas réac… mais », ou bien ce qu&amp;rsquo;on appelle en réthorique une &lt;a href=&#34;https://fr.wikipedia.org/wiki/Pr%C3%A9t%C3%A9rition&#34;&gt;prétérition&lt;/a&gt;, qui permet de passer sous silence plusieurs éléments manquant à l&amp;rsquo;argumentation : ici, par exemple, la rigueur de l&amp;rsquo;argumentation juridique. Ce qui ne démonte pas la Mountain Bike Foundation, répondant du tac au tac :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;« Le code de la route ne s’applique pas à 900 m d’altitude », affirme Jonathan Choulet, référent MBF Florival, par ailleurs fonctionnaire de police. « Le droit d’itinérance sur les sentiers relève du droit constitutionnel d’aller et venir. Quatre codes régissent la circulation de tous en milieu naturel, mais aucun, excepté le code de la route, ne définit le VTT comme un véhicule. (&amp;hellip;) »&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;h2 id=&#34;solution-1--le-dialogue&#34;&gt;Solution 1 : le dialogue&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dialoguer avec le Club Vosgien n&amp;rsquo;est pas toujours une sinécure. Pourtant tout semblait se présenter sous les meilleurs auspices en été 2017, lors d&amp;rsquo;une &lt;a href=&#34;http://mbf-france.fr/actionnationaleinter/rencontre-du-club-vosgien/&#34;&gt;rencontre entre la MBF et le président de la Fédération du Club Vosgien&lt;/a&gt;, qui n&amp;rsquo;avait jamais auparavant répondu aux lettres de la MBF et semblait découvrir ses activités.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu de temps après, suite à l&amp;rsquo;article du Club Vosgien section Masevaux, une seconde rencontre eu lieu, dans une intention de dialogue et de coopération. D&amp;rsquo;après le &lt;a href=&#34;http://mbf-france.fr/actionnationaleinter/reunion-antenne-mbf-club-vosgien-masevaux/&#34;&gt;compte rendu figurant sur le site de la MBF&lt;/a&gt;, il y a vraisemblablement une claire différence de conception du terme « dialogue » entre les antennes locales (plus ou moins indépendantes, mais est-ce vraiment souhaitable ?) et la fédération du Club Vosgien. Voici un extrait significatif de cette rencontre entre les référents MBF du secteur Thur-Doller et la présidence du Club Vosgien de Masevaux :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Mais le responsable du C.V ne l’entend pas ainsi et quitte la salle en nous rappelant qu’au titre de la propriété intellectuelle, nous ne devrions même pas regarder « leur » balisage. Deux autres membres du C.V de Masevaux quittent également la salle sans daigner nous saluer.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Pourtant les bonnes volontés ne manquent pas, de part et d&amp;rsquo;autre. La MBF agit déjà dans le domaine de l&amp;rsquo;entretien de sentiers, de manière systématique, en Alsace et dans d&amp;rsquo;autres régions de France, et organise même des &lt;a href=&#34;http://mbf-france.fr/actionnationaleinter/tcoyt2018/&#34;&gt;défis internationaux&lt;/a&gt; sur ce thème. Pour preuve &lt;a href=&#34;http://mbf-france.fr/brigadesvertes/entretien-sentier-masevaux/&#34;&gt;cette session de coopération&lt;/a&gt; entre les vététistes et le Club Vosgien de la même section de Masevaux, une collaboration qui pourtant n&amp;rsquo;a pas satisfait tout le monde, &lt;a href=&#34;http://www.dna.fr/edition-de-mulhouse-et-thann/2018/02/03/les-sentiers-de-la-discorde&#34;&gt;selon Jean Koehl&lt;/a&gt;, vice-président du CV Masevaux :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;On a accueilli des groupes MBF pour deux demi-journées de travail et une journée pleine. Ils en ont profité pour faire leur com’en faisant venir France 3…&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;C&amp;rsquo;est vraiment à se demander ce que reprochent réellement les membres du Club Vosgien aux vététistes. Il semblerait que,  quelles que soit les offres de coopération, les éternels insatisfaits sont toujours les mêmes. Pourtant le dialogue est bel et bien la clé d&amp;rsquo;une bonne entente entre randonneurs et vététistes : la coopération dans l&amp;rsquo;entretien des sentiers et les code de conduite des vététistes (comme par exemple la limitation des parcours sauvages d&amp;rsquo;enduro).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dialogue c&amp;rsquo;est l&amp;rsquo;apprentissage de la diversité. Diversité des usages et diversité sociale. Les vététistes sont particulièrement au clair sur ce point en distinguant les pratiques entre le cross country (qui n&amp;rsquo;a pratiquement aucun impact sur l&amp;rsquo;érosion des sentiers et représente plus de 80% des pratiques), l&amp;rsquo;enduro et la descente (DH). Peut-être que le Club Vosgien pourrait faire aussi un effort de son côté en se questionnant sur son rapport au paysage commun et les notions de partage que cela implique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&#34;solution-2--attractivité&#34;&gt;Solution 2 : attractivité&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Cette attitude de la part du Club Vosgien pourrait notamment jouer en défaveur de l&amp;rsquo;attractivité du Massif Vosgien. Comme exprimé dans les Dernières Nouvelles d&amp;rsquo;Alsace, les revendications du Club Vosgien se résument à demander la création de Bike Park pour y cantonner les VTT et de ce fait leur interdire les sentiers…  Une revendication qui s&amp;rsquo;établirait en défaveur évidente de l&amp;rsquo;écrasante majorité des pratiquants sur le segment du cross country. Autant dire que si les communautés de communes contactées à ce sujet par le Club Vosgien valident ces intentions, c&amp;rsquo;est toute l&amp;rsquo;attractivité du VTT sur le Massif qui en serait affectée : adieu les descentes techniques et les petits frissons qui pourtant sont souvent accessibles aux débutants. On ira expliquer aussi aux touristes que pour monter à plus de 900 mètres d&amp;rsquo;altitude ils devront emprunter les autoroutes à grumiers&amp;hellip;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En la matière, on ne peut que saluer &lt;a href=&#34;http://mbf-france.fr/wp-content/uploads/2017/12/MBF-Article-Vosges_Hohrod.pdf&#34;&gt;la lettre du maire de Hohrod&lt;/a&gt; (68142) qui rappelle que l&amp;rsquo;équipement de randonnée est une liberté de choix :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Randonner est une liberté individuelle fondée sur le principe de la liberté de circuler, un droit fondamental et universel. Que l’on circule à pieds ou à vélo est sans importance, chacun est libre de choisir l’équipement nécessaire à sa randonnée (&amp;hellip;)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;et que par conséquent :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;La réponse éthique est de ne privilégier aucune pratique et de les placer à égalité dans leur accueil et leur traitement, les principes d’équité et de non-discrimination alimentent avantageusement l’argumentation en faveur des activités de plein air.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La valorisation du massif passe donc non seulement par le partage mais aussi par le dialogue entre les pratiquants. Ce besoin de coopération n&amp;rsquo;est pas seulement vital pour le Massif Vosgien, il l&amp;rsquo;est aussi pour que le paysage et ses sentiers ne comptent pas parmi les trop nombreux secteurs où le partage et le respect n&amp;rsquo;ont plus cours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors oui, le Club Vosgien doit partager la montagne, le balisage et les sentiers. Les vététistes de leur côté n&amp;rsquo;ont pas à rougir de l&amp;rsquo;aide qu&amp;rsquo;ils offrent (même en communiquant dessus), comme en témoigne l&amp;rsquo;opération de grande envergure &lt;a href=&#34;http://mbf-france.fr/actionnationaleinter/tcoyt2018/&#34;&gt;Take Care Your Trails&lt;/a&gt;. Cette communauté est active et respectueuse de l&amp;rsquo;environnement, qui irait le lui reprocher ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Heureusement, les interlocuteurs bienveillants de la MBF sont nombreux, tels les Parcs, les Offices de Tourisme, les élus… et bien souvent très attentifs aux contraintes et aux paradoxes dont la communauté des vététistes n&amp;rsquo;est pas exempte. Ainsi, par exemple, l&amp;rsquo;image du VTT pâti bien souvent des quelques incivilités rencontrées ici et là, ou des vidéos trash sur Youtube dont ne manquent pas de s&amp;rsquo;emparer les détracteurs du VTT pour généraliser et justifier leur hargne. Mais qu&amp;rsquo;importe. L&amp;rsquo;essentiel est d&amp;rsquo;atteindre la maturité nécessaire au dialogue et dépasser ces contradictions. En la matière, certaines sections du Club Vosgien devraient prendre exemple, justement, sur la MBF.&lt;/p&gt;
</description>
    </item>
    
    <item>
      <title>Les nouveaux Léviathans IV. La surveillance qui vient</title>
      <link>https://golb.statium.link/post/20180106lasurveillancequivient/</link>
      <pubDate>Sat, 06 Jan 2018 00:00:00 +0000</pubDate>
      <author>situveuxmonadresse@demande-la.moi (Christophe Masutti)</author>
      <guid>https://golb.statium.link/post/20180106lasurveillancequivient/</guid>
      <description>&lt;p&gt;Je continue la série des Léviathans commencée en 2016 sur le Framablog. Pour ce nouveaux numéro,  je propose de voir dans quelle mesure le modèle économique a développé son besoin vital de la captation des données relatives à la vie privée. De fait, nous vivons dans le même scénario dystopique depuis une cinquantaine d&amp;rsquo;années. Nous verrons comment les critiques de l&amp;rsquo;économie de la surveillance sont redondantes depuis tout ce temps et que, au-delà des craintes, le temps est à l&amp;rsquo;action d&amp;rsquo;urgence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Petit extrait :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;L&amp;rsquo;incertitude au sujet des dérives du capitalisme de surveillance n&amp;rsquo;existe pas. Personne ne peut affirmer aujourd&amp;rsquo;hui qu&amp;rsquo;avec l&amp;rsquo;avènement des &lt;em&gt;big data&lt;/em&gt; dans les stratégies économiques, on pouvait ignorer que leur usage déloyal était non seulement possible mais aussi que c&amp;rsquo;est bien cette direction qui fut choisie d&amp;rsquo;emblée dans l&amp;rsquo;intérêt des monopoles et en vertu de la centralisation des informations et des capitaux. Depuis les années 1970, plusieurs concepts ont cherché à exprimer la même chose. Pour n&amp;rsquo;en citer que quelques-uns : computocracie (M. Warner et M. Stone, 1970), société du dossier (Arthur R. Miller, 1971), surveillance de masse (J. Rule, 1973), dataveillance (R. Clarke, 1988), capitalisme de surveillance (Zuboff, 2015)… tous cherchent à démontrer que la surveillance des comportements par l&amp;rsquo;usage des données personnelles implique en retour la recherche collective de points de rupture avec le modèle économique et de gouvernance qui s&amp;rsquo;impose de manière déloyale. Cette recherche peut s&amp;rsquo;exprimer par le besoin d&amp;rsquo;une régulation démocratiquement décidée et avec des outils juridiques. Elle peut s&amp;rsquo;exprimer aussi autrement, de manière violente ou pacifiste, militante et/ou contre-culturelle.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Tous les articles rassemblés en un fichier &lt;code&gt;.epub&lt;/code&gt; &lt;a href=&#34;https://framagit.org/Framatophe/articlesenvrac/blob/master/Leviathans/lev.epub&#34;&gt;sur mon dépot Gitlab&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La série d&amp;rsquo;articles sur le framablog :&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&#34;https://framablog.org/?p=6617&#34;&gt;Les nouveaux Léviathans Ia&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&#34;https://framablog.org/?p=6626&#34;&gt;Les nouveaux Léviathans Ib&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&#34;https://framablog.org/?p=6629&#34;&gt;Les nouveaux Léviathans IIa&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&#34;https://framablog.org/?p=6631&#34;&gt;Les nouveaux Léviathans IIb&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&#34;https://framablog.org/?p=9897&#34;&gt;Les nouveaux Léviathans III&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&#34;https://framablog.org/?p=11179&#34;&gt;Les nouveaux Léviathans IV&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&#34;https://framablog.org/?p=6637&#34;&gt;Les anciens Léviathans I&lt;/a&gt;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;&lt;a href=&#34;https://framablog.org/?p=6661&#34;&gt;Les anciens Léviathans II&lt;/a&gt;
=&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
</description>
    </item>
    
    <item>
      <title>Oui au chiffrement, non à la liberté</title>
      <link>https://golb.statium.link/post/20170512ouichiffrementmacronliberte/</link>
      <pubDate>Fri, 12 May 2017 00:00:00 +0000</pubDate>
      <author>situveuxmonadresse@demande-la.moi (Christophe Masutti)</author>
      <guid>https://golb.statium.link/post/20170512ouichiffrementmacronliberte/</guid>
      <description>&lt;p&gt;Dans cet article, nous allons voir comment la stratégie gouvernementale en matière de chiffrement suppose de limiter nos libertés numériques pour favoriser une économie de la norme à l&amp;rsquo;exclusion du logiciel libre. Telle est la feuille de route d&amp;rsquo;Emmanuel Macron.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Il y a quelque temps, j&amp;rsquo;ai écrit un article intitulé « Le contrat social fait 128 bits… ou plus ». J&amp;rsquo;y interrogeais les velléités gouvernementales à sacrifier un peu plus de nos libertés afin de pouvoir mieux encadrer les pratiques de chiffrement au nom de la lutte contre le terrorisme. Le ministre Manuel Valls, à l&amp;rsquo;époque, faisait mention de pratiques de « cryptologie légales », par opposition, donc, à des pratiques illégales. Ce à quoi toute personne moyennement intelligente pouvait lui faire remarquer que ce n&amp;rsquo;est pas le chiffrement qui devrait être réputé illégal, mais les informations, chiffrées ou non. L&amp;rsquo;idée de Valls était alors de prévenir de l&amp;rsquo;intention du gouvernement à encadrer une technologie qui lui échappe et qui permet aux citoyens de protéger leur vie privée. L&amp;rsquo;ennemi, pour qui conçoit l&amp;rsquo;État sous une telle forme archaïque, ce n&amp;rsquo;est pas la vie privée, c&amp;rsquo;est de ne pas pouvoir choisir ceux qui ont droit à une vie privée et ceux qui n&amp;rsquo;y ont pas droit. De là à la lutte de classe, on n&amp;rsquo;est pas loin, mais nous ne suivrons pas cette direction dans ce billet…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chiffrement, c&amp;rsquo;est bien plus que cela. C&amp;rsquo;est la capacité à user du secret des correspondances. Et la question qui se pose est de savoir si un gouvernement peut organiser une intrusion systématique dans toute correspondance, au nom de la sécurité des citoyens.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&#34;le-secret-cest-le-pouvoir&#34;&gt;Le secret, c&amp;rsquo;est le pouvoir&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;C&amp;rsquo;est un choix cornélien. D&amp;rsquo;un côté le gouvernement qui, depuis Louis XI a fait sienne la doctrine &lt;em&gt;qui nescit dissimulare, nescit regnare&lt;/em&gt; (qui ne sait dissimuler ne sait régner), principe érigé à l&amp;rsquo;état de science avec &lt;em&gt;le Prince&lt;/em&gt; de Machiavel. Et de l&amp;rsquo;autre, puisque savoir  c&amp;rsquo;est pouvoir, la possibilité pour un individu d&amp;rsquo;échanger en secret des informations avec d&amp;rsquo;autres. De tout temps ce fut un jeu entre l&amp;rsquo;autorité absolue de l&amp;rsquo;État et le pouvoir relatif des individus que de savoir comment doit s&amp;rsquo;exercer le secret de la correspondance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Après qu&amp;rsquo;on eut littéralement massacré la Commune de Paris, les anarchistes les plus vengeurs furent visés par les fameuses &lt;a href=&#34;https://fr.wikipedia.org/wiki/Lois_sc%C3%A9l%C3%A9rates&#34;&gt;Lois scélérates&lt;/a&gt;, dont l&amp;rsquo;une d&amp;rsquo;entre elles fit dire à Jean Jaurès qu&amp;rsquo;elle se défini par « l’effort du législateur pour aller chercher l’anarchie presque dans les secrets de la conscience humaine ». Après une chasse aux sorcières qui habitua peu à peu les Français à la pratique de la délation,  le mouvement des anarchistes (pacifistes ou non) ont dû se résigner à entretenir des modes d&amp;rsquo;organisation exerçant le secret, presque aussitôt contrecarrés par l&amp;rsquo;État de guerre qui s&amp;rsquo;annonçait. Depuis la fin du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle, l&amp;rsquo;histoire des Républiques successives (mais c&amp;rsquo;est aussi valable hors la France) n&amp;rsquo;a fait que brandir le chiffon rouge de la sécurité des citoyens pour bâtir des législations afin d&amp;rsquo;assurer au pouvoir le monopole du secret.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et heureusement. Le secret d&amp;rsquo;État, c&amp;rsquo;est aussi un outil de sa permanence. Qu&amp;rsquo;on soit pour ou contre le principe de l&amp;rsquo;État, il n&amp;rsquo;en demeure pas moins que pour exercer la sécurité des individus, le Renseignement (avec un grand R) est un organe primordial. Le fait que nous puissions discuter du secret d&amp;rsquo;État et qu&amp;rsquo;il puisse être régulé par des instances auxquelles on prête plus ou moins de pouvoir, est un signe de démocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Néanmoins, depuis la Loi Renseignement de 2015, force est de constater une certaine conception « leviathanesque » du secret d&amp;rsquo;État dans la V&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; République. Il s&amp;rsquo;agit de la crainte qu&amp;rsquo;une solution de chiffrement puisse être étendue à tous les citoyens.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&#34;quand-cest-le-chiffrement-qui-devient-un-risque&#34;&gt;Quand c&amp;rsquo;est le chiffrement qui devient un risque&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En réalité c&amp;rsquo;est déjà le cas, ce qui valu quelques ennuis à Philip Zimmermann, le créateur de PGP au début des années 1990. Aujourd&amp;rsquo;hui, tout le monde peut utiliser PGP, y compris avec des clés de plus de 128 bits. On peut dès lors s&amp;rsquo;étonner de la tribune signée, entre autre, par le procureur de Paris dans le New York Times en août 2015, intitulée « [When Phone Encryption Blocks Justice](&lt;a href=&#34;https://www.nytimes.com/2015/08/12/opinion/apple-google-when-phone-encryption-blocks-justice.html?_r=1%22%3EWhen&#34;&gt;https://www.nytimes.com/2015/08/12/opinion/apple-google-when-phone-encryption-blocks-justice.html?_r=1&amp;quot;&amp;gt;When&lt;/a&gt; Phone Encryption Blocks Justice) ». Selon les auteurs, « Les nouvelles pratiques de chiffrement d’Apple et Google rendent plus difficile la protection de la population contre les crimes ». Or, en réalité, le fond de l&amp;rsquo;affaire n&amp;rsquo;est pas là. Comment en vouloir à des vendeurs de smartphone de faciliter le chiffrement des données personnelles alors que les solutions de chiffrement sont de toute façon disponibles ? Le travail de la justice ne serait donc facilité qu&amp;rsquo;à partir du moment où les criminels « oublieraient » simplement de chiffrer leurs données ? Un peu de sérieux…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La véritable intention de cette tribune, elle est exprimée en ces termes : « (…) les régulateurs et législateurs de nos pays doivent trouver un moyen approprié d’équilibrer le gain minime lié au chiffrement entier des systèmes et la nécessité pour les forces de l’ordre de résoudre les crimes et poursuivre les criminels ». Il faut en effet justifier par n&amp;rsquo;importe quel argument, même le moins crédible, une forme de dérégulation du Renseignement tout en accusant les pourvoyeurs de solutions de chiffrement d&amp;rsquo;augmenter les risques d&amp;rsquo;insécurité des citoyens. Le principal risque n&amp;rsquo;est plus le terrorisme ou le crime, qui devient une justification : le risque, c&amp;rsquo;est le chiffrement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;À partir de ces idées, les interventions d&amp;rsquo;élus et de hauts responsables se sont multipliées, &lt;a href=&#34;http://www.numerama.com/politique/149077-lutte-contre-le-chiffrement-ciotti-surencherit-et-veut-interdire-liphone.html&#34;&gt;sans crainte du ridicule&lt;/a&gt; faisant fi de tous les avis de la CNIL, comme  de l&amp;rsquo;Observatoire des libertés numériques ou même du Conseil national du numérique. Las, ce débat ne date pas d&amp;rsquo;hier, comme Guillaume Poupard &lt;a href=&#34;http://www.lepoint.fr/chroniqueurs-du-point/guerric-poncet/cyberdefense-interdire-le-chiffrement-est-irrealiste-23-01-2015-1899054_506.php&#34;&gt;le rappelle en janvier 2015&lt;/a&gt; : « Ce débat, nous l&amp;rsquo;avons eu il y a vingt ans. Nous avons conclu que chercher à interdire le chiffrement était à la fois passéiste et irréaliste. »&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&#34;si-on-ne-peut-interdire-il-faut-encadrer--les-backdoors&#34;&gt;Si on ne peut interdire, il faut encadrer : les backdoors&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Voyant qu&amp;rsquo;une opposition frontale à la pratique même du chiffrement ne mène  à rien, en particulier parce que le chiffrement est un secteur économique à part entière, les discours se sont peu à peu infléchis vers une version édulcorée mais scélérate : imposer des &lt;em&gt;backdoors&lt;/em&gt; obligatoires dans tout système de chiffrement autorisé. Ne pouvant interdire le chiffrement, il faut trouver le moyen de le contrôler. L&amp;rsquo;idée s&amp;rsquo;est insinuée petit à petit dans l&amp;rsquo;appareil d&amp;rsquo;État, jusqu&amp;rsquo;à commencer le travail d&amp;rsquo;une possible réforme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C&amp;rsquo;est l&amp;rsquo;ANSSI (Agence nationale de la sécurité des systèmes d&amp;rsquo;information) qui réagit assez vertement, notamment dans une lettre diffusée par le journal &lt;a href=&#34;http://www.liberation.fr/france/2016/08/02/controler-le-chiffrement-un-calcul-difficile-pour-le-gouvernement_1469978&#34;&gt;Libération en août 2016&lt;/a&gt;&lt;sup id=&#34;fnref:1&#34;&gt;&lt;a href=&#34;#fn:1&#34; class=&#34;footnote-ref&#34; role=&#34;doc-noteref&#34;&gt;1&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;, et signée de G. Poupard. Pour ce dernier, imposer des &lt;em&gt;backdoors&lt;/em&gt; revient à affaiblir le niveau de sécurité général. On lit dans sa lettre :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;« Il convient de noter que les technologies robustes de cryptographie, longtemps réservées à une communauté très restreinte, sont aujourd&amp;rsquo;hui largement diffusées et relativement aisées à mettre en œuvre. Le développement de logiciels non contrôlables, faciles à distribuer et offrant un niveau de sécurité très élevé est par conséquent à la portée de n&amp;rsquo;importe quelle organisation criminelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Imposer un affaiblissement généralisé des moyens cryptographiques serait attentatoire à la sécurité numérique et aux libertés de l&amp;rsquo;immense majorité des utilisateurs respectueux des règles tout en étant rapidement inefficace vis-à-vis de la minorité ciblée. »&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Difficile d&amp;rsquo;exprimer combien G. Poupard a raison. Pourtant le débat resurgit en février 2017, cette fois sous l&amp;rsquo;angle de la coopération franco-allemande. C&amp;rsquo;est une lettre officielle publiée par &lt;a href=&#34;http://www.politico.eu/wp-content/uploads/2017/02/2017-02-17-De%CC%81claration-FR-DE-II_Officielle.pdf&#34;&gt;Politico&amp;lt;&lt;/a&gt;&lt;sup id=&#34;fnref:2&#34;&gt;&lt;a href=&#34;#fn:2&#34; class=&#34;footnote-ref&#34; role=&#34;doc-noteref&#34;&gt;2&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;, signée des Ministères de l&amp;rsquo;Intérieur Français et Allemand, qui met en exergue la lutte contre le terrorisme et annonce que cette dernière…&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;…requiert de donner les moyens juridiques aux autorités européennes afin de tenir compte de la généralisation du chiffrement des communications par voie électronique lors d&amp;rsquo;enquêtes judiciaires et administratives. La Commission européenne doit veiller à ce que des travaux techniques et juridiques soient menés dès maintenant pour étudier la possibilité de définir de nouvelles obligations à la charge des prestataires de services de communication par voie électronique tout en garantissant la fiabilité de systèmes hautement sécurisés, et de proposer sur cette base une initiative législative en octobre 2017. »&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;En d&amp;rsquo;autres termes, c&amp;rsquo;est aux prestataires qu&amp;rsquo;il devrait revenir l&amp;rsquo;obligation de fournir aux utilisateurs des solutions de communication chiffrées tout en maintenant des ouvertures (forcément secrètes pour éviter qu&amp;rsquo;elles soient exploitées par des malveillants, donc des &lt;em&gt;backdoors&lt;/em&gt;) capables de fournir en clair les informations aux autorités.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est très curieux de découvrir qu&amp;rsquo;en ce début d&amp;rsquo;année 2017, la Commission Européenne soit citée comme garante de cette coopération franco-allemande, alors même que son vice-président chargé du marché numérique unique Andrus Ansip déclarait un an plus tôt : « &lt;a href=&#34;https://www.euractiv.com/section/digital/interview/ansip-i-am-strongly-against-any-backdoor-to-encrypted-systems/&#34;&gt;I am strongly against any backdoor to encrypted systems&lt;/a&gt; »&lt;sup id=&#34;fnref:3&#34;&gt;&lt;a href=&#34;#fn:3&#34; class=&#34;footnote-ref&#34; role=&#34;doc-noteref&#34;&gt;3&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;, opposant à cela les récentes avancées numériques pour lesquelles l&amp;rsquo;Estonie est connue comme particulièrement avant-gardiste.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&#34;la-feuille-de-route-du-gouvernement-macron&#34;&gt;La feuille de route du gouvernement Macron&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous ne sommes pas au bout de nos  surprises, puisqu&amp;rsquo;on apprend qu&amp;rsquo;en bon élève, notre Président E. Macron fraîchement élu, reprendra cette coopération franco-allemande. Interrogé à propos de la cybersécurité par le mathématicien Cédric Villani, il l&amp;rsquo;affirme en effet dans une vidéo &lt;a href=&#34;https://www.sciencesetavenir.fr/politique/video-quand-cedric-villani-et-emmanuel-macron-parlent-de-science-pour-sciences-et-avenir_112884&#34;&gt;publiée par Science et Avenir&lt;/a&gt; (&lt;a href=&#34;https://www.ultimedia.com/default/index/videogeneric/id/8k0rxf&#34;&gt;source directe&lt;/a&gt;) :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;C. Villani : « J&amp;rsquo;ai une question sur le domaine numérique, qui va être plus technique, c&amp;rsquo;est la question sur laquelle on est en train de plancher au Conseil Scientifique de la Commission Européenne, ça s&amp;rsquo;appelle la cybersécurité. C&amp;rsquo;est un sujet sur lequel on nous a demandé de plancher en tant que scientifiques, mais on s&amp;rsquo;est vite aperçu que c&amp;rsquo;est un sujet qui ne pouvait pas être traité juste sous l&amp;rsquo;angle scientifique parce que les questions politiques, économiques, étaient mêlées de façon, heu, indémêlable et que derrière il y avait des questions de souveraineté de l&amp;rsquo;Europe par rapport au reste du monde…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;E. Macron : « le sujet de la cybersécurité est un des axes absolument essentiel et on est plutôt en retard aujourd&amp;rsquo;hui sur ce sujet quand on regarde… Le pays qui est le plus en pointe,  c&amp;rsquo;est  Israël qui a fait un travail absolument remarquable en construisant carrément une cité de la cybersécurité, qui a un rapport existentiel avec cet aspect… et les États-Unis… nous sommes en retard… il en dépend de notre capacité à nous protéger, de notre souveraineté numérique derrière, et notre capacité à protéger nos systèmes puisqu&amp;rsquo;on agrège tout dans ce domaine-là.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis assez en ligne avec la stratégie qui avait été présentée en France par Le Drian, sur le plan militaire. Le sujet, c&amp;rsquo;est qu&amp;rsquo;il faut le désenclaver du plan militaire. C&amp;rsquo;est un sujet qui dépend du domaine militaire, mais qui doit également protéger tous les systèmes experts civils, parce que si on parle de cybersécurité et qu&amp;rsquo;on va au bout, les systèmes scientifiques, les systèmes de coopération universitaire, les systèmes de relation entre les ministères, doivent être couverts par ce sujet cybersécurité. Donc c&amp;rsquo;est beaucoup plus inclusif que la façon dont on l&amp;rsquo;aborde aujourd&amp;rsquo;hui qui est juste « les systèmes experts défenses » et qui est très sectoriel. La deuxième chose, c&amp;rsquo;est que je pense que c&amp;rsquo;est une stratégie qui est européenne, et qui est au moins franco-allemande. Pourquoi ? parce que, on le sait, il y a des sujets de standards, des sujets de normalisation qui sont assez techniques, et qui font que si on choisit une option technologique plutôt qu&amp;rsquo;une autre, en termes de chiffrement ou de spécifications, on se retrouve après avec des non-compatibilités, et on va se retrouver — on est les champions pour réussir cela — dans une bataille de chiffonniers entre la France et l&amp;rsquo;Allemagne. Si on veut avoir une vraie stratégie en la matière sur le plan européen, il faut d&amp;rsquo;abord une vraie stratégie franco-allemande, une vraie convergence normative, une vraie stratégie commune en franco-allemand, en termes, pour moi, de rapprochement des univers de recherche, de rapprochement des intérêts militaires, de rapprochement de nos experts en la matière. Pour moi c&amp;rsquo;est 1) un vrai sujet de priorité et 2) un vrai sujet d&amp;rsquo;organisation en interne et en externe. Quand je m&amp;rsquo;engage sur le 2% en Défense, j&amp;rsquo;y inclus le sujet cybersécurité qui est absolument critique. »&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La position d&amp;rsquo;E. Macron entre donc dans la droite ligne de la satisfaction des députés en faveur d&amp;rsquo;une limitation du chiffrement dans les usages individuels, au profit a) d&amp;rsquo;une augmentation capacitaire du chiffrement pour les autorités de l&amp;rsquo;État et b) du renforcement des transactions stratégiques (bancaires, communicationnelles, coopérationnelles etc.). Cela ouvre à la fois des perspectives de marchés et tend à concilier, malgré les critiques et l&amp;rsquo;inefficacité, cette fameuse limitation par solution de &lt;em&gt;backdoors&lt;/em&gt; interposée.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour que de telles solutions existent pour les individus, il va donc falloir se tourner vers des prestataires, seuls capables à la fois de créer des solutions innovantes et d&amp;rsquo;être autorisés à fournir au public des services de chiffrement « backdorisés ».&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour cela, c&amp;rsquo;est vers la &lt;a href=&#34;http://www.lafrenchtech.com/&#34;&gt;French Tech&lt;/a&gt; qu&amp;rsquo;il va falloir se tourner. Et cela tombe plutôt bien, puisque Mounir Mahjoubi, le directeur de la campagne numérique d&amp;rsquo;Emmanuel Macron et sans doute futur député, en faisait la promotion &lt;a href=&#34;https://www.franceinter.fr/emissions/l-invite-de-8h20/l-invite-de-8h20-11-mai-2017&#34;&gt;le 11 mai 2017 sur France Inter&lt;/a&gt;&lt;sup id=&#34;fnref:4&#34;&gt;&lt;a href=&#34;#fn:4&#34; class=&#34;footnote-ref&#34; role=&#34;doc-noteref&#34;&gt;4&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;, tout en plaidant pour que les « français créent une culture de la sécurité en ligne ».&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut donc bien comprendre que, bien que les individus aient tout intérêt à chiffrer leurs communications au moins depuis l&amp;rsquo;Affaire Snowden, l&amp;rsquo;objectif est de les encourager :&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;pour asseoir notre autonomie numérique nationale et moins prêter le flanc aux risques sécuritaires,&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;dans le cadre de solutions de chiffrement backdorisées,&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;en poussant des start-up et autres entreprises de la French Tech à proposer qui des logiciels de chiffrement qui des messageries chiffrées de bout en bout, conformes aux normes mentionnées par E. Macron et dont la coopération franco-allemande dressera les premiers étalons.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Dans ce domaine, il va de soi que les solutions de chiffrement en cours aujourd&amp;rsquo;hui et basées sur des logiciels libres n&amp;rsquo;auront certainement plus aucun doit de cité. En effet, il est contradictoire de proposer un logiciel libre doté d&amp;rsquo;une &lt;em&gt;backdoor&lt;/em&gt; : il serait aussitôt modifié pour supprimer cette dernière. Et, d&amp;rsquo;un autre côté, si des normes viennent à être établies, elles seront décidées à l&amp;rsquo;exclusion de toute tentative de normalisation basée sur des chiffrements libres existants comme PGP, GNUPG…&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&#34;si-nous-résumons&#34;&gt;Si nous résumons&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il suffit de rassembler les idées :&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;tout est en place aujourd&amp;rsquo;hui pour pousser une limitation de nos libertés numériques sous le recours fallacieux d&amp;rsquo;un encouragement au chiffrement mais doté de solutions obligatoires de portes dérobées,&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;l&amp;rsquo;État assurerait ainsi son pouvoir de contrôle total en privant les individus de tout droit au secret absolu (ou quasi-absolu, parce qu&amp;rsquo;un bon chiffrement leur est aujourd&amp;rsquo;hui accessible),&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;les solutions libres pourraient devenir interdites, ce qui annonce alors la fin de plus de vingt années de lutte pour que des solutions comme PGP puissent exister, quitte à imposer aux entreprises d&amp;rsquo;utiliser des nouvelles « normes » décidées de manière plus ou moins unilatérales par la France et l&amp;rsquo;Allemagne,&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;cette stratégie, bien que profondément inutile au regard de la lutte contre le terrorisme et la sécurité des citoyens, sert les intérêts de certaines entreprises du numérique qui trouvent dans la politique de E. Macron une ouverture que le gouvernement précédent refusait de leur servir sur un plateau en tardant à développer davantage ce secteur.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Je me suis souvent exprimé à ce propos : pour moi, le chiffrement des communications des individus grâce au logiciel libre est une garantie de la liberté d&amp;rsquo;expression et du secret des correspondances. Aucun État ne devrait interdire ou dégrader de telles solutions technologiques à ses citoyens. Ce qui distingue un État civilisé et démocratique d&amp;rsquo;une dictature, c&amp;rsquo;est justement cette possibilité que les capacités de renseignement de l&amp;rsquo;État puissent non seulement être régulées de manière démocratique, mais aussi que le chiffrement, en tant qu&amp;rsquo;application des lois mathématiques, puisse être accessible à tous, sans discrimination et rendre possible l&amp;rsquo;exercice du secret par les citoyens. Problème : aujourd&amp;rsquo;hui, le chiffrement libre est remis en cause par la stratégie gouvernementale.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#34;footnotes&#34; role=&#34;doc-endnotes&#34;&gt;
&lt;hr&gt;
&lt;ol&gt;
&lt;li id=&#34;fn:1&#34;&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#34;https://web.archive.org/save/http://www.liberation.fr/france/2016/08/02/controler-le-chiffrement-un-calcul-difficile-pour-le-gouvernement_1469978&#34;&gt;Page archivée&lt;/a&gt;.&amp;#160;&lt;a href=&#34;#fnref:1&#34; class=&#34;footnote-backref&#34; role=&#34;doc-backlink&#34;&gt;&amp;#x21a9;&amp;#xfe0e;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id=&#34;fn:2&#34;&gt;
&lt;p&gt;Voir aussi sur le &lt;a href=&#34;http://www.politico.eu/wp-content/uploads/2017/02/2017-02-17-De%CC%81claration-FR-DE-II_Officielle.pdf&#34;&gt;site du Ministère de l&amp;rsquo;Intérieur&lt;/a&gt;.&amp;#160;&lt;a href=&#34;#fnref:2&#34; class=&#34;footnote-backref&#34; role=&#34;doc-backlink&#34;&gt;&amp;#x21a9;&amp;#xfe0e;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id=&#34;fn:3&#34;&gt;
&lt;p&gt;Page &lt;a href=&#34;https://web.archive.org/web/20170514140055/https://www.euractiv.com/section/digital/interview/ansip-i-am-strongly-against-any-backdoor-to-encrypted-systems/&#34;&gt;archivée&lt;/a&gt;.&amp;#160;&lt;a href=&#34;#fnref:3&#34; class=&#34;footnote-backref&#34; role=&#34;doc-backlink&#34;&gt;&amp;#x21a9;&amp;#xfe0e;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id=&#34;fn:4&#34;&gt;
&lt;p&gt;Page &lt;a href=&#34;https://web.archive.org/web/20190320154416/https://www.franceinter.fr/emissions/l-invite-de-8h20/l-invite-de-8h20-11-mai-2017&#34;&gt;archivée&lt;/a&gt;.&amp;#160;&lt;a href=&#34;#fnref:4&#34; class=&#34;footnote-backref&#34; role=&#34;doc-backlink&#34;&gt;&amp;#x21a9;&amp;#xfe0e;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;/ol&gt;
&lt;/div&gt;
</description>
    </item>
    
    <item>
      <title>Parution de Libertés numériques</title>
      <link>https://golb.statium.link/post/20170402parutionguidelibertesnumeriques/</link>
      <pubDate>Sun, 02 Apr 2017 00:00:00 +0000</pubDate>
      <author>situveuxmonadresse@demande-la.moi (Christophe Masutti)</author>
      <guid>https://golb.statium.link/post/20170402parutionguidelibertesnumeriques/</guid>
      <description>&lt;p&gt;Et voici le guide &lt;em&gt;Libertés numériques. Guide des bonnes pratiques à l&amp;rsquo;usage des DuMo&lt;/em&gt; (coll. Framabook, version août 2017). Un inventaire des bonnes pratiques numériques à la portée de tous. Un ouvrage dans &lt;a href=&#34;https://framabook.org/libertes-numeriques/&#34;&gt;collection Framabook&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous utilisons nos terminaux, nos ordinateurs, nos téléphones portables comme nous l’avons appris, ou pas. Pourtant, pour bien des gens, ces machines restent des boîtes noires. C’est le cas des Dupuis-Morizeau, une famille imaginaire que nous citons souvent à Framasoft. Elle correspond, je crois, assez bien à une réalité : des personnes qui utilisent les réseaux et les outils numériques, souvent même avec une certaine efficacité, mais qui ne sont pas autonomes, dépendent des services des grands silos numériques du web, et sont démunis face à tout ce contexte anxiogène de la surveillance, des verrous numériques, des usages irrespectueux des données personnelles… C’est à eux que s’adresse cet ouvrage, dans l’intention à la fois de dresser un petit inventaire de pratiques numériques mais aussi d’expliquer les bonnes raisons de les mettre en œuvre, en particulier en utilisant des logiciels libres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour une autre présentation de cet ouvrage, vous pouvez lire l&amp;rsquo;interview &lt;a href=&#34;https://framablog.org/2017/03/23/internet-pour-les-quarks/&#34;&gt;paru sur le Framablog&lt;/a&gt; où j&amp;rsquo;explique les tenants et aboutissants de ce projet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques liens :&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;pour télécharger le guide &lt;a href=&#34;https://framabook.org/libertes-numeriques/&#34;&gt;Libertés numériques sur Framabook&lt;/a&gt;,&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;acheter &lt;a href=&#34;http://www.lulu.com/shop/product-23097192.html&#34;&gt;la version papier chez Lulu&lt;/a&gt;,&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;lire &lt;a href=&#34;https://docs.framasoft.org/fr/manueldumo/index.html&#34;&gt;le guide en ligne&lt;/a&gt;,&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;participer à son amélioration &lt;a href=&#34;https://framagit.org/Framatophe/manueldumo&#34;&gt;sur son dépôt Git&lt;/a&gt;.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Grands utilisateurs d’outils et de services numériques, les Dupuis-Morizeau (DuMo) sont pourtant entourés de boîtes noires. Installer, configurer, sauvegarder, envoyer, souscrire, télécharger… autant d’actions que, comme les DuMo, nous ne maîtrisons pas toujours dans un environnement dont nous sommes au mieux les acteurs passifs, au pire les prisonniers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec des exemples concrets, ce manuel accompagne l’utilisateur au quotidien. Il montre comment l’utilisation de logiciels libres est l’une des clés d’une informatique domestique maîtrisée. Quels logiciels choisir et pourquoi ? quelle confiance accorder aux services en réseau ? qu’est-ce que la confidentialité dans les communications ? Autant de sujets vulgarisés permettront au lecteur de faire bon usage de ses libertés numériques.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
</description>
    </item>
    
    <item>
      <title>Du software au soft power</title>
      <link>https://golb.statium.link/post/20161116dusoftwareausoftpower/</link>
      <pubDate>Wed, 16 Nov 2016 00:00:00 +0000</pubDate>
      <author>situveuxmonadresse@demande-la.moi (Christophe Masutti)</author>
      <guid>https://golb.statium.link/post/20161116dusoftwareausoftpower/</guid>
      <description>&lt;p&gt;J&amp;rsquo;ai eu l&amp;rsquo;occasion de participer au livre dirigé par T. Nitot, &lt;em&gt;Numérique : reprendre le contrôle&lt;/em&gt; (éd. &lt;a href=&#34;http://framabook.org/numerique-reprendre-le-controle/&#34;&gt;Framabook&lt;/a&gt;), paru à l&amp;rsquo;occasion du Paris Open Source Summit 2016. J&amp;rsquo;interviens sur le sujet de l&amp;rsquo;autonomie numérique et les discours associés à cette problématique, aux côtés du grand Alain Damasio, qui nous a gratifié d&amp;rsquo;un texte magnifique. Je retranscris ici l&amp;rsquo;interview qui me concerne (pp. 99-107).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#34;https://golb.statium.link/images/NRC_couv1ere-207x300.png&#34;&gt;Couverture. Numérique : reprendre le contrôle (Framasoft/Framabook, nov. 2016)&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;— Comment décrire les problèmes politiques posés par la concentration des données ? Peut-on y remédier en promouvant la souveraineté et l&amp;rsquo;autonomie numérique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— La question est très large et appelle un développement. En fait, j&amp;rsquo;ai toujours eu un peu de mal avec ces trois notions qu&amp;rsquo;il faut définir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La concentration des données, en soi, n&amp;rsquo;est qu&amp;rsquo;un moyen pour obtenir un résultat. C&amp;rsquo;est l&amp;rsquo;utilité de ce dernier, c&amp;rsquo;est-à-dire l&amp;rsquo;intention qu&amp;rsquo;il faut questionner. Concentrer, cela revient à collecter et rassembler des informations en un seul point. Ce n&amp;rsquo;est pas une pratique condamnable. L&amp;rsquo;Insee, pour prendre un exemple connu, a toujours pratiqué ce type de collecte à des fins d&amp;rsquo;analyse et je pense qu&amp;rsquo;on ne saurait remettre en question les avantages cognitifs et pratiques des données de l&amp;rsquo;Insee.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le contexte qui nous occupe, nous parlons de &lt;em&gt;big data&lt;/em&gt;. C&amp;rsquo;est un niveau bien supérieur à ce que pratique l&amp;rsquo;Insee depuis l&amp;rsquo;après-guerre, même avec des moyens de plus en plus modernes. Les &lt;em&gt;big data&lt;/em&gt; proviennent de plusieurs sources et celles produites par des institutions privées ou publiques à des fins statistiques (des &lt;em&gt;hard datas&lt;/em&gt;) n&amp;rsquo;en constituent qu&amp;rsquo;une petite partie&lt;sup id=&#34;fnref:1&#34;&gt;&lt;a href=&#34;#fn:1&#34; class=&#34;footnote-ref&#34; role=&#34;doc-noteref&#34;&gt;1&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;. La partie la plus spectaculaire des données que rassemblent des grandes multinationales provient en
réalité de nous-mêmes, il s&amp;rsquo;agit des &lt;em&gt;soft datas&lt;/em&gt; que nous laissons plus ou moins volontairement en fonction de nos comportements de consommateurs de biens et services, gratuits ou non : entrées de requêtes dans des moteurs de recherche, flux de données de géolocalisation en temps réel, comptage de clics, mesure de l&amp;rsquo;attention informationnelle, etc. Moins connues sont les &lt;em&gt;métadonnées&lt;/em&gt;, c&amp;rsquo;est-à-dire la provenance des données, les durées, les mesures de trafic, les vitesses de connexion, les traces et historiques de géolocalisation, etc. Bref un ensemble d&amp;rsquo;informations que nous pensons souvent inutiles du point de vue individuel, négligeables du point de vue de la taille, mais qui, en grandes quantités, traduisent avec une exactitude impressionnante l&amp;rsquo;ensemble de nos comportements. Ces données sont multipliées du point de vue sémantique dans tout ce qui concerne l&amp;rsquo;Internet des objets, le &lt;em&gt;quantified self&lt;/em&gt; et toutes les pratiques qui lient des services et des conditions d&amp;rsquo;exercice de ces services (je profite d&amp;rsquo;un bien à condition de donner en retour des informations très personnelles sur moi).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces informations pourraient être rassemblées et traitées par une multitude d&amp;rsquo;entreprises qui, chacune, utiliserait ces informations pour améliorer les biens et services en question en passant des contrats clairs avec les utilisateurs. Un peu comme le contrat que je passe avec ma banque qui connaît énormément de choses sur mon comportement de consommateur. Il y aurait donc un contrat entre l&amp;rsquo;utilisateur et la firme : je te confie mes données et tu me fournis un service (si
possible plus performant). Or, aujourd&amp;rsquo;hui, non seulement le contrat est la plupart du temps fallacieux mais en plus le nombre de firmes est finalement très faible. Pour ne prendre que l&amp;rsquo;exemple d&amp;rsquo;&lt;a href=&#34;https://fr.wikipedia.org/wiki/Alphabet_(entreprise)&#34;&gt;Alphabet Inc.&lt;/a&gt;, ce conglomérat regroupe plusieurs entreprises, &lt;em&gt;think tank&lt;/em&gt; et sous-traitants aux secteurs d&amp;rsquo;activités très différents et qui pourtant traitent tous de manière plus ou moins directe des données des individus
utilisateurs des services, en particulier ceux de Google, dans une logique de monopole (publicitaire, en particulier).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Là où la concentration des données pose problème, c&amp;rsquo;est à la fois dans leur quantité et dans les secteurs où elles deviennent des facteurs permettant de profiler non plus les individus, mais la société en entier tant les secteurs d&amp;rsquo;activité concernés recomposent le social (dans le cas d&amp;rsquo;Alphabet Inc. : biotechnologie, médecine, jeux, communications en tout genre, économie, bourse, automobile, urbanisation, robotique, cartographie et espaces, biens culturels et même corruption). Ainsi le problème politique de la concentration des données, c&amp;rsquo;est justement l&amp;rsquo;idéologie dont les solutions technologiques de ces multinationales sont devenues les supports. Et cette idéologie, c&amp;rsquo;est en premier lieu celle de la substitution de l&amp;rsquo;État par des services, et en second lieu l&amp;rsquo;absence de toute forme de contrat de confiance. Par exemple, il n&amp;rsquo;y a plus besoin de confiance entre individus si nous faisons reposer uniquement la fiabilité de nos informations sur des algorithmes faisant foi/loi. Je ne dis pas que, par exemple, l&amp;rsquo;utilisation de services sécurisés par SSL est un problème, je dis que la tendance à vouloir remplacer notre espace de confiance entre citoyens par des solutions technologiques cause immanquablement une révision de la nature de nos relations sociales. Il en va ainsi de tous les contrat dits &lt;em&gt;clauses de confidentialité&lt;/em&gt; et &lt;em&gt;clauses d&amp;rsquo;utilisation&lt;/em&gt; que nous passons avec toutes sortes de services numériques, comme Facebook, et qui font régulièrement l&amp;rsquo;objet de questionnements quant à leur éthique : l&amp;rsquo;éthique est justement ce qui n&amp;rsquo;a plus à être pris en compte dès lors que l&amp;rsquo;on considère que la contrepartie de l&amp;rsquo;utilisation d&amp;rsquo;un service est l&amp;rsquo;abandon même de la confiance. Je donne toutes mes informations personnelles et mon intimité à une firme : qu&amp;rsquo;a-t-elle besoin d&amp;rsquo;attendre mon accord individuel si son objectif n&amp;rsquo;est pas de me profiler, moi, mais tout le monde, pour une « meilleure société » ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partant de ce constat, ce qu&amp;rsquo;on appelle « souveraineté numérique » correspond à l&amp;rsquo;idée qu&amp;rsquo;à l&amp;rsquo;échelle d&amp;rsquo;un pays, d&amp;rsquo;un État, il puisse exister suffisamment de ressources pour que les usages de services numériques puissent y être circonscrits au moins en droit, au mieux que les supports technologiques des services soient intégrés dans l&amp;rsquo;espace de confiance d&amp;rsquo;un État. À l&amp;rsquo;heure de la mondialisation des échanges boursiers et des firmes, cette vision est bien entendu celle d&amp;rsquo;une chimère. L&amp;rsquo;autonomie numérique ne peut donc être que celle des utilisateurs eux-mêmes. En refusant les contrats iniques, la diffusion et la concentration de leurs données, les citoyens peuvent chercher des solutions capables de créer des chaînes de confiance auxquelles ils peuvent participer en partageant les ressources, en coopérant à leur création ou tout simplement en utilisateurs éclairés.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette autonomie, aujourd&amp;rsquo;hui ne peut plus être garantie par l&amp;rsquo;un ou l&amp;rsquo;autre État. Depuis les révélations d&amp;rsquo;E. Snowden, celles de Wikileaks, l&amp;rsquo;édiction de diverses lois scélérates de surveillance généralisée et autres procès discutables, les gouvernements ont fait la preuve qu&amp;rsquo;il est devenu impossible qu&amp;rsquo;ils puissent créer une sphère de confiance suffisamment crédible pour que des citoyens puissent considérer que leurs données (leurs informations personnelles) y soient protégées. La
seule solution repose sur un postulat : il doit être primordial pour un peuple de pouvoir disposer de solutions technologiques capables de garantir physiquement (mathématiquement) le secret et l&amp;rsquo;anonymat des citoyens, à n&amp;rsquo;importe quel prix, et reposant sur des solutions libres/open source. Nous avons atteint les limites du contrat social : avec des firmes comme les GAFAM, l&amp;rsquo;État n&amp;rsquo;est plus capable d&amp;rsquo;assurer la sécurité numérique des citoyens, c&amp;rsquo;est à eux de construire leur
autonomie en la matière.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;— Le capitalisme de surveillance, sur lequel vous avez écrit une longue analyse, est-il un obstacle à la souveraineté numérique des individus ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Ramené au rang de paradigme, le modèle de l&amp;rsquo;économie de cette première tranche du XXI&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle, pas seulement celle des services numériques, repose sur la captation des données et leurs valeurs prédictives. L&amp;rsquo;économie libérale, celle que l&amp;rsquo;on trouve dans les livres aux origines du capitalisme moderne, composait avec l&amp;rsquo;idée d&amp;rsquo;une égalité entre les acteurs économiques et celle d&amp;rsquo;un équilibre général où tout échange trouve sa fin dans la satisfaction de chacun. Dans un article paru en 2015, intitulé « Big other : surveillance capitalism and the prospects of an information civilization », la chercheuse Shoshana Zuboff&lt;sup id=&#34;fnref:2&#34;&gt;&lt;a href=&#34;#fn:2&#34; class=&#34;footnote-ref&#34; role=&#34;doc-noteref&#34;&gt;2&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt; montre que la logique d&amp;rsquo;accumulation des données, l&amp;rsquo;automatisation de leur traitement et leur analyse en autant d&amp;rsquo;inférences et de prédictions, faussent la logique de l&amp;rsquo;équilibre général. Pour cela les firmes mettent en œuvre des pratiques d&amp;rsquo;extraction de données qui annihilent toute réciprocité du contrat avec
les utilisateurs, jusqu&amp;rsquo;à créer un marché de la quotidienneté (nos données les plus intimes et à la fois les plus sociales). Ce sont nos comportements, notre expérience quotidienne, qui deviennent l&amp;rsquo;objet du marché et qui conditionne même la production des biens industriels (dont la vente dépend de nos comportements de consommateurs). Mieux : ce marché n&amp;rsquo;est plus soumis aux contraintes du hasard, du risque ou de l&amp;rsquo;imprédictibilité, comme le pensaient les chantres du libéralisme du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle : il est devenu malléable parce que ce sont nos comportements qui font l&amp;rsquo;objet d&amp;rsquo;une prédictibilité d&amp;rsquo;autant plus exacte que les &lt;em&gt;big data&lt;/em&gt; puissent être analysées avec des méthodes de plus en plus fiables et à grande échelle. Selon S. Zuboff, cette nouvelle forme de capitalisme est nommée « capitalisme de surveillance ».&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste l&amp;rsquo;explication du titre de l&amp;rsquo;article : « Big Other ». Dans son roman, G. Orwell nommait un état de surveillance tout puissant &lt;em&gt;Big Brother&lt;/em&gt;. Pour S. Zuboff, les firmes aujourd&amp;rsquo;hui capables d&amp;rsquo;une surveillance / conformation du marché à l&amp;rsquo;échelle mondiale, n&amp;rsquo;ont pas pour objectif de remplacer l&amp;rsquo;État comme on le ferait avec un &lt;em&gt;coup d&amp;rsquo;État&lt;/em&gt;. C&amp;rsquo;est un &lt;em&gt;coup des gens&lt;/em&gt; qu&amp;rsquo;oppose S. Zuboff à cette idée, c&amp;rsquo;est-à-dire que c&amp;rsquo;est dans le marché, c&amp;rsquo;est-à-dire dans et par la société et notre soumission volontaire à la logique de l&amp;rsquo;accumulation de données, que naît cette altérité supérieure de l&amp;rsquo;économie de la surveillance, remplaçant l&amp;rsquo;idéal d&amp;rsquo;une démocratie libérale, un &lt;em&gt;Big Other&lt;/em&gt; dont l&amp;rsquo;une des personnifications est Google (dans le texte de S. Zuboff). On pourrait dire aujourd&amp;rsquo;hui l&amp;rsquo;ensemble des GAFAM, Alphabet et compagnie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;— Les GAFAM ont aujourd&amp;rsquo;hui le quasi-monopole du stockage et de la gestion de nos données : quelles sont les implications politiques de la concentration des données dans les silos de quelques grands acteurs ? Je pense notamment à Apple qui refuse certaines applications jugées trop politiques dans l&amp;rsquo;App Store, ou à Facebook qui prend le rôle d&amp;rsquo;un service public avec son Safety Check).&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;— Il y a encore peu de temps, le problème que pouvait soulever la concentration des données, c&amp;rsquo;était celui de la remise en question de la sphère privée. C&amp;rsquo;est toujours le cas, mais nous assistions à un changement social en pensant seulement que nous avions encore le choix entre accepter ou non les contrats d&amp;rsquo;utilisation des services numériques des grandes firmes. Nous n&amp;rsquo;avions peur que de &lt;em&gt;Big Brother&lt;/em&gt;. Or, nous n&amp;rsquo;en sommes plus là. Comme S. Zuboff le montre, le développement des
méthodes d&amp;rsquo;analyse des &lt;em&gt;big data&lt;/em&gt; est en progression constante, si bien que, dans les mains de firmes gigantesques avec autant de domaines d&amp;rsquo;application, nous avons besoin d&amp;rsquo;appréhender ce bouleversement avec des outils qui dépassent le seul stade de l&amp;rsquo;analyse de risque individuel ou collectif de la diffusion des données personnelles. Dans l&amp;rsquo;histoire économique mondiale, les firmes n&amp;rsquo;ont jamais été autant en mesure de modeler le marché à volonté grâce à la puissance de l&amp;rsquo;analyse des données à grande échelle. Non seulement les données sont déjà diffusées et utilisées, mais elles sont aussi extraites et accumulées sans aucune
réaction de l&amp;rsquo;ordre de la décision publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C&amp;rsquo;est en cela que l&amp;rsquo;État échoue à protéger ses citoyens, et dans cette faille du contrat social les solutions de facilité s&amp;rsquo;engouffrent : encore récemment notre ministre français B. Cazeneuve surenchérissait dans la lutte anti-terroriste en appelant à une &lt;a href=&#34;http://www.numerama.com/politique/190581-cazeneuve-en-croisade-contre-le-chiffrement-rappele-a-lordre-par-la-cnil-et-le-cnnum.html&#34;&gt;limitation drastique des messageries chiffrées à l&amp;rsquo;échelle
internationale&lt;/a&gt;&lt;sup id=&#34;fnref:3&#34;&gt;&lt;a href=&#34;#fn:3&#34; class=&#34;footnote-ref&#34; role=&#34;doc-noteref&#34;&gt;3&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt;,
provoquant ainsi la &lt;a href=&#34;http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/08/22/en-nous-attaquant-au-chiffrement-contre-le-terrorisme-on-se-trompe-de-cible_4986277_3232.html&#34;&gt;colère des spécialistes&lt;/a&gt;&lt;sup id=&#34;fnref:4&#34;&gt;&lt;a href=&#34;#fn:4&#34; class=&#34;footnote-ref&#34; role=&#34;doc-noteref&#34;&gt;4&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt; qui rappellent l&amp;rsquo;utilité économique et sécuritaire du chiffrement dans tout système d&amp;rsquo;information. Pour que des décideurs publics soient à ce point pro-actifs dans le passage de marché avec les GAFAM (comme c&amp;rsquo;est le cas dans l&amp;rsquo;Éducation Nationale française) ou soient prêts à ce que
nos communications transitent en clair à travers les services des mêmes GAFAM, c&amp;rsquo;est bien parce que l&amp;rsquo;établissement des firmes sur le marché est vécu comme un état de fait, immuable. Tout est fait pour qu&amp;rsquo;Internet ne soit plus qu&amp;rsquo;un marché avec quelques services identifiés et non plus un réseau ouvert, partagé et diversifié. La réduction de l&amp;rsquo;offre de services sur Internet est conçu par les décideurs publics comme un outil visant à faciliter la surveillance et justifier le manque de maîtrise des outils numériques dans la plupart des secteurs des services publics. De leur côté, les firmes jouent un double rôle : collaborer politiquement et asseoir toujours davantage leurs situations de monopoles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;— Comment sensibiliser le grand public à ces implications politiques ? Quel type de discours construire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En France, s&amp;rsquo;adresser au public ne peut se faire que de manière directe mais avec certains principes. Une méthode directe c&amp;rsquo;est-à-dire sans passer par un filtre institutionnel. Et pour cause : par les réformes successives de l&amp;rsquo;Éducation Nationale, l&amp;rsquo;État a échoué à former ses citoyens à l&amp;rsquo;autonomie numérique. Cela aurait pu fonctionner au milieu des années 1980, à la « grande époque » du &lt;a href=&#34;https://fr.wikipedia.org/wiki/Plan_informatique_pour_tous&#34;&gt;Plan Informatique Pour Tous&lt;/a&gt; qui
mettait l&amp;rsquo;accent sur la formation à la programmation. Aujourd&amp;rsquo;hui malgré de nombreux efforts, seule une petite partie des lycéens peuvent avoir accès à un véritable enseignement à la programmation informatique &lt;a href=&#34;https://www.inria.fr/actualite/actualites-inria/informatique-au-lycee&#34;&gt;depuis 2013&lt;/a&gt; tandis que la majorité n&amp;rsquo;auront d&amp;rsquo;autre choix que de pianoter laborieusement sur des outils Microsoft. Dans un contexte académique, former les jeunes à des concepts aussi complexes que les protocoles du réseau Internet, à un peu de langage de programmation, aux enjeux du profilage, de la confidentialité des systèmes d&amp;rsquo;information et surtout au droit et au cadre de la liberté d&amp;rsquo;expression, cela revient à marcher sur des œufs avec un éléphant sur le dos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les principes de la sensibilisation au grand public doivent être beaucoup plus simples : diffuser et démontrer que l&amp;rsquo;offre en logiciel libre est fiable, montrer que cette fiabilité repose à la fois sur la qualité des programmes et sur une chaîne de confiance entre l&amp;rsquo;hébergeur, le concepteur, l&amp;rsquo;utilisateur et même le fabricant des machines sur lesquelles on travaille. On ne touche pas les gens avec un discours mais en faisant une démonstration : montrer que des alternatives ne se contentent pas d&amp;rsquo;exister mais qu&amp;rsquo;elles respectent leurs utilisateurs sur la base du partage d&amp;rsquo;information, de connaissance et de code. C&amp;rsquo;est l&amp;rsquo;objectif de la campagne &lt;a href=&#34;https://degooglisons-internet.org/&#34;&gt;Degooglisons Internet&lt;/a&gt; de Framasoft, mais c&amp;rsquo;est bien davantage : pour faire cela, il faut des relais de proximité et ces relais constituent tout le tissu de l&amp;rsquo;économie sociale et solidaire (ESS), y compris des petites entreprises, qui permettront de relayer le modèle sur un mode d&amp;rsquo;éducation populaire^&lt;a href=&#34;#fn-347-educpopwikiped&#34;&gt;5&lt;/a&gt;^. Si longtemps, nous avons naïvement cru que la lutte contre un Internet déloyal devait se faire par le haut, enfermés que nous étions dans une tour d&amp;rsquo;ivoire digne des Cathares les plus radicaux, l&amp;rsquo;heure est venue de mobiliser les foules par un mouvement de fond. Pour répondre au capitalisme de surveillance qui modèle le marché, il faut fausser le marché.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;— À quoi ressemblerait un monde ou le libre aurait échoué ? Où les GAFAM auraient gagné ? Ou les silos continueraient de grossir ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sommes-nous réellement dans cette dualité ? Je pense que le Libre (et tout ce qui en découle, c&amp;rsquo;est-à-dire au-delà de l&amp;rsquo;informatique) est une réaction à un monde où le partage n&amp;rsquo;existe pas. L&amp;rsquo;histoire du logiciel libre le montre bien : c&amp;rsquo;est en réaction à l&amp;rsquo;idée que le non-partage est source quasi-exclusive de profit que le logiciel libre s&amp;rsquo;est formalisé en droit, par une licence et un contrat de confiance. Ces principes ne peuvent pas échouer, tout au plus ils peuvent être muselés, voire condamnés, tyrannisés. Mais l&amp;rsquo;essence de l&amp;rsquo;homme, c&amp;rsquo;est le partage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons beaucoup plus à craindre d&amp;rsquo;un accroissement des monopoles et du jeu des brevets, parce qu&amp;rsquo;en monopolisant les systèmes d&amp;rsquo;information planétaires, ce ne seront plus les hommes d&amp;rsquo;un pays particulièrement enclin à la dictature qui seront muselés, mais tous les hommes et femmes de tous les pays. Les monopoles, parce qu&amp;rsquo;ils composent avec les politiques, ne peuvent que limiter l&amp;rsquo;exercice de la liberté d&amp;rsquo;expression. En d&amp;rsquo;autres termes, l&amp;rsquo;erreur que nous avons tous commise dans les années 1990, lors des bulles Internet, ce fut de croire que nous pouvions communiquer à l&amp;rsquo;échelle mondiale en profitant d&amp;rsquo;une libéralisation des réseaux. Le jeu des monopoles fausse complètement cette utopie. Les GAFAM ont déjà gagné une partie, celle qui a débouché sur l&amp;rsquo;impuissance publique (quelle firme des GAFAM, totalisant des milliards de capitalisation boursière, serait censée avoir peur de quelques millions d&amp;rsquo;euros d&amp;rsquo;amende de la part de la Commission Européenne ?, soyons sérieux^&lt;a href=&#34;#fn-347-serieux&#34;&gt;6&lt;/a&gt;^). Si nous échouons à faire du Libre le support de nos libertés informatiques, numériques, culturelles… il nous faudra réinventer un Internet différent, hors contrôle, hors confiance, résolument anarchique. Ce n&amp;rsquo;est pas non plus une solution qu&amp;rsquo;il faut viser, mais ce serait la seule alternative.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#34;footnotes&#34; role=&#34;doc-endnotes&#34;&gt;
&lt;hr&gt;
&lt;ol&gt;
&lt;li id=&#34;fn:1&#34;&gt;
&lt;p&gt;Voir sur une typologie des données dans l’acception &lt;em&gt;Big Data&lt;/em&gt;, le rapport d&amp;rsquo;Antoinette Rouvroy, &lt;em&gt;Des données et des hommes. Droits et libertés fondamentaux dans un monde de données massives&lt;/em&gt;, Bureau du comité consultatif de la convention pour la protection des personnes à l’égard du traitement automatisé des données à caractère personnel, Conseil de l’Europe, janvier 2016.&amp;#160;&lt;a href=&#34;#fnref:1&#34; class=&#34;footnote-backref&#34; role=&#34;doc-backlink&#34;&gt;&amp;#x21a9;&amp;#xfe0e;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id=&#34;fn:2&#34;&gt;
&lt;p&gt;Shoshana Zuboff, « Big other : surveillance capitalism and the prospects of an information civilization », &lt;em&gt;Journal of Information Technology&lt;/em&gt;, 30, 2015, pp. 75-89.&amp;#160;&lt;a href=&#34;#fnref:2&#34; class=&#34;footnote-backref&#34; role=&#34;doc-backlink&#34;&gt;&amp;#x21a9;&amp;#xfe0e;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id=&#34;fn:3&#34;&gt;
&lt;p&gt;Voir cet article de Julien Lausson, « Cazeneuve en croisade contre le chiffrement, rappelé à l’ordre par la Cnil et le Cnnum », &lt;em&gt;Numerama.com&lt;/em&gt;, 23/08/2016.&amp;#160;&lt;a href=&#34;#fnref:3&#34; class=&#34;footnote-backref&#34; role=&#34;doc-backlink&#34;&gt;&amp;#x21a9;&amp;#xfe0e;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;li id=&#34;fn:4&#34;&gt;
&lt;p&gt;Voir cette tribune signée par Isabelle Falque-Pierrotin, MounirMahjoubi et Gilles Babinet, « En s’attaquant au chiffrement contre le terrorisme, on se trompe de cible » journal &lt;em&gt;Le Monde&lt;/em&gt;, 22/08/2016.&amp;#160;&lt;a href=&#34;#fnref:4&#34; class=&#34;footnote-backref&#34; role=&#34;doc-backlink&#34;&gt;&amp;#x21a9;&amp;#xfe0e;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;/ol&gt;
&lt;/div&gt;
</description>
    </item>
    
    <item>
      <title>Surveillance://, par T. Nitot</title>
      <link>https://golb.statium.link/post/20161107surveillancenitot/</link>
      <pubDate>Mon, 07 Nov 2016 00:00:00 +0000</pubDate>
      <author>situveuxmonadresse@demande-la.moi (Christophe Masutti)</author>
      <guid>https://golb.statium.link/post/20161107surveillancenitot/</guid>
      <description>&lt;p&gt;Un récent essai de Tristan Nitot est intitulé &lt;em&gt;Surveillance://. Les libertés au défi du numérique : comprendre et agir&lt;/em&gt;. Un livre pertinent, qui atteint ses objectifs. On ne cherchera donc que la petite bête sur quelques détails du point de vue du fond et de la méthode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;img src=&#34;https://golb.statium.link/images/couverture_surveillance_tnitot-203x300.png&#34; alt=&#34;Surveillance://. Les libertés au défi du numérique : comprendre et agir. C&amp;amp;F éditions (2016). Couverture&#34;&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;em&gt;Surveillance://&lt;/em&gt; de Tristan Nitot est un ouvrage contextuel. Il appartient à une désormais assez longue tradition d&amp;rsquo;essais « tout public » sur le fichage des populations, la protection de la vie privée, et la défense des libertés individuelles à l&amp;rsquo;ère du tout-numérique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut citer pour mémoire en 1994 l&amp;rsquo;enquête de C-M. Vadrot et L. Gouverne, &lt;em&gt;Tous fichés&lt;/em&gt; (1994) qui alertait sur l&amp;rsquo;usage des mémoires embarquées (en particulier les cartes à puces). Plus récemment, &lt;em&gt;L&amp;rsquo;homme nu. La dictature invisible du numérique&lt;/em&gt; par M. Dugain et C. Labbé (2016) se livrait au déballage angoissant des hauts faits de la surveillance de masse à l&amp;rsquo;ère post-Snowden.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&amp;rsquo;ouvrage &lt;em&gt;Surveillance://&lt;/em&gt; se démarque néanmoins par son projet pédagogique qui cherche à la fois à expliquer les concepts-clé des mécanismes de contrôle et les solutions pratiques pour s&amp;rsquo;en prémunir. Si bien que l&amp;rsquo;ouvrage se place aussi dans une autre tradition, celle qui met en perspective les risques informatiques.  Il faut alors remonter plus loin dans le temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Déjà en juillet 1970, lors du Colloque de Cerisy-La-Salle « &lt;a href=&#34;http://www.ccic-cerisy.asso.fr/informatiqueTM72.html&#34;&gt;L&amp;rsquo;homme devant l&amp;rsquo;informatique&lt;/a&gt; », on s&amp;rsquo;interrogeait sur les nouvelles formes de pouvoir qu&amp;rsquo;apporterait l&amp;rsquo;informatique dans les processus de prise de décision publique. Un basculement a néanmoins eu lieu dans cette tradition réflexive. Alors que la Révolution Informatique questionnait le rapport que nous avons avec nos données &lt;em&gt;informatisées&lt;/em&gt;, les années 1990 ont vu se modeler différents pouvoirs par l&amp;rsquo;utilisation des données personnelles ou collectives. Le rapport entre pouvoir et collection de données se questionnait surtout selon le prisme de la notion de contrôle (institutionnel), et s&amp;rsquo;envisageait essentiellement du point de vue des libertés individuelles. Les années 2000 et la consolidation des grands monopoles du web (les GAFAM) et la pléthore de services permettant de collecter des quantités inédites de données à l&amp;rsquo;échelle mondiale, ont amené une nouvelle forme de questionnement sous l&amp;rsquo;angle, cette fois, de la surveillance. La surveillance comme fin, et non comme moyen : si la collecte et l&amp;rsquo;analyse de données est un moyen pour prendre des décisions économiques (ciblage marketing), la surveillance est une activité qui cherche à se rendre socialement acceptable et conforme les comportements, jusqu&amp;rsquo;à modeler le marché (j&amp;rsquo;ai eu l&amp;rsquo;occasion d&amp;rsquo;en traiter différents aspects, en parlant du &lt;em&gt;capitalisme de surveillance&lt;/em&gt; dans d&amp;rsquo;autres articles de ce blog.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa première partie, le livre de Tristan Nitot établit un état des lieux de la captation et la centralisation des données. Il se fait ainsi l&amp;rsquo;écho de multiples enquêtes et ouvrages traitant des « dangers de la surveillance », avec un focus plus important sur les firmes Google et Facebook, dont l&amp;rsquo;un des principaux attraits pour les gouvernements est  de réduire le nombre d&amp;rsquo;interlocuteurs dans les requêtes de renseignements sur les utilisateurs. Ainsi, on comprend que l&amp;rsquo;affaire Snowden n&amp;rsquo;a pas seulement montré que les États surveillaient leurs citoyens en masse, mais aussi que l&amp;rsquo;apparition de grands silos centralisés de données tenus par quelques firmes facilitaient grandement la tâche des gouvernements souhaitant généraliser la surveillance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut néanmoins attendre la section 7 de cette première partie pour aborder un point central : « L&amp;rsquo;impact de la surveillance sur la société », qui sera décliné encore dans la seconde partie.  On regrette, bien que le public visé soit assez large, que T. Nitot prenne d&amp;rsquo;emblée la décision d&amp;rsquo;aborder la question sous l&amp;rsquo;angle exclusif du contrôle institutionnel en reprenant la référence de Michel Foucault à Jeremy Bentham, le panoptique et la prison (cf. M. Foucault, &lt;em&gt;Surveiller et punir&lt;/em&gt;, 1975). Les références subséquentes à &lt;a href=&#34;https://fr.wikipedia.org/wiki/Glenn_Greenwald&#34;&gt;Glenn Greenwald&lt;/a&gt; (journaliste ayant publié les révélations d&amp;rsquo;E. Snowden sur la NSA) et &lt;a href=&#34;https://fr.wikipedia.org/wiki/Bruce_Schneier&#34;&gt;Bruce Schneier&lt;/a&gt; (une pointure en matière de chiffrement et sécurité informatique), en restent néanmoins à l&amp;rsquo;analyse sociologique de la surveillance comme instrument de contrôle des populations, soit par une forme institutionnalisée (l&amp;rsquo;État surveille), soit par l&amp;rsquo;effet panoptique (l&amp;rsquo;individu se contrôle lui-même parce qu&amp;rsquo;il se sent surveillé et conforme ses comportements).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&amp;rsquo;un des enseignements qu&amp;rsquo;on tire néanmoins de la lecture de Bruce Schneier, c&amp;rsquo;est justement que la surveillance n&amp;rsquo;est pas un instrument de contrôle. Elle ne le devient que dans la mesure on l&amp;rsquo;on prête une intention à l&amp;rsquo;institution capable de contrôle et d&amp;rsquo;action (l&amp;rsquo;État, en l&amp;rsquo;occurrence, y compris par l&amp;rsquo;intention des firmes de manipuler des opinions selon les intérêts politiques du moment, comme T. Nitot le montre à propos de Facebook dans la seconde partie). Bruce Schneier a montré que la surveillance est d&amp;rsquo;abord un modèle économique (cf. « &lt;a href=&#34;https://www.schneier.com/news/archives/2014/04/surveillance_is_the.html&#34;&gt;Surveillance is the Business Model of the Internet&lt;/a&gt; », 2014). Si l&amp;rsquo;on se concentre uniquement sur un questionnement utilitariste de la surveillance globale des masses par les firmes (et par les États en contrat avec ces firmes), les clés d&amp;rsquo;analyse se restreignent à l&amp;rsquo;individu, son rapport à la liberté et ses droits, l&amp;rsquo;exercice de la démocratie, bref, on se focalise sur le contrat social. Or, comme il y a une perte de confiance générale envers les États depuis l&amp;rsquo;affaire Snowden, la solution adoptée par beaucoup est libertaire, consiste à prôner le moins d&amp;rsquo;État pour plus de libertés&amp;hellip; mais moins de protection contre les firmes ; dès lors, qui garantirait le contrat de confiance entre l&amp;rsquo;individu et la firme ? (question autrement posée  : qui peut garantir l&amp;rsquo;exercice de la justice ?).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sera mon seul point de désaccord avec T. Nitot : il est important de comprendre aujourd&amp;rsquo;hui que la surveillance comme modèle économique n&amp;rsquo;est un problème d&amp;rsquo;État qu&amp;rsquo;à la marge ! Quand le ministre B. Cazeneuve fait voter en catimini le &lt;a href=&#34;http://www.liberation.fr/france/2016/11/07/comment-et-pourquoi-bernard-cazeneuve-a-decide-de-ficher-60-millions-de-francais_1526551&#34;&gt;fichage général de 60 millions de français&lt;/a&gt; le 30 octobre 2016, ce n&amp;rsquo;est pas un problème de surveillance qui est posé mais un problème constitutionnel (comment une démocratie peut-elle laisser de telles décisions se prendre de manière unilatérale ?). C&amp;rsquo;est tout le paradoxe des « dangers de la surveillance » : on ne peut plus appréhender le capitalisme de surveillance avec des concepts inhérents aux démocraties qui ont produit ce nouveau capitalisme, car il s&amp;rsquo;en échappe. Le capitalisme de surveillance conforme les individus sociaux, mais conforme aussi l&amp;rsquo;organisation socio-politico-économique et la production. Le changement est radical en ce début du XXIe siècle, l&amp;rsquo;analyse politique doit l&amp;rsquo;être aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Là où je rejoins T. Nitot, c&amp;rsquo;est sur l&amp;rsquo;essentiel, après tout : pour appréhender cela à l&amp;rsquo;échelle gigantesque des GAFAM, on ne peut plus se contenter de pointer la surveillance d&amp;rsquo;État même si elle utilise de fait les acquis des GAFAM. C&amp;rsquo;est le modèle économique entier d&amp;rsquo;Internet qu&amp;rsquo;il faut revoir, d&amp;rsquo;autant plus que Monsieur Dupuis-Morizeau n&amp;rsquo;est qu&amp;rsquo;un simple utilisateur qui n&amp;rsquo;envisage ces questions que du point de vue individuel dans ses pratiques quotidiennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C&amp;rsquo;est justement cette surveillance de la quotidienneté qui est alors en question durant tout le reste de l&amp;rsquo;ouvrage, après avoir brillamment vulgarisé les mécanismes de la surveillance et expliqué sur quels plans se confrontent les modèles informatiques. Rien qu&amp;rsquo;après cette lecture, l&amp;rsquo;utilisateur moyen pourra situer aisément ses propres pratiques numériques. Si l&amp;rsquo;on peut reprocher à T. Nitot d&amp;rsquo;avoir légèrement raccourci les enjeux économiques et politiques de la surveillance, il n&amp;rsquo;en demeure pas moins que l&amp;rsquo;essentiel de son ouvrage atteint le but recherché : informer l&amp;rsquo;utilisateur sur les techniques de surveillance et les moyens pratiques de s&amp;rsquo;en prémunir tout en promouvant un monde numérique décentralisé. Le maître mot est la confiance. Comment renouer la confiance dans l&amp;rsquo;usage des réseaux alors que les firmes qui proposent les plus célèbres services ne respectent pas les utilisateurs et leurs intimités numériques ? Pour Tristan Nitot, l&amp;rsquo;essentiel d&amp;rsquo;un Internet respectueux des utilisateurs repose sur quelques principes évidents qu&amp;rsquo;il résume à la section 21 :&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;utiliser des logiciels libres ;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;pratiquer l&amp;rsquo;auto-hébergement ;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;chiffrer ses communications ;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;trouver un modèle économique qui ne repose pas sur le marketing (et l&amp;rsquo;extraction / exploitation sauvages des données des utilisateurs).&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;p&gt;Restent enfin les aspects pratiques de l&amp;rsquo;auto-défense numérique. Dans un tel ouvrage, qui prétend brosser un aperçu général de ces problématiques, la liste des solutions ne saurait être exhaustive. Néanmoins, T. Nitot nous démontre ici un excellent niveau d&amp;rsquo;expertise, acquis tant chez Mozilla que chez CozyCloud, en identifiant les éléments les plus significatifs de la  protection numérique. Pour cela il faut évidemment faire quelques concessions : on ne change pas du jour au landemain des habitudes prises par des millions d&amp;rsquo;internautes. Ainsi, au risque de rendre cette partie de son ouvrage trop vite obsolète, T. Nitot va même jusqu&amp;rsquo;à expliquer comment paramétrer les services de Google (Twitter, Facebook) auxquels ont a souscrit pour pouvoir espérer ne pas y abandonner trop de données personnelles. « Entre deux maux, choisissons le moindre » : est-ce une bonne approche ? Ceci pourrait être discuté longuement, mais il faut avant tout confronter les pratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Abandonner des services performants sous prétexte qu&amp;rsquo;ils ne respectent pas nos intimités numériques, cela revient à imposer un changement organisationnel et technologique motivé par un choix éthique ou moral. Si l&amp;rsquo;utilisateur individuel peut très bien effectuer le basculement sur cette seule base, il n&amp;rsquo;en va pas de même pour des organisations, ainsi par exemple des entreprises ou des associations qui utilisent des services gratuits mais qui ne tombent jamais ou presque jamais en panne, dont l&amp;rsquo;usage est ergonomique et bien pensé, etc. On regrette un peu que T. Nitot ne prend pas davantage de temps pour expliquer comment un service gratuit ou payant (le plus souvent à bas prix) et à la fois éthique permettrait de construire une économie de la confiance et par conséquent ouvrirait aux utilisateurs de nouvelles perspectives. La question est certes abordée çà et là, en mentionnant les alternatives proposées notamment par certains membres du collectif &lt;a href=&#34;https://chatons.org/&#34;&gt;CHATONS&lt;/a&gt;, mais sans une réelle approche systémique (trop complexe pour être résumée en deux pages de toute façon).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette économie de la confiance représente aujourd&amp;rsquo;hui l&amp;rsquo;alternative crédible au capitalisme de surveillance, mais uniquement dans la mesure où les choix technologiques sont assumés et compris par les utilisateurs. Cette compréhension est bien ce à quoi s&amp;rsquo;attaque le livre &lt;em&gt;Surveillance://&lt;/em&gt;, ce qui explique sans doute quelques choix facilitatifs au profit d&amp;rsquo;une approche épurée et concrète, facilement assimilable par un public désormais averti.&lt;/p&gt;
</description>
    </item>
    
    <item>
      <title>Je n&#39;ai pas voté non plus</title>
      <link>https://golb.statium.link/post/20151209pasvotenonplus/</link>
      <pubDate>Wed, 09 Dec 2015 00:00:00 +0000</pubDate>
      <author>situveuxmonadresse@demande-la.moi (Christophe Masutti)</author>
      <guid>https://golb.statium.link/post/20151209pasvotenonplus/</guid>
      <description>&lt;p&gt;Bizarre comme titre, n&amp;rsquo;est-ce pas ? En fait, c&amp;rsquo;est en écho à &lt;a href=&#34;http://grisebouille.net/le-deuil-de-la-democratie-representative/&#34;&gt;cet article du copain Gee&lt;/a&gt;, auteur de Grisebouille, qui a su exprimer de manière assez claire les raisons pour lesquelles il ne vote pas (plus). La démocratie représentative serait-elle morte ? Oui. Nous avons besoin d&amp;rsquo;un reboot de la démocratie et c&amp;rsquo;est chez Jean-Jacques Rousseau qu&amp;rsquo;il faut en trouver l&amp;rsquo;amorce.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&#34;détournements-de-votes&#34;&gt;Détournements de votes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Comme disait Coluche : « dire qu&amp;rsquo;il suffirait que les gens n&amp;rsquo;en n&amp;rsquo;achètent plus pour que cela ne se vende pas ». Je n&amp;rsquo;ai jamais trop aimé Coluche – ou plutôt son humour de bistrot dont se sont emparés la plupart des réacs aigris –, mais au moins il avait le sens de la formule. Il suffirait que plus personne n&amp;rsquo;aille voter pour que la classe politique actuelle s&amp;rsquo;en aille pour de bon. Imaginons un instant une grève du vote : tous les vieux dinosaures des partis qu&amp;rsquo;on voit depuis 40 ans verraient soudainement leur légitimité en prendre un coup. Quant aux plus jeunes, persuadés de faire partie d&amp;rsquo;une « élite » républicaine (autrement dit, une aristocratie politique), ils pourraient retourner sur les bancs d&amp;rsquo;école, histoire de bien comprendre qu&amp;rsquo;on ne s&amp;rsquo;implique pas dans la politique par carriérisme. Oui, mais voilà : de fait, nous sommes des millions à ne pas aller voter. Et plutôt que de se remettre en cause, les politiques multiplient les interventions en se targuant de vouloir « barrer la route au FN » tout en assurant, comme c&amp;rsquo;est le cas à chaque élection depuis que je suis né, que « le message a été entendu ».&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais quel message ? Pourquoi les gens s&amp;rsquo;abstiennent de voter, et pourquoi certains votent pour un parti fasciste ? Parce que contrairement à ce qu&amp;rsquo;on m&amp;rsquo;a toujours dit, le vote n&amp;rsquo;est pas un choix démocratique. C&amp;rsquo;est un levier qui légitimise l&amp;rsquo;exercice du pouvoir par certains. Ainsi, depuis que je vote, je n&amp;rsquo;ai jamais pu dire que mon vote a servi des causes que je défends :&lt;/p&gt;
&lt;ul&gt;
&lt;li&gt;quand il m&amp;rsquo;a fallu voter Chirac pour « barrer la route à Le Pen », en 2002 ;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;quand j&amp;rsquo;ai voté « non » au référendum de 2005 sur le traité européen Rome II (parce que c&amp;rsquo;est d&amp;rsquo;une autre Europe dont je rêve), remplacé 4 ans plus tard par son clone, le Traité de Lisbonne, cette fois sans demander l&amp;rsquo;avis aux citoyens ;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;quand j&amp;rsquo;ai voté blanc en 2007 devant les choix consternants qui nous étaient livrés, entre une grande nunuche sans programme et un petit nerveux aux idées brunes ;&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;quand j&amp;rsquo;ai voté blanc en 2012 en ayant absolument aucune illusion sur les mensonges de F. Hollande.&lt;/li&gt;
&lt;/ul&gt;
&lt;h2 id=&#34;la-démocratie-représentative-a-vécu&#34;&gt;La démocratie représentative a vécu&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Quel est mon constat, au-delà de la simple déception ? le même que Gee : &lt;strong&gt;la démocratie représentative a vécu&lt;/strong&gt;. Et je coupe court tout de suite aux détracteurs qui viendront me dire que « des gens sont morts pour que nous ayons le droit de voter ». Non : ils ne sont pas morts pour le droit de vote, ils sont morts pour avoir le droit de participer à la vie politique. Ils ne sont pas morts pour que j&amp;rsquo;aie le droit de désigner un représentant qui, fondé de pouvoir, fera ce qu&amp;rsquo;il veut pendant son mandat. Ils sont morts pour que la démocratie s&amp;rsquo;exerce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, ma bonne dame, et c&amp;rsquo;est pas pareil du tout. Et pourtant on nous l&amp;rsquo;apprend depuis tout petit. Lorsqu&amp;rsquo;à l&amp;rsquo;école on n&amp;rsquo;est pas content des décisions du délégué de classe, on s&amp;rsquo;empresse de nous dire de fermer notre gueule. C&amp;rsquo;est vraiment cela, la démocratie ? Tiens, voyons ce qu&amp;rsquo;en disait ce bon vieux Jean-Jacques Rousseau, qu&amp;rsquo;il serait peut-être temps de relire parce que au pays des Lumières, certains n&amp;rsquo;ont pas le courant à tous les étages :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;L&amp;rsquo;attiédissement de l&amp;rsquo;amour de la patrie, l&amp;rsquo;activité de l&amp;rsquo;intérêt privé, l&amp;rsquo;immensité des états, les conquêtes, l&amp;rsquo;abus du gouvernement, ont fait imaginer la voie des députés ou représentants du peuple dans les assemblées de la nation. C&amp;rsquo;est ce qu&amp;rsquo;en certain pays on ose appeler le tiers état. Ainsi l&amp;rsquo;intérêt particulier de deux ordres est mis au premier et second rang; l&amp;rsquo;intérêt public n&amp;rsquo;est qu&amp;rsquo;au troisième.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La souveraineté ne peut être représentée, par la même raison qu&amp;rsquo;elle peut être aliénée; elle consiste essentiellement dans la volonté générale, et la volonté ne se représente point : elle est la même, ou elle est autre; il n&amp;rsquo;y a point de milieu. Les députés du peuple ne sont donc ni ne peuvent être ses représentants, ils ne sont que ses commissaires; ils ne peuvent rien conclure définitivement. Toute loi que le peuple en personne n&amp;rsquo;a pas ratifiée est nulle; ce n&amp;rsquo;est point une loi. Le peuple Anglais pense être libre, il se trompe fort; il ne l&amp;rsquo;est que durant l&amp;rsquo;élection des membres du parlement: sitôt qu&amp;rsquo;ils sont élus, il est esclave, il n&amp;rsquo;est rien. Dans les courts moments de sa liberté, l&amp;rsquo;usage qu&amp;rsquo;il en fait mérite bien qu&amp;rsquo;il la perde. [&amp;hellip;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu&amp;rsquo;il en soit, à l&amp;rsquo;instant qu&amp;rsquo;un peuple se donne des représentants, il n&amp;rsquo;est plus libre; il n&amp;rsquo;est plus.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;— &lt;em&gt;Du contrat social ou Principes du droit politique&lt;/em&gt; (1762), Chapitre 3.15 – Des députés ou représentants&lt;/p&gt;
&lt;h2&gt;Un peu d&#39;explication de texte&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Au premier paragraphe Rousseau montre que le principe de représentativité est d&amp;rsquo;abord une affaire de l&amp;rsquo;Ancien Régime et son administration. Ce qu&amp;rsquo;on désigne par « tiers état », ce sont les députés, provinciaux pour la plupart, censés être représentatifs des classes sociales (bougeois, commerçants, artisans, etc.) mais qui valident le modèle hiérarchique des trois ordres (noblesse, clergé, bourgeoisie). Lors de la Révolution française, qui interviendra 27 ans après l&amp;rsquo;ouvrage de ce visionnaire de Rousseau, le principe de souveraineté du peuple sera remis en cause par Sieyès qui, justement, désignera le tiers état comme un élément de la constitution. Sieyès reprendra l&amp;rsquo;ancien ordre hiérarchique pour montrer que le tiers état, comme les deux autres ordres, doit être représenté de manière proportionelle à sa population. C&amp;rsquo;était plutôt bien vu, mais en réalité, la représentatitvité de ce tiers état est tellement diversifiée (cela va du paysan au riche industriel) que c&amp;rsquo;est la haute bourgeoisie, riche et cultivée, qui finira par s&amp;rsquo;octroyer cette représentativité, pour s&amp;rsquo;assurer exactement ce que dénonce Rousseau, à savoir la sauvegarde de leurs intérêts privés, face à une noblesse déclinante et une masse « prolétarienne »&lt;sup id=&#34;fnref:1&#34;&gt;&lt;a href=&#34;#fn:1&#34; class=&#34;footnote-ref&#34; role=&#34;doc-noteref&#34;&gt;1&lt;/a&gt;&lt;/sup&gt; qu&amp;rsquo;il faut absolument écarter du pouvoir. Rousseau note bien, sous l&amp;rsquo;Ancien Régime, que c&amp;rsquo;est l&amp;rsquo;intérêt public (comprendre : du peuple) qui est mis au troisième rang parce que justement les représentants du peuple ne sont là que pour limiter les intérêts des deux autres ordres, ainsi confortés dans le pouvoir. La Révolution ne changera finalement la donne qu&amp;rsquo;au regard des intérêts d&amp;rsquo;une bourgeoisie de plus en plus riche face à la noblesse déclinante, c&amp;rsquo;est tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rousseau est catégorique, sans appel. Dans le second paragraphe, il répond même à Montesquieu qui, dans l&amp;rsquo;&lt;em&gt;Esprit des Lois&lt;/em&gt; (Livre XI, 1748) se montrait admiratif de la Constitution Anglaise et écrivait pour sa part :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Comme, dans un état libre, tout homme qui est censé avoir une âme libre doit être gouverné par lui-même, il faudrait que le peuple en corps eût la puissance législative. Mais comme cela est impossible dans les grands états, et est sujet à beaucoup d&amp;rsquo;inconvénients dans les petits, il faut que le peuple fasse par ses représentants tout ce qu&amp;rsquo;il ne peut faire par lui-même. (…) Le grand avantage des représentants, c&amp;rsquo;est qu&amp;rsquo;ils sont capables de discuter les affaires. Le peuple n&amp;rsquo;y est point du tout propre; ce qui forme un des grands inconvénients de la démocratie.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Mais ce qui distingue notre Rousseau, c&amp;rsquo;est justement la conception des rôles. La conclusion de Rousseau est terrible, je la redonne ici, rien que pour le plaisir :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;(…) Quoi qu&amp;rsquo;il en soit, à l&amp;rsquo;instant qu&amp;rsquo;un peuple se donne des représentants, il n&amp;rsquo;est plus libre; il n&amp;rsquo;est plus.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La démocratie ne s&amp;rsquo;exerce pas tant parce qu&amp;rsquo;il est possible de rendre la représentativité plus ou moins légitime (de toute façon une impasse pour Rousseau), mais parce qu&amp;rsquo;il est possible d&amp;rsquo;y voir s&amp;rsquo;exercer la &lt;strong&gt;volonté générale&lt;/strong&gt; et, en tant que telle, elle ne peut se déléguer. Donc oui, le peuple (la société civile, dirait-on aujourd&amp;rsquo;hui) est capable de gouverner, c&amp;rsquo;est à dire exercer et instruire la volonté générale, au lieu de laisser faire des représentants qui aliènent cette volonté durant leurs mandats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces mots de Rousseau il y a plus de 250 ans, je les ai entendu lors même de la série de renoncements aux engagements du clan de F. Hollande promulgués lors des élections. Pendant toute la durée du mandat, il allait faloir supporter, impuissants, les féodalités financières dont le point d&amp;rsquo;orgue fut atteint en insultant le peuple grec qui avait eu le culot, en juillet 2015, de réfuser &lt;em&gt;par référendum&lt;/em&gt; les pires tentatives de réformes technocratiques pour remédier à un endettement historiquement organisé contre lui. Pour la plupart des électeurs, le fait d&amp;rsquo;aller voter n&amp;rsquo;était plus conçu comme l&amp;rsquo;exercice de la démocratie mais comme le seul moment de liberté avant de s&amp;rsquo;enchaîner aux grilles infranchissables qu&amp;rsquo;une classe politique dresse entre elle et le peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, n&amp;rsquo;en déplaise à ce pédant de Montesquieu qui pensait que le peuple est trop con pour faire de la politique, et tous les coincés du bocal pour qui la politique serait un métier, la société civile est capable à la fois d&amp;rsquo;expertise, d&amp;rsquo;expérience et de gouvernement. C&amp;rsquo;est la raison pour laquelle, sans doute, on a abruti les foules en étouffant leur activisme civique au profit du vote conçu comme une fin en soi, l&amp;rsquo;acte unique censé être la preuve d&amp;rsquo;une démocratie vivante. Rien n&amp;rsquo;est plus faux. Ce n&amp;rsquo;est pas parce qu&amp;rsquo;un peuple organise des élections qu&amp;rsquo;il est sur le chemin de la démocratie. Certains sont présidents à vie, suivez mon regard y compris dans certains fiefs électoraux de notre France.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&#34;dautres-modèles-existent-déjà&#34;&gt;D&amp;rsquo;autres modèles existent déjà&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si l&amp;rsquo;on regarde honnêtement l&amp;rsquo;histoire de France, en en particulier de la Cinquième République, les exemples sont nombreux où les moyens de formation du peuple à la démocratie ont été étouffés dans l&amp;rsquo;oeuf. C&amp;rsquo;est par exemple toute la tragédie de l&amp;rsquo;éducation populaire, sujet sur lequel je vous laisse la lecture de l&amp;rsquo;article de Franck Lepage dans &lt;em&gt;Le Monde Diplomatique&lt;/em&gt;, &lt;a href=&#34;http://www.monde-diplomatique.fr/2009/05/LEPAGE/17113&#34;&gt;De l&amp;rsquo;éducation populaire à la domestication par la « culture »&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La société n&amp;rsquo;est pas avare de modèles dits « alternatifs », en réalité, des expériences bien souvent probantes de modèles d&amp;rsquo;organisation politique qui démontrent les limites de la représentation. Tous ces modèles ont ceci de commun qu&amp;rsquo;ils remettent explicitement en cause le fonctionnement actuel, et sont bien plus exigeants en matière de probité et d&amp;rsquo;équité. Démocratie directe, démocratie participative, auto-gestion des entreprises ou des collectifs, partage de connaissances, collaborations techniques, j&amp;rsquo;en passe et des meilleures. Dans le milieu associatif où j&amp;rsquo;évolue à mes heures pas perdues pour tout le monde, les solutions collaboratives ne manquent pas non plus. Prendre des décisions stratégiques à plusieurs milliers, y compris sous la forme de référendums permanents, tout cela est rendu possible dans le concept de &lt;a href=&#34;https://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9mocratie_liquide&#34;&gt;démocratie liquide&lt;/a&gt;, y compris des bases logicielles (plate-formes web, la plupart du temps). La société peut aujourd&amp;rsquo;hui être conçue comme un gigantesque processeur, une machine à décision ultra rapide, capable de rassembler toutes les voix, en particulier sur des bases de technologies de communication ouvertes. On se réfèrera sur ce point à &lt;a href=&#34;https://medium.com/@DomSchiener/liquid-democracy-true-democracy-for-the-21st-century-7c66f5e53b6f&#34;&gt;cet article de Dominik Schiener&lt;/a&gt; (trad. fr. &lt;a href=&#34;http://framablog.org/2015/12/09/democratie-liquide/&#34;&gt;sur le Framablog&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Évidemment, l&amp;rsquo;aristocratie électoraliste n&amp;rsquo;est pas prête à accepter une remise en cause radicale de ses prérogatives. Les exemples, parfois tragiques, des &lt;a href=&#34;https://fr.wikipedia.org/wiki/Zone_%C3%A0_d%C3%A9fendre&#34;&gt;Zones à Défendre&lt;/a&gt; et du militantisme écologique, sont plus qu&amp;rsquo;éloquents, à tel point que, profitant des libéralités d&amp;rsquo;un état d&amp;rsquo;urgence anti-terrorisme, on en vient à &lt;a href=&#34;https://wiki.laquadrature.net/%C3%89tat_urgence/Recensement&#34;&gt;faire taire les voix trop bruyantes&lt;/a&gt; en plein &lt;a href=&#34;https://fr.wikipedia.org/wiki/Conf%C3%A9rence_de_Paris_de_2015_sur_le_climat&#34;&gt;sommet mondial pour le Climat&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais bien plus que les fausses excuses du terrorisme, ce qui caractérise la classe politique, c&amp;rsquo;est sa crainte de voir le peuple se débarrasser d&amp;rsquo;elle. Si la démocratie représentative est un modèle qui ne fonctionne plus, le pouvoir n&amp;rsquo;a plus qu&amp;rsquo;une seule échapatoire : la violence d&amp;rsquo;état, qui oppose la classe politique et le peuple (qui se défini alors en opposition à l&amp;rsquo;aristocratie). Si l&amp;rsquo;on considère que la représentativité est la seule légitimation de l&amp;rsquo;ordre public, alors la seule réponse à toute volonté de changement de système, c&amp;rsquo;est d&amp;rsquo;imposer un vieux modèle contre un nouveau. C&amp;rsquo;est selon moi tout le principe des lois scélérates votées récemment (comme la &lt;a href=&#34;https://fr.wikipedia.org/wiki/Loi_relative_au_renseignement&#34;&gt;Loi relative au Renseignement&lt;/a&gt;…) et dont on voit &lt;a href=&#34;http://www.numerama.com/politique/133795-wi-fi-ouvert-interdit-tor-bloque-les-nouvelles-idees-de-la-police.html&#34;&gt;s&amp;rsquo;accélérer les tendances&lt;/a&gt;, tout spécialement à l&amp;rsquo;encontre des moyens de communication qui permettent aux citoyens de se faire entendre, d&amp;rsquo;organiser et planifier l&amp;rsquo;alternance démocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Après ces dénis de démocratie, les leçons sur le droit de vote sont plus que jamais malvenues. Alors, oui, voilà pourquoi je n&amp;rsquo;irai pas voter non plus dimanche prochain, et pourquoi je m&amp;rsquo;emploierai à ma mesure, à l&amp;rsquo;avènement de solutions vraiment démocratiques.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#34;footnotes&#34; role=&#34;doc-endnotes&#34;&gt;
&lt;hr&gt;
&lt;ol&gt;
&lt;li id=&#34;fn:1&#34;&gt;
&lt;p&gt;Oui, ici je fais un anachronisme en utilisant ce terme, mais on comprend bien que la paysannerie était exclue de fait, alors même qu&amp;rsquo;elle représentait alors la grande majorité du peuple. Plus tard, avec la révolution industrielle, ce furent justement les prolétaires qui furent exclus, la voix du peuple étant largement confisquée par les classes bourgeoises capitalistes. Et oui, là, j&amp;rsquo;ai une lecture marxiste, mais elle en vaut bien une autre.&amp;#160;&lt;a href=&#34;#fnref:1&#34; class=&#34;footnote-backref&#34; role=&#34;doc-backlink&#34;&gt;&amp;#x21a9;&amp;#xfe0e;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/li&gt;
&lt;/ol&gt;
&lt;/div&gt;
</description>
    </item>
    
    <item>
      <title>Loi Renseignement. Totalitarisme ou désespérance</title>
      <link>https://golb.statium.link/post/20150524projetloirenseign/</link>
      <pubDate>Sun, 24 May 2015 00:00:00 +0000</pubDate>
      <author>situveuxmonadresse@demande-la.moi (Christophe Masutti)</author>
      <guid>https://golb.statium.link/post/20150524projetloirenseign/</guid>
      <description>&lt;p&gt;Le projet de loi Renseignement, après avoir été voté avec une écrasante majorité à l&amp;rsquo;Assemblée nationale passe actuellement par les grilles du Sénat et se retrouvera cet été devant le Conseil constitutionnel à la demande d&amp;rsquo;une soixantaine de députés. Ceux qui ont suivi les débats et constaté l&amp;rsquo;extraordinaire ténacité des initiateurs de ce projet de loi, ne peuvent qu&amp;rsquo;être horrifiés de la manière dont furent imposés les arguments et le texte de la loi dans un dialogue de sourds. Ce dernier confrontait non pas les idées politiques entre élus représentants du peuple et sa diversité, mais entre la société civile et la classe politique conçus comme des Atrée et Thyeste que rien ne peut plus concilier. La dialectique entre sécurité et liberté dans le domaine de la surveillance des communications est un sujet qui laissait supposer qu&amp;rsquo;un tel texte devait faire l&amp;rsquo;objet d&amp;rsquo;analyse et d&amp;rsquo;expertise autrement plus poussées, en prenant le temps, loin des passions suscitées par le terrorisme. Une telle loi laisse-t-elle désormais planer l&amp;rsquo;ombre du totalitarisme en réponse à la peur et aux tensions mondialisées ? Sommes-nous subrepticement en train d&amp;rsquo;abandonner nos idéaux démocratiques et républicains ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&#34;dangers-de-la-loi-renseignement&#34;&gt;Dangers de la loi Renseignement&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Je n&amp;rsquo;ai jamais aimé les mots en « isme ». Ils ont tendance à classer tout et n&amp;rsquo;importe quoi dans des catégories le plus souvent inappropriées au sujet de la discussion. Le totalitarisme se défini comme un système politique qui impose par le contrôle systématique l&amp;rsquo;adhésion à une idéologie incarnée par un parti unique censé représenter la communauté. Il n&amp;rsquo;y a pas d&amp;rsquo;idéologie unique derrière le projet de loi Renseignement, il y a plutôt une convergence de volontés diverses, allant de la logique ultra-sécuritaire à la défense d&amp;rsquo;intérêts de classe, ou personnels ou encore lobbyistes (on pourrait aussi qualifier cette loi d&amp;rsquo;&lt;em&gt;anti-zadiste&lt;/em&gt;, par exemple). Donc passer du projet de loi Renseignement à la prédiction d&amp;rsquo;un totalitarisme qui vient, même déguisé, est une démarche inappropriée qui tend à voiler les problématiques en jeu. Néanmoins je voudrais ici m&amp;rsquo;interroger et explorer diverses voies et, en mobilisant mes maigres connaissances des auteurs classiques, tracer les contours d&amp;rsquo;une situation bien désavantageuse pour la démocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et la dictature ? Là, par contre, on se rapproche davantage de la réalité des faits. La dictature se défini d&amp;rsquo;abord comme un &lt;em&gt;régime&lt;/em&gt; politique, donc avec des institutions qui peuvent la précéder et lui survivre, avec la concentration de tous les pouvoirs sur une personne ou un groupe bien identifié. À l&amp;rsquo;époque Romaine, la dictature était conçue comme un remède possible à une période de crise, c&amp;rsquo;est à dire une exception légale à la règle républicaine (une magistrature exceptionnelle). Là où les institutions sont supposées assez fortes pour pouvoir se permettre ce genre d&amp;rsquo;exception temporaire, une dictature peut théoriquement résoudre une situation de trouble à condition d&amp;rsquo;un retour à la norme que l&amp;rsquo;on espère rapide. Là où les institutions sont faibles, la dictature peut perdurer indéfiniment. Elle peut bien évidemment se doubler d&amp;rsquo;un système totalitaire, fondé sur une idéologie plus ou moins claire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voilà pour les définitions. Disons pour simplifier à l&amp;rsquo;extrême que le totalitarisme est d&amp;rsquo;abord idéologique là où la dictature est d&amp;rsquo;abord juridique. Pour revenir à nos moutons à propos de la loi Renseignement, il nous faut maintenant analyser les raisons pour lesquelles une telle loi nous rapproche dangereusement des plus mauvais souvenirs de l&amp;rsquo;histoire des régimes politiques. Car il s&amp;rsquo;agit d&amp;rsquo;une loi qui, du moins dans ses premières moutures, a la prétention d&amp;rsquo;organiser une surveillance de masse de nos communications, pour défendre des intérêts volontairement englobants et généralistes (comme les « intérêts économique majeurs »), une loi justifiée par la « lutte contre le terrorisme » et qui a finalement pour conséquence de restreindre à grande échelle le droit à la vie privée, la liberté d&amp;rsquo;expression et en général les libertés individuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;À titre d&amp;rsquo;illustration par anticipation des répercutions de cette loi utilisée par une idéologie totalitaire, on peut se pencher sur &lt;a href=&#34;http://www.nextinpact.com/news/94123-loi-renseignement-pepites-amendements-au-senat.htm&#34;&gt;une tentative d&amp;rsquo;amendement relatée par Marc Rees&lt;/a&gt;, rédacteur en chef de &lt;em&gt;Next Inpact&lt;/em&gt; :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Enfin, il y a le superbe amendement &lt;strong&gt;Apprentis chimistes&lt;/strong&gt; (&lt;a href=&#34;http://www.senat.fr/amendements/commissions/2014-2015/424/Amdt_COM-193.html&#34;&gt;COM-193&lt;/a&gt;), signé par trois sénateurs UDI, MM. Guerriau, Kern et Longeot, qui proposent d’autoriser l’espionnage non seulement dans le domaine du terrorisme ou industriel mais également à « d’autres valeurs essentielles à la République », à savoir les intérêts « sanitaires, énergétiques, scolaires, administratifs, culturels, cultuels, sportifs ». Heureusement, ses auteurs l’ont finalement supprimé après quelques coups de téléphones bien sentis. Ouf !&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Cette tentative a en effet de quoi inquiéter. Il serait exagéré de la monter en épingle pour dénoncer tout le projet de loi, néanmoins, pourquoi avoir retiré cet amendement si, après tout, ils est censé être le fruit d&amp;rsquo;une intense et mûre réflexion (hum !) de la part de ces élus de la République ? N&amp;rsquo;aurait-il pas dû être discuté au Sénat, quitte à exposer les véritables intentions populistes de certains, et faire l&amp;rsquo;objet éventuellement d&amp;rsquo;une motion tout à fait officielle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Màj du 27/05/2015 : ) On pourrait tout aussi bien s&amp;rsquo;inquiéter de &lt;a href=&#34;http://www.nextinpact.com/news/95207-le-gouvernement-veut-fliquer-communications-chomeurs.htm&#34;&gt;cette autre tentative d&amp;rsquo;amendement&lt;/a&gt; au projet de loi sur le Dialogue Social et l&amp;rsquo;Emploi, selon laquelle il s&amp;rsquo;agissait de faire surveiller les communications et les données de millions de chômeurs, sans contrôle judiciaire, dans le cadre de la lutte contre la fraude aux allocations. Un amendement qui, lui aussi, &lt;a href=&#34;http://www.liberation.fr/economie/2015/05/26/le-gouvernement-recule-sur-le-controle-des-donnees-personnelles-des-chomeurs_1317181&#34;&gt;a été retiré&lt;/a&gt; une fois pointé du doigt par les journalistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En réalité, certains amendements proposés par les élus agissent comme des révélateurs d&amp;rsquo;un mécanisme malsain et latent, qui n&amp;rsquo;attendrait finalement qu&amp;rsquo;une occasion pour se montrer au grand jour. Les générations nées après guerre en France ont tendance à croire que la Déclaration des droits de l&amp;rsquo;homme et du citoyen et la Constitution de la République ont créé un mode de gouvernance normal et éternel que rien ne saurait remettre en question. D&amp;rsquo;où une confiance généralement aveugle envers les bonnes intentions des élus. Or, visiblement, il n&amp;rsquo;en est rien, et certains élus forment une classe dont l&amp;rsquo;objectif est de remettre systématiquement en cause les principes qui ont fait d&amp;rsquo;eux des représentants du peuple. C&amp;rsquo;est là qu&amp;rsquo;une part de ce qui constitue le totalitarisme entre en jeu. Une sorte de « côté obscur de la Force » finalement toujours présent dans n&amp;rsquo;importe quelle démocratie : le fait que les idéologies totalitaires soient le fruit d&amp;rsquo;un &lt;em&gt;mouvement&lt;/em&gt;. C&amp;rsquo;est ce qu&amp;rsquo;avait très justement analysé Hannah Arendt dans son approche des &lt;a href=&#34;https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Origines_du_totalitarisme&#34;&gt;Origines du totalitarisme&lt;/a&gt; : la réaction classique face à la faute totalitaire, c&amp;rsquo;est de vouloir identifier des responsables, des porteurs de croix ; or, ce qui caractérise vraiment cette faute, c&amp;rsquo;est la dilution des responsabilités à tous les niveaux y compris dans le peuple. Les fautes sont en effet partagées : d&amp;rsquo;un côté un mouvement latent, une peste qui couve et qui doit faire l&amp;rsquo;objet d&amp;rsquo;une vigilance permanente et, de l&amp;rsquo;autre, l&amp;rsquo;irresponsabilité, l&amp;rsquo;abandon des idéaux, et une majorité écrasante de citoyens qui ne se sentent plus concernés (d&amp;rsquo;aucun pourront argumenter avec raison qu&amp;rsquo;une part de cet abandon est aussi le fruit des vicissitudes des partis et des promesses électorales non tenues).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et là, nous touchons à la principale cause de la prétendue non-réception des enjeux de la loi Renseignement auprès du grand public, malgré tous les efforts des associations et autres groupements les plus concernés, de La Quadrature du Net au Syndicat des avocats de France en passant par la Ligue des droits de l&amp;rsquo;Homme et Reporters Sans Frontières.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&#34;lacceptation&#34;&gt;L&amp;rsquo;acceptation&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La surdité du grand public peut s&amp;rsquo;expliquer selon plusieurs points de vue.&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&#34;complexité-et-dénigrement&#34;&gt;Complexité et dénigrement&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le fait que, de manière générale et pas seulement pour ce qui touche aux libertés numériques, il est toujours plus difficile d&amp;rsquo;expliquer en masse des idées complexes que des idées simples, en particulier lorsqu&amp;rsquo;il s&amp;rsquo;agit de réagir à la volonté de l&amp;rsquo;État. La cause de cette difficulté a déjà été expliquée par La Boétie dans son &lt;em&gt;Discours de la servitude volontaire&lt;/em&gt; : c&amp;rsquo;est parce que le peuple a oublié sa liberté qu&amp;rsquo;il se soumet à l&amp;rsquo;absolutisme. Dans le cas qui nous concerne, les promoteurs de la loi Renseignement ont eu beau jeu de dénigrer les représentants pertinents de la société civile (mentionnés ci-dessus) qui leur opposaient de solides arguments techniques et juridiques, en les qualifiant de « geeks » séditieux (rappelant trop bien les « 5 gus dans un garage » de la loi Hadopi) et de colporteurs de fantasmes. Ils savaient parfaitement que les discours techniques et juridiques qu&amp;rsquo;ils avaient eux-mêmes des difficultés à comprendre, ne seraient pas entendus par le grand public non seulement à cause de leur complexité mais aussi et surtout parce qu&amp;rsquo;un travail de soumission de la population à la peur du terrorisme a été effectué en profondeur auparavant. On peut donc reconnaître que le discrédit systématique des détracteurs a été efficace non seulement auprès du grand public (passage télévision, radios nationales, etc.) mais aussi auprès des députés qui hésitaient encore malgré les invectives de leurs partis respectifs.&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&#34;unité-sécurité&#34;&gt;Unité, sécurité&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le fameux « esprit du 11 janvier » répété &lt;em&gt;ad nauseam&lt;/em&gt; en guise de contre-argument à toute contradiction du parti majoritaire de l&amp;rsquo;Assemblée a aussi entretenu un discours de servitude : toute manifestation qui ne serait pas le fruit d&amp;rsquo;une communion générale et compassionnelle du peuple envers les dangers qui guettent la démocratie — dangers que seul le gouvernement serait à même de définir —, est comprise comme une atteinte aux intérêts de l&amp;rsquo;État et par conséquent peut même tomber sous le coup de la loi Renseignement. C&amp;rsquo;est là l&amp;rsquo;effet pervers de la dialectique faussée entre sécurité et liberté : en déplaçant l&amp;rsquo;enjeu sur le thème de la défense des citoyens au nom de la sécurité, le seul discours qui était alors acceptable devenait celui d&amp;rsquo;un choix artificiel entre le risque terroriste et la grande braderie des libertés. Tel fut en tout cas l&amp;rsquo;objet de certains sondages qui posaient la question « Êtes-vous prêts à restreindre un peu de votre liberté pour plus de sécurité ? ». L&amp;rsquo;impact de ces sondages fut dévastateur puisqu&amp;rsquo;une idée communément partagée en démocratie consiste à être persuadé que les élus du peuple ne feraient jamais rien qui puisse restreindre outre-mesure les libertés. Et nous revoici chez La Boétie.&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&#34;internet-cest-google&#34;&gt;Internet, c&amp;rsquo;est Google&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Du côté des élus, il ne faudrait tout de même pas croire qu&amp;rsquo;un bloc monolithique a été formé en faveur de la loi. Une petite cinquantaine de députés a tout de même voté contre le projet. Mais parmi les élus il y a aussi une grande part des individus soumis comme tout le monde à la logique de la centralisation des données et aux mutations de la vie privée qu&amp;rsquo;implique l&amp;rsquo;économie numérique noyautée par les GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft). Contrairement à l&amp;rsquo;analogie commune, il ne s&amp;rsquo;agit pas d&amp;rsquo;un Big Brother à la manière d&amp;rsquo;Orwell, mais plutôt, pour reprendre l&amp;rsquo;expression d&amp;rsquo;Alain Damasio, d&amp;rsquo;un &lt;a href=&#34;http://www.lesinrocks.com/2013/11/25/medias/lauteur-sf-alain-damasio-disseque-societe-controle-cest-pas-big-brother-cest-big-mother-11447605/&#34;&gt;Big Mother&lt;/a&gt;. Le Big Brother d&amp;rsquo;Orwell reflète la soumission des esprits à un contrôle totalitaire, alors qu&amp;rsquo;on ne peut qu&amp;rsquo;accepter de confier ses données privées à Big Mother en échange du bien-être qu&amp;rsquo;octroient tous ses services et son amour incommensurable. Par conséquent, si d&amp;rsquo;un côté les individus sont prêts à sacrifier leur anonymat et leur vie privée en échange des biens et services mercantiles, que ne le seraient-ils pas en échange de la sécurité de l&amp;rsquo;État ? C&amp;rsquo;est en tout cas l&amp;rsquo;approche régulière de beaucoup de nos députés qui, par un extraordinaire manque de compétence et d&amp;rsquo;analyse sont convaincus qu&amp;rsquo;Internet n&amp;rsquo;est autre qu&amp;rsquo;une somme de services proposés par les GAFAM et nullement l&amp;rsquo;outil aujourd&amp;rsquo;hui majeur de la liberté d&amp;rsquo;expression, de la créativité et du partage des connaissances et des techniques. Eux-mêmes sont donc soumis à Big Mother et, aveuglés par leur stupidité (qui, comme le disait Kant, n&amp;rsquo;est pas un mal mais un vice sans remède), n&amp;rsquo;en voient pas les dangers. Leur soumission doit alors s&amp;rsquo;imposer de la même manière à tous dans une sorte de résignation et d&amp;rsquo;indifférence générale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, c&amp;rsquo;est aussi du côté de l&amp;rsquo;architecture d&amp;rsquo;Internet et de ses écosystèmes qu&amp;rsquo;il faut aussi effectuer un travail introspectif. C&amp;rsquo;est ce qu&amp;rsquo;a fait Eben Moglen lors d&amp;rsquo;une &lt;a href=&#34;https://benjamin.sonntag.fr/Moglen-a-Re-Publica-defendre-notre-liberte-de-penser-exige&#34;&gt;conférence&lt;/a&gt; intitulée « Pourquoi la liberté de pensée exige des médias libres ? ». L&amp;rsquo;Internet que nous voulons construire doit absolument intégrer la notion d&amp;rsquo;anonymat comme paramètre par défaut, contre les tentatives de contrôle. Tristan Nitot a sur ce point tout à fait raison lorsqu&amp;rsquo;il explique, à l&amp;rsquo;instar de Michel Foucault dans &lt;em&gt;Surveiller et punir&lt;/em&gt;, la &lt;a href=&#34;http://standblog.org/blog/post/2015/04/18/Que-penser-du-sondage-liberte-contre-securite&#34;&gt;logique panoptique&lt;/a&gt; à laquelle nous devons désormais faire face : sans anonymat et avec une surveillance de masse (même potentielle, c&amp;rsquo;est la caractéristique panoptique) de nos données contrôlées par l&amp;rsquo;État, nous ne sommes plus capables de penser.&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&#34;déni-démocratique&#34;&gt;Déni démocratique&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Alors quoi ? Le réquisitoire semble sans appel. Pour reprendre encore les mots de Hannah Arendt qui désigne l&amp;rsquo;origine du totalitarisme comme le fruit d&amp;rsquo;une « faillite du jugement et la démission de la conscience morale », tous les ingrédients semblent être réunis : incompétence des élus, simplification des débats et sophismes outranciers, dénigrement des experts et déni de démocratie (on passe la loi en procédure d&amp;rsquo;urgence pour couper court aux débats). Pourtant les consciences sont alertes : les associations ont effectué de belles tentatives d&amp;rsquo;explication aux élus (par mail et par téléphone) de manière organisée et argumentée. Et pourtant cette participation Ô combien civique des citoyens au débat public a été qualifié de « pressions » par &lt;a href=&#34;http://www.numerama.com/magazine/33012-loi-renseignement-valls-denonce-les-pressions-de-la-societe-civile.html&#34;&gt;le premier ministre lui-même&lt;/a&gt;. Il était alors certainement oublieux des représentants de consortiums industriels, pharmaceutiques et agro-économiques qui hantent les alcôves des bâtiments officiels et qui, eux, ont des moyens bien plus conséquents pour exercer leurs pressions et modeler les lois. Le simple fait de qualifier de « pressions » l&amp;rsquo;implication des citoyens, et parmi eux les plus experts en matière de technologies numériques et de réseaux, montre à quel point un fossé de plus en plus grand s&amp;rsquo;est ouvert entre élus et citoyens. Poncif. Tout le monde en avait déjà conscience. Mais ce qui est beaucoup plus curieux, c&amp;rsquo;est que ce fossé s&amp;rsquo;est aussi creusé entre les élus eux-mêmes. En effet, à chaque proposition d&amp;rsquo;amendement qui n&amp;rsquo;allait pas dans le sens des promoteurs du projet de loi, les mots du ministre de l&amp;rsquo;Intérieur furent tantôt sévères tantôt désobligeants, prétendant que les protagonistes n&amp;rsquo;avaient pas lu le texte ou se laissaient berner par des fantasmes. Accusations graves sur les bancs des députés, mais les réactions furent négligeables. Que dire en effet, lorsque toute contradiction est à ce point refusée ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le philosophe Paul Ricœur affirmait qu&amp;rsquo;on reconnaît une démocratie à partir du moment où elle peut intégrer ses propres contradictions. L&amp;rsquo;outil principal des dialogues contradictoires est justement la liberté d&amp;rsquo;expression sur la place publique. Or, si tout dialogue est refusé, que peut-on attendre d&amp;rsquo;autre d&amp;rsquo;une loi qui vise à restreindre la liberté d&amp;rsquo;expression au nom de la sécurité ? Le comportement du ministre de l&amp;rsquo;Intérieur n&amp;rsquo;était donc pas surprenant.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&#34;vision-simpliste-de-létat&#34;&gt;Vision simpliste de l&amp;rsquo;État&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il semble qu&amp;rsquo;à défaut de penchant totalitaire, nous ayons affaire à une forme de démagogie réactionnaire combinée à un abandon des responsabilités. Il serait trop simple, en effet, de faire appel au néologisme de &lt;em&gt;démocrature&lt;/em&gt;, repris ici et là. La &lt;em&gt;démocrature&lt;/em&gt;, en effet, est une démocratie tronquée : elle présente tout l&amp;rsquo;appareillage législatif d&amp;rsquo;une démocratie mais en pratique la classe politique ne ferait que promouvoir les intérêts de quelques uns. Concernant la loi Renseignement, on ne peut pas réduire la tentative de surveillance de masse à la défense d&amp;rsquo;intérêts particuliers (même si pour d&amp;rsquo;autres lois, on peut en effet se poser la question) : le projet de loi n&amp;rsquo;obéit ici qu&amp;rsquo;à trois principes :&lt;/p&gt;
&lt;ol&gt;
&lt;li&gt;Donner un nouveau cadre à la lutte anti-terroriste (un mobile qui n&amp;rsquo;a jamais été remis en question par les détracteurs de la loi), et élargir cette lutte à d&amp;rsquo;autres « intérêts de l&amp;rsquo;État »,&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;Organiser une surveillance de masse en prétendant que la sécurité (dont on n&amp;rsquo;évalue jamais le niveau d&amp;rsquo;efficacité) doit être assurée au prix d&amp;rsquo;une liberté d&amp;rsquo;expression limitée, c&amp;rsquo;est à dire un discours réactionnaire et paternaliste justifié par la croyance en l&amp;rsquo;insécurité permanente (« c&amp;rsquo;était mieux avant », « les temps ont changé, il faut s&amp;rsquo;adapter », « la récréation est terminée », etc.),&lt;/li&gt;
&lt;li&gt;L&amp;rsquo;abandon des responsabilités : les gouvernants s&amp;rsquo;en réfèrent à l&amp;rsquo;expertise (forcément biaisée) pour justifier les décisions, ce qui a pour effet de déresponsabiliser leur discours et de circonscrire toujours plus le rôle de l&amp;rsquo;État à la maintenance de l&amp;rsquo;ordre (la crise économique aidant, toute mesure de gouvernance est imposée par d&amp;rsquo;autres États auprès desquels il faut chercher modèle ; la sécurité est donc l&amp;rsquo;un des rares créneaux où nous pouvons agir par nous-mêmes).&lt;/li&gt;
&lt;/ol&gt;
&lt;h3 id=&#34;le-conseil-de-leurope-fait-la-leçon&#34;&gt;Le Conseil de l&amp;rsquo;Europe fait la leçon&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;À l&amp;rsquo;approche de l&amp;rsquo;examen du projet de loi par le Sénat, le Commissaire aux Droits de l&amp;rsquo;Homme du Conseil de l&amp;rsquo;Europe s&amp;rsquo;est fendu d&amp;rsquo;une &lt;a href=&#34;https://wcd.coe.int/ViewDoc.jsp?Ref=CommDH(2015)13&#34;&gt;lettre claire et concise&lt;/a&gt; adressée aux membres du Sénat français. En substance, Nils Muižnieks rappelle que les droits de l&amp;rsquo;homme « ont subit les répercussions des mesures prises par divers états afin de lutter contre le terrorisme ». Il ajoute à l&amp;rsquo;intention expresse du Sénat français :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;(…) Le rapport adopté par l&amp;rsquo;Assemblée parlementaire du Conseil de l&amp;rsquo;Europe le 21 avril dernier a ainsi mis en évidence les menaces que la surveillance de masse fait peser sur le droit au respect de la vie privée et familiale, le secret des sources journalistiques ou encore le secret professionnel des avocats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;À cet égard, le projet de loi relatif au renseignement suscite de nombreuses inquiétudes (…).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En premier lieu le champ d&amp;rsquo;application extrêmement vaste de ce projet de loi, qui dépasse largement la lutte contre le terrorisme, est insuffisamment clairement circonscrit et risque de viser des activités dont la nature ne justifie pas le recours aux moyens de surveillance prévus par ce texte. Ces moyens sont, en effet, particulièrement intrusifs (…)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La délivrance d&amp;rsquo;un simple avis par la Commission nationale de contrôle des techniques de renseignement, la possibilité d&amp;rsquo;y déroger en cas d&amp;rsquo;urgence ainsi que l&amp;rsquo;absence d&amp;rsquo;intervention de l&amp;rsquo;autorité judiciaire dans le processus décisionnel visant à la mise en œuvre des mesures de surveillance confèrent à l&amp;rsquo;exécutif une marge de manœuvre insuffisamment contrebalancée.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Quelle gifle ! En d&amp;rsquo;autres temps, nous nous serions rendus sur le pré en échangeant des politesses et des coups de sabres. Comment se fait-il qu&amp;rsquo;une aussi haute institution que le Sénat français fasse à ce point l&amp;rsquo;objet d&amp;rsquo;un tel rappel à l&amp;rsquo;ordre ? Tout ce se passe exactement comme si les idéaux de la Déclaration universelle des droits de l&amp;rsquo;homme et du citoyen, dont la France s&amp;rsquo;enorgueillit tellement, étaient dévoyés par nos élus. Serait-ce donc aussi &lt;em&gt;has been&lt;/em&gt; que de s&amp;rsquo;assurer que les droits de l&amp;rsquo;homme soient respectés par les lois, alors même que notre Déclaration est le fruit de près d&amp;rsquo;un siècle de travail des philosophes les plus illustres des &lt;span style=&#34;font-variant: small-caps;&#34;&gt;xvii&lt;/span&gt;&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; &lt;span style=&#34;font-variant: small-caps;&#34;&gt;xviii&lt;/span&gt;&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècles ? À moins que justement il s&amp;rsquo;agisse d&amp;rsquo;une conception de l&amp;rsquo;État pré-révolutionnaire, comme s&amp;rsquo;il n&amp;rsquo;y avait plus d&amp;rsquo;autre action possible que de sauvegarder un pouvoir qui s&amp;rsquo;étiole, en particulier face à la mondialisation des rapports économiques, belliqueux, ou technologiques. Une sorte de gesticulation motivée par la peur de l&amp;rsquo;impuissance et un retour à une conception hobbesienne de l&amp;rsquo;État.&lt;/p&gt;
&lt;h3 id=&#34;retour-du-léviathan&#34;&gt;Retour du Léviathan&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Thomas Hobbes fut l&amp;rsquo;un des premiers à avoir théorisé le rôle de l&amp;rsquo;État. Ce dernier agit comme le mythique Léviathan, unique et absolu, détenteur du pouvoir ultime avec lequel les individus passent un contrat (social) en échangeant leur liberté naturelle, source de conflit et de chaos, contre l&amp;rsquo;ordre et la sécurité. Pourquoi une telle vision apocalyptique d&amp;rsquo;un monde sans État puissant ? Tout simplement parce que Hobbes pensait à la violente guerre civile dont l&amp;rsquo;Angleterre se remettait à peine. C&amp;rsquo;est la peur qui a guidé la plume de Hobbes, tout comme la peur de perdre leur autorité (donc celle de l&amp;rsquo;État) dicte le discours des promoteurs de la loi Renseignement. Dans ce contexte, il est donc très important peur eux de réduire au maximum le rôle de la loi Renseignement à la sauvegarde de l&amp;rsquo;ordre établi, comme une surcouche aux autres lois existantes. Ainsi furent déclinés les intérêts de l&amp;rsquo;État autres que la protection des citoyens contre le terrorisme, lui-même vu (érigé ?) comme un embryon de guerre civile. Le résultat est que les intérêts ainsi défendus au détriment des libertés sont bien trop englobants, et ne laissent plus de place aux contradictions démocratiques, ce que souligne justement le Commissaire au droits de l&amp;rsquo;Homme du Conseil de l&amp;rsquo;Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais Hobbes n&amp;rsquo;a fait qu&amp;rsquo;initier une discussion qui s&amp;rsquo;est étalée sur plus d&amp;rsquo;un siècle. Quelques années après la parution du &lt;em&gt;Leviathan&lt;/em&gt;, ce furent Jean-Jacques Rousseau et John Locke (pour ne citer qu&amp;rsquo;eux) qui eurent l&amp;rsquo;intelligence de s&amp;rsquo;intéresser à la connaissance et à la raison dont sont loin d&amp;rsquo;être dénués les individus. Si donc l&amp;rsquo;individu est doté de raison et de connaissance, et donc de jugement, l&amp;rsquo;État ne règne pas en maître sur des individus écervelés prêts à s&amp;rsquo;étriper pour une pomme tombée de l&amp;rsquo;arbre. Oui, les hommes sont capables d&amp;rsquo;auto-gouvernance et, en termes modernes, on traduit cela par la capacité de la société civile à à se faire entendre. La société civile est non seulement capable d&amp;rsquo;expertise mais les institutions démocratiques sont ainsi faites qu&amp;rsquo;il ressort même de l&amp;rsquo;obligation du citoyen de faire valoir ce droit à exercer ce civisme. La manière dont fut votée la loi Renseignement à l&amp;rsquo;Assemblée nationale a montré que nos élus n&amp;rsquo;en sont restés qu&amp;rsquo;à Hobbes, dans une surdité totale face aux arguments de ceux qui, pourtant, sont les mieux placés pour juger de la recevabilité ou non d&amp;rsquo;une telle loi. Retour aux classiques, au moins jusque &lt;a href=&#34;http://fr.wikipedia.org/wiki/D%C3%A9claration_des_droits_de_l%27homme_et_du_citoyen_de_1789&#34;&gt;1789&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&#34;conclusion&#34;&gt;Conclusion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour le dire simplement, le discours paternaliste ambiant doublé d&amp;rsquo;une conception étriquée du rapport entre liberté et sécurité, est forcément source d&amp;rsquo;un schisme qui ne tardera pas à éclater entre le gouvernement et la société civile. Cette prédiction n&amp;rsquo;est pas forcément un bon signe dans la mesure où l&amp;rsquo;abandon et l&amp;rsquo;irresponsabilité des élus a provoqué autant de frustrations de tous ordres dans une société en crise. En d&amp;rsquo;autres termes le schisme en question risque de ne pas être révolutionnaire (et pacifique) mais conflictuel. Le processus de la loi Renseignement cristallise une partie des grands maux qui sclérosent la vie politique française. Les effets seront dévastateurs pour la démocratie. Parmi les détracteurs de ce projet de loi figurent ce qu&amp;rsquo;on appelle des &lt;em&gt;leader&lt;/em&gt; d&amp;rsquo;opinion. Ceux-ci auront bien raison de souligner la manière dont l&amp;rsquo;État français considère les libertés et en particulier parce qu&amp;rsquo;une partie non négligeable de la liberté d&amp;rsquo;expression et la puissance fédératives des idées (démocratiques ou non) se concrétisent aujourd&amp;rsquo;hui par la voie numérique. L&amp;rsquo;Europe serait-elle une dernière niche où, malgré les lobbies, le dialogue démocratique reste possible ? Les voix y sont en tout cas entendues, comme l&amp;rsquo;ont déjà montré, bien qu&amp;rsquo;au prix d&amp;rsquo;énormes efforts, les mobilisations contre Acta et les atteintes à la neutralité d&amp;rsquo;Internet, et encore en ce moment même à propos de la réforme du droit d&amp;rsquo;auteur. L&amp;rsquo;avenir peut nous réserver de belle surprises. Concluons en tout cas sur cette note positive, à défaut d&amp;rsquo;un grand désarroi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#34;https://sous-surveillance.fr&#34;&gt;&lt;img src=&#34;https://wiki.laquadrature.net/images/5/54/Pjl_rens_banner.png&#34; alt=&#34;Non à la loi renseignement&#34; title=&#34;Non à la loi renseignement&#34; /&gt;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
</description>
    </item>
    
    <item>
      <title>Liberté, sécurité, Benjamin Franklin</title>
      <link>https://golb.statium.link/post/20150406libertebenjfranklin/</link>
      <pubDate>Mon, 06 Apr 2015 00:00:00 +0000</pubDate>
      <author>situveuxmonadresse@demande-la.moi (Christophe Masutti)</author>
      <guid>https://golb.statium.link/post/20150406libertebenjfranklin/</guid>
      <description>&lt;p&gt;« Ceux qui sont prêts à sacrifier une liberté essentielle, pour acquérir une petite sécurité temporaire, ne méritent ni la liberté ni la sécurité ». Cette citation attribuée à Benjamin Franklin résonne comme un slogan partout où la question des libertés individuelles et le droit à la vie privée sont menacés par des politiques publiques ou de nouvelles dispositions juridiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Après l&amp;rsquo;affaire E. Snowden, et aujourd&amp;rsquo;hui en France l&amp;rsquo;actuel projet de Loi Renseignement qui fait craindre un nouveau Patriot Act à la française, de nombreuses voix s&amp;rsquo;élèvent pour la défense de la justice et contre la surveillance de masse. On fait alors appel à de grandes figures de la défense des droits civils, parmi lesquelles Benjamin Franklin, un des Pères de la Constitution américaine et signataire de la Déclaration d&amp;rsquo;Indépendance. À la face des décideurs que l&amp;rsquo;on pense bien inspirés du modèle démocratique qui vit naître les pratiques honteuses de la NSA, retourner une citation chargée de l&amp;rsquo;histoire même de la naissance de cette grande démocratie américaine, revêt une couleur bien jubilatoire. « Tel est pris qui croyait prendre », aurait dit La Fontaine, mais pour qui exactement ? D&amp;rsquo;où vient cette citation ? et dans quel contexte a-t-elle été écrite ? Vous allez voir, c&amp;rsquo;est assez surprenant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, lors d&amp;rsquo;un débat, en particulier par écrit, je ne supporte pas de citer sans connaître la source d&amp;rsquo;une citation et m&amp;rsquo;assurer que je ne me fourvoye pas dans quelque impasse dont j&amp;rsquo;aurais toutes les difficultés à sortir. Je ne suis pas le seul, tous les Wikipédiens sont dans ce cas-là, ainsi que les chercheurs, toutes les professions obéissant à des règles de déontologie et de probité, et — oserai-je le dire ? — tout le monde, quoi, sauf les menteurs. Il ne s&amp;rsquo;agit pas tant de « ramener sa science » que d&amp;rsquo;être sûr de ce qu&amp;rsquo;on avance sous peine de se voir aussitôt discrédité. Cette citation de B. Franklin a de nombreux attraits mais elle m&amp;rsquo;a toujours étonné de la part d&amp;rsquo;un homme politique de son envergure, peu enclin à sortir des jugements à l&amp;rsquo;emporte-pièce tels qu&amp;rsquo;on en rencontre trop fréquemment chez nos policitiens français dont le niveau intellectuel est pourtant bien éloigné des monuments politiques révolutionnaires du &lt;span style=&#34;font-variant:small-caps;&#34;&gt;xviii&lt;/span&gt;&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; siècle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La citation elle-même, mentionnée sur la Statue de la Liberté, est souvent citée de manière transformée. Par exemple on trouve parfois une forme largement discutable du style : « un peuple qui serait prêt à sacrifier sa liberté pour obtenir la sécurité, ne mérite ni l&amp;rsquo;un ni l&amp;rsquo;autre ». Il est donc important de retrouver le texte original. Il existe une édition électronique des écrits de Benjamin Franklin, en accès gratuit (il faut toutefois accepter une licence), et on peut trouver le texte de 1755 : « &lt;a href=&#34;http://franklinpapers.org/franklin/framedVolumes.jsp?vol=6&amp;amp;page=238a&#34;&gt;Pennsylvania Assembly: Reply to the Governor. November 11, 1755&lt;/a&gt; », in: &lt;em&gt;Votes and Proceedings of the House of Representatives, 1755-1756&lt;/em&gt; (Philadelphia, 1756), pp. 19-21. La citation en anglais est la suivante  : « Those who would give up essential Liberty, to purchase a little temporary Safety, deserve neither Liberty nor Safety. »&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Néanmoins, à la lecture du document, et sans connaître au moins quelques éléments clés de l&amp;rsquo;histoire de la Pennsylvanie, il est assez difficile de comprendre le sens de cette phrase située dans l&amp;rsquo;avant-dernier paragraphe. Toujours est-il que la lecture générale du texte semble nous amener sur un tout autre domaine que celui des considérations actuelles qui nous font citer B. Franklin à tour de bras. Même si, au fond, la problématique reste la même (liberté &lt;em&gt;vs.&lt;/em&gt; sécurité), un commentaire s&amp;rsquo;avère nécessaire. Et ce commentaire, je l&amp;rsquo;ai trouvé chez B. Wittes, un chercheur de la Harvard Law School, dont je reproduis le propos ci-dessous, avec son aimable autorisation. Il s&amp;rsquo;agit d&amp;rsquo;un court texte qui renvoie à un article plus conséquent, cité en note. Je dois aussi remercier Valentin qui m&amp;rsquo;a soufflé cette référence dans un commentaire précédent sur ce blog.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&#34;ce-que-benjamin-franklin-a-vraiment-dit&#34;&gt;Ce que Benjamin Franklin a vraiment dit&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Par &lt;a href=&#34;http://www.lawfareblog.com/author/benjamin/&#34;&gt;Benjamin Wittes&lt;/a&gt;, &lt;em&gt;Lawfare&lt;/em&gt;, le 15 juillet 2011&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Source&lt;/strong&gt; : &lt;a href=&#34;http://www.lawfareblog.com/2011/07/what-ben-franklin-really-said/&#34;&gt;Lawfareblog&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;En faisant des recherches pour un article que je suis en train d&amp;rsquo;écrire à propos de la relation entre liberté et sécurité&lt;a href=&#34;#fn1&#34; class=&#34;footnoteRef&#34; id=&#34;fnref1&#34;&gt;&lt;sup&gt;1&lt;/sup&gt;&lt;/a&gt;, il y a un fait historique intéressant que j&amp;rsquo;ai creusé : cette célèbre citation de Benjamin Franklin, selon laquelle « ceux qui sont prêts à sacrifier une liberté essentielle, pour acquérir une petite sécurité temporaire, ne méritent ni la liberté ni la sécurité », ne signifie pas ce qu&amp;rsquo;elle semble vouloir dire. Pas du tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J&amp;rsquo;ai commencé à travailler sur cette citation car je m&amp;rsquo;attaque au problème de fond à propos de l&amp;rsquo;idée que la liberté et la sécurité participent d&amp;rsquo;une forme d&amp;rsquo;« équilibre » entre l&amp;rsquo;une et l&amp;rsquo;autre — et la citation est particulièrement illustrative de la thèse de l&amp;rsquo;équilibre. En effet, ces mots de B. Franklin sont peut-être les plus célèbres jamais écrits à ce propos. Une version est gravée sur la Statue de la Liberté. Ils sont cités à l&amp;rsquo;envi par ceux qui pensent que ces deux valeurs coexistent l&amp;rsquo;une et l&amp;rsquo;autre dans un état d&amp;rsquo;équilibre précaire, toujours changeant, et que les questions de sécurité menacent toujours de perturber. Tout étudiant en Histoire américaine les connaît. Et tout amoureux de la liberté les a entendu et sait qu&amp;rsquo;ils se rapportent à cette grande vérité à propos de la constitution d&amp;rsquo;un gouvernement civilisé — c&amp;rsquo;est-à-dire que nous autorisons un gouvernement à nous protéger dans un marché diabolique dont nous sortirons perdants sur le long terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, très peu sont ceux qui, citant ces mots, ont une idée de leur provenance ou de ce que B. Franklin a vraiment voulu exprimer lorsqu&amp;rsquo;ils les écrivit. Ce n&amp;rsquo;est pas du tout surprenant, car ils sont bien plus souvent cités qu&amp;rsquo;expliqués, et le contexte dans lequel on les trouve est une bataille politique qui suscite peu l&amp;rsquo;intérêt des lecteurs d&amp;rsquo;aujourd&amp;rsquo;hui. La plupart des biographes de B. Franklin ne les citent pas du tout, et aucun des textes que j&amp;rsquo;ai trouvé ne tente sérieusement de les expliquer au regard de leur contexte. Résultat : pour aller au fond de ce qu&amp;rsquo;ils signifiaient pour B. Franklin, on doit fouiller les sources des années 1750, avec une littérature biographique secondaire qui ne donne qu&amp;rsquo;un cadre à la discussion. Je suis toujours en train de paufiner les détails, mais ce que je peux dire avec certitude à ce stade, c&amp;rsquo;est que B. Franklin n&amp;rsquo;affirmait rien de ce que pensons lorsque nous citons ses mots.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils apparaissent originellement dans une lettre de 1755 que B. Franklin est censé avoir écrit au nom de l&amp;rsquo;Assemblée de Pennsylvanie à l&amp;rsquo;intention du gouverneur colonial durant la &lt;a href=&#34;http://fr.wikipedia.org/wiki/Guerre_de_la_Conqu%C3%AAte&#34;&gt;Guerre de Conquête&lt;/a&gt;. La lettre était une salve dans la lutte de pouvoir entre le gouverneur et l&amp;rsquo;Assemblée à propos du financement de la sécurité à la frontière, alors que l&amp;rsquo;Assemblée souhaitait taxer les terres de la famille Penn, qui gouvernait la Pennsylvanie de loin, de manière à lever des fonds pour la défense contre les attaques des Français et des Indiens. À la demande de la famille, le gouverneur émit son veto contre les actions de l&amp;rsquo;Assemblée. Donc pour commencer, B. Franklin n&amp;rsquo;écrivait pas dans la situation d&amp;rsquo;un sujet à qui il serait demandé de céder sa liberté à un gouvernement, mais en sa qualité de législateur à qui il est demandé de renoncer à son pouvoir de taxer des terres théoriquement sous sa juridiction. En d&amp;rsquo;autres termes, la « liberté essentielle » à laquelle se réfère B. Franklin n&amp;rsquo;est pas ce à quoi nous nous référons aujourd&amp;rsquo;hui à propos des libertés civiles mais, plutôt, au droit de l&amp;rsquo;auto-gouvernance d&amp;rsquo;un corps législatif dans l&amp;rsquo;intérêt de la sécurité collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, l&amp;rsquo;« [obtention] d&amp;rsquo;une petite sécurité temporaire » que récrimine B. Franklin n&amp;rsquo;est pas la cession d&amp;rsquo;un pouvoir à un gouvernement Leviathan en échange de quelque promesse de protection envers une menace extérieure  ; car dans la lettre de B. Franklin, le mot « acquérir » ne semble pas être une métaphore. En insistant pour assujettir les terres Penn aux impôts, l&amp;rsquo;Assemblée était accusée par le gouverneur de bloquer l&amp;rsquo;affectation des fonds pour la défense de la frontière — ce qui justifiait ainsi son intervention. Par ailleurs, la famille Penn offrit plus tard de l&amp;rsquo;argent pour la défense de la frontière aussi longtemps que l&amp;rsquo;Assemblée voulait reconnaître qu&amp;rsquo;elle n&amp;rsquo;avait pas le pouvoir de taxer ses terres. B. Franklin a donc contesté le choix qui s&amp;rsquo;imposait au corps législatif, entre d&amp;rsquo;un côté être capable de rassembler des fonds pour défendre la frontière et, de l&amp;rsquo;autre, conserver son droit à l&amp;rsquo;auto-gouvernance — et il critiqua le gouverneur d&amp;rsquo;avoir suggéré qu&amp;rsquo;on devait être prêt à renoncer au second pour obtenir le premier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En somme, B. Franklin n&amp;rsquo;évoquait pas la tension entre le pouvoir du gouvernement et la liberté individuelle. Il faisait plutôt référence à l&amp;rsquo;auto-gouvernance efficace au service de la sécurité en tant que liberté même, réfractaire à la marchandisation. Nonobstant la manière dont la citation est arrivée jusqu&amp;rsquo;à nous, B. Franklin conçevait sur le même plan les droits à la liberté et à la sécurité de la Pennsylvanie.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
</description>
    </item>
    
    <item>
      <title>Nos imprimantes nous espionnent-elles?</title>
      <link>https://golb.statium.link/post/20150404nosimprimantes/</link>
      <pubDate>Sat, 04 Apr 2015 00:00:00 +0000</pubDate>
      <author>situveuxmonadresse@demande-la.moi (Christophe Masutti)</author>
      <guid>https://golb.statium.link/post/20150404nosimprimantes/</guid>
      <description>&lt;p&gt;En 2008, l&amp;rsquo;&lt;a href=&#34;https://www.eff.org/&#34;&gt;Electronic Frontier Foundation&lt;/a&gt; faisait &lt;a href=&#34;https://www.eff.org/issues/printers&#34;&gt;une annonce&lt;/a&gt; pour le moins étonnante : les imprimantes nous espionnent ! Pour cette organisation internationale de défense de la liberté d&amp;rsquo;expression sur Internet, puissance incontournable de l&amp;rsquo;analyse et des actions juridiques relevant des libertés individuelles dans le contexte de notre monde numérisé, la question ne se limitait pas à ce que pouvaient ou non divulguer les imprimantes. En 2015, après les affaires Snowden (international) et en plein dans notre débat franco-français sur le projet de loi Renseignement, une &lt;a href=&#34;https://www.eff.org/pages/list-printers-which-do-or-do-not-display-tracking-dots&#34;&gt;nouvelle information&lt;/a&gt; a tendance à passer inaperçue : tous les fabricants majeurs d&amp;rsquo;imprimantes ont passé des accords secrets avec les gouvernements. Voici un petit retour &lt;em&gt;in French&lt;/em&gt; sur l&amp;rsquo;action de l&amp;rsquo;EFF et cette révélation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C&amp;rsquo;est déjà une affaire &lt;a href=&#34;https://www.eff.org/fr/wp/investigating-machine-identification-code-technology-color-laser-printers&#34;&gt;vieille de 10 ans&lt;/a&gt;. En 2005, déjà, alertée par des suspicions de pratiques de stéganographie cachée par les fabricants de certaines imprimantes couleur laser, l&amp;rsquo;EFF avait cracké le code des imprimantes Xerox Docucolor et &lt;a href=&#34;https://w2.eff.org/Privacy/printers/docucolor/&#34;&gt;publié la méthode&lt;/a&gt;. Pour l&amp;rsquo;EFF, même si on pouvait comprendre que ce genre de pratique s&amp;rsquo;inscrivait légitimement dans le cadre de la lutte contre la contrefaçon de monnaie, il s&amp;rsquo;agissait surtout de se demander quel pouvait être l&amp;rsquo;usage de ces informations, leur accès par des services gouvernementaux et les éventuels recours des citoyens. Si, en effet, vous imprimez un document et souhaitez le diffuser ou pour le compte de quelqu&amp;rsquo;un d&amp;rsquo;autre dont vous ignorez l&amp;rsquo;usage qu&amp;rsquo;il fera du document, le fait que l&amp;rsquo;on puisse vous identifier comme l&amp;rsquo;imprimeur est une violation caractérisée de la vie privée. Imaginez par exemple que l&amp;rsquo;on puise vous identifier comme étant celui qui a imprimé le tract d&amp;rsquo;appel à manifestation qui vient d&amp;rsquo;être affiché à la cantine ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici, ci-dessous, une traduction des éléments majeurs de l&amp;rsquo;annonce de l&amp;rsquo;EFF en 2008 et des actions envisagées.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;Et si, à chaque fois que vous imprimez un document, ce dernier comprenait un code secret permettant d&amp;rsquo;identifier votre imprimante — et potentiellement la personne qui l&amp;rsquo;utilise. On se croirait dans un épisode d&amp;rsquo;Alias, non ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malheureusement, ce scénario n&amp;rsquo;a rien d&amp;rsquo;une fiction. Dans sa soi-disante lutte contre la contrefaçon, le gouvernement américain a réussi à persuader certains fabricants d&amp;rsquo;imprimantes laser couleur d&amp;rsquo;encoder chaque page avec des informations d&amp;rsquo;identification. Cela signifie que sans que vous le sachiez ou sans votre consentement, vos actions privées peuvent devenir publiques. Un outil de communication quotidien peut devenir un outil de surveillance gouvernementale. Le pire, c&amp;rsquo;est qu&amp;rsquo;il n&amp;rsquo;y a pas de loi pour en prévenir les abus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&amp;rsquo;&lt;a href=&#34;https://www.aclu.org/&#34;&gt;ACLU&lt;/a&gt; (American Civil Liberties Union) a récemment publié un rapport révélant que le FBI a récolté plus de 1100 pages sur l&amp;rsquo;organisation depuis 2001 ainsi que des documents concernant d&amp;rsquo;autres groupes non-violents dont Greenpeace et United for Peace and Justice. Dans le climat politique actuel, il n&amp;rsquo;est pas difficile d&amp;rsquo;imaginer que le gouvernement use de la possibilité de déterminer qui a pu imprimer ces documents, à des fins bien différentes que celle de la lutte contre la contrefaçon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, il n&amp;rsquo;y a aucune loi qui empêche les Services Secrets d&amp;rsquo;utiliser les codes des imprimantes pour tracer secrètement l&amp;rsquo;origine de documents n&amp;rsquo;ayant aucun rapport avec la monnaie ; seule la politique de confidentialité du fabricant de votre imprimante vous protège (si toutefois elle existe). Et aucune loi ne défini quels type de documents les Services Secrets ou toute autre agence gouvernementale nationale ou étrangère sont autorisés à demander pour l&amp;rsquo;identification, sans mentionner comment un tel outil de police scientifique pourrait être développé et implémenté dans les imprimantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En l&amp;rsquo;absence de loi sur les livres, il n&amp;rsquo;y a rien pour arrêter les violations de la vie privée que cette technologie permet. Pour cette raison, l&amp;rsquo;EFF rassemble les informations sur ce que révèlent les imprimantes et comment elles le font —une prospective nécessaire à toute contestation judiciaire ultérieure ou à une nouvelle législation visant à protéger la vie privée. Et nous pourrions avoir besoin de votre aide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(…) Par ailleurs, afin de documenter ce que les imprimantes révèlent, l&amp;rsquo;EFF a déposé une demande relevant de la &lt;a href=&#34;http://fr.wikipedia.org/wiki/Freedom_of_Information_Act&#34;&gt;Freedom of Information Act (FOIA)&lt;/a&gt; et nous vous tiendrons au courant de ce que nous découvrirons. En attendant, nous vous invitons à passer le mot (…)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Peu de temps après, l&amp;rsquo;EFF publia &lt;a href=&#34;https://www.eff.org/pages/list-printers-which-do-or-do-not-display-tracking-dots&#34;&gt;une liste&lt;/a&gt; régulièrement mise à jour, recensant les imprimantes qui, d&amp;rsquo;après des tests, renvoyaient ou non des codes de traçabilité (en jaune) sur leurs sorties papier. Un nombre important de fabricants et d&amp;rsquo;imprimantes y sont mentionnés : cherchez bien, vous y trouverez peut-être votre matériel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et voici qu&amp;rsquo;en ce début de l&amp;rsquo;année 2015, les réponses à la demande FOIA sont révélées par l&amp;rsquo;EFF. Sur &lt;a href=&#34;https://www.eff.org/pages/list-printers-which-do-or-do-not-display-tracking-dots&#34;&gt;cette même page&lt;/a&gt;, un &lt;em&gt;warning&lt;/em&gt; nous apprend :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;(Ajouté en 2015) Plusieurs documents que nous avons préalablement reçu suite à notre requête &lt;a href=&#34;http://fr.wikipedia.org/wiki/Freedom_of_Information_Act&#34;&gt;FOIA&lt;/a&gt; suggèrent que tous les fabricants majeurs d&amp;rsquo;imprimantes laser couleur ont conclu un accord secret avec les gouvernements pour assurer une traçabilité permettant la recherche criminalistique. Bien que nous ne sachions pas encore si cela est correct, ou comment les générations suivantes de technologies traçantes pourront fonctionner, il est probablement plus sûr de supposer que toutes les imprimantes modernes laser couleur comprennent un moyen de traçabilité qui associe les documents avec leurs numéros de série.(…)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Pour conclure : dans le contexte actuel de mise en place de systèmes de surveillance généralisée, la traçabilité des documents imprimés prend une mesure que seule la lutte contre la contrefaçon ne suffit pas à justifier. Ne jetez pas encore vos vieilles machines à écrire et le papier carbone, il se peut que nous en ayons encore besoin ! Quant aux faits avérés par l&amp;rsquo;EFF, je dois dire que je suis davantage affolé par leurs implications que par le danger (bien réel, cependant) pour la liberté d&amp;rsquo;expression qu&amp;rsquo;ils représentent (eux aussi). D&amp;rsquo;une part, en effet, la liberté d&amp;rsquo;expression est bien plus menacée par des projets de lois qui cachent à peine les intentions des pouvoirs politiques en place. D&amp;rsquo;autre part, je m&amp;rsquo;interroge de plus en plus sur une société qui, découvrant peu à peu l&amp;rsquo;ampleur des atteintes à la vie privée que les démocraties organisent, commence à se figurer que les modèles démocratiques en place renient non seulement leurs principes mais dévoient aussi la confiance déjà chancelante que les citoyens leur accordent. Quelles sociétés et quels régimes politiques pourraient s&amp;rsquo;en accommoder encore longtemps ?&lt;/p&gt;
</description>
    </item>
    
    <item>
      <title>Demain, tous en garde à vue?</title>
      <link>https://golb.statium.link/post/20150108demaintousengardeavue/</link>
      <pubDate>Thu, 08 Jan 2015 00:00:00 +0000</pubDate>
      <author>situveuxmonadresse@demande-la.moi (Christophe Masutti)</author>
      <guid>https://golb.statium.link/post/20150108demaintousengardeavue/</guid>
      <description>&lt;p&gt;Cet article a été publié (et remanié) sur le célèbre Framablog à  &lt;a href=&#34;http://www.framablog.org/index.php/post/2015/01/11/patriot-act-francais-pour-nous-non&#34;&gt;cette adresse&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 id=&#34;sale-temps&#34;&gt;Sale temps&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Hier, c&amp;rsquo;était mon anniversaire, j&amp;rsquo;ai 40 ans. Hé bien, des jours comme ça, je m&amp;rsquo;en serais passé.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hier, c&amp;rsquo;était la barbarie : c&amp;rsquo;est Cabu, Charb, Wolinksi, Tignous, Honoré, et d&amp;rsquo;autres acteurs de Charlie Hebdo (sans oublier les policiers) qui ont été lâchement assassinés dans les locaux du journal par deux gros cons, des beaufs, des salauds. Ils s&amp;rsquo;en sont pris à des dessinateurs qui ont largement contribué à la formation de ma propre pensée critique à travers la lecture régulière du journal. Des copains, nos copains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce matin, j&amp;rsquo;ai la tête en vrac. J&amp;rsquo;ai à l&amp;rsquo;esprit ces mots de Ricoeur qui définissait la démocratie par le degré de maturation d&amp;rsquo;une société capable de faire face à ses propres contradictions et les intégrer dans son fonctionnement. Au centre, la liberté d&amp;rsquo;expression, outil principal de l&amp;rsquo;exercice de la démocratie. À travers nos copains assassinés, c&amp;rsquo;est cette liberté qui est en jeu aujourd&amp;rsquo;hui. Ils exerçaient cette liberté par le crayon et le papier. L&amp;rsquo;arme absolue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Charlie Hebdo n&amp;rsquo;a pas vocation à incarner de grands symboles, au contraire, les dénoncer et faire tomber les tabous est leur principale activité. C&amp;rsquo;est justement parce que la mort de dessinateurs est aujourd&amp;rsquo;hui devenue un symbole qu&amp;rsquo;il va falloir s&amp;rsquo;en méfier, car dans cette brèche s’engouffrent les tentatives protectionnistes et liberticides.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La liberté est insupportable pour les pseudos-religieux sectaires — et pour tout dire, une grosse bande de connards — qui tentent de la faire taire à grands coups de Kalachnikov et de bombes sournoises. La liberté est insupportable pour les fachos et autres réacs qui ne manqueront pas de s&amp;rsquo;engouffrer dans le piège grossier du repli et de la haine. La liberté est insupportable pour celui qui a peur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous vivons depuis des années sous le régime des plans vigipirate, des discours sécuritaires et du politiquement correct. Sous couvert de lutte contre le terrorisme, la surveillance généralisée de nos moyens de communication s&amp;rsquo;est taillé une belle part de nos libertés, sans oublier les entreprises qui font leur beurre en vendant aux États (et pas toujours les plus démocratiques) des « solutions » clé en main. Des lois liberticides au nom de l&amp;rsquo;antiterrorisme sont votées &lt;a href=&#34;http://www.numerama.com/magazine/31270-la-loi-anti-terrorisme-promulguee-sans-controle-constitutionnel.html&#34;&gt;sans réel examen approfondi&lt;/a&gt; par le Conseil Constitutionnel. En guise de contre-pouvoir, on nous refourgue généralement des administrations fantoches aux pouvoirs ridicules, des « Conseils » et des « Hauts Comités » de mes deux. Mais le vrai contre-pouvoir, ce sont les copains de Charlie Hebdo et tous leurs semblables, journalistes ou caricaturistes, qui l’exercent, ou plutôt qui le formalisent pour nous, à travers leurs dessins et leurs textes. Le contre-pouvoir, c&amp;rsquo;est nous tous tant que nous n&amp;rsquo;oublions pas de penser et d&amp;rsquo;exprimer nos contradictions. Et pour maintenir la démocratie, nous devons disposer intégralement de nos moyens de communication dont il revient à l&amp;rsquo;État de garantir la neutralité.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Demain, nous risquons de nous retrouver tous en garde à vue et pas seulement à cause des terroristes. C&amp;rsquo;est là tout le paradoxe. La terreur est aussi bien instrumentalisée par les assassins que par certains membres de la classe politique, et pas seulement à droite. Tous sont prêts à réprimer notre liberté pour maintenir leurs intérêts électoraux, ou d&amp;rsquo;autres intérêts financiers. Leur contrainte, c&amp;rsquo;est l&amp;rsquo;obligation du choix : il faudrait choisir entre la liberté et la dictature, entre la liberté et la peur, entre la liberté et l&amp;rsquo;esclavage, avec à chaque fois un peu de nos libertés qui s&amp;rsquo;envolent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non ! Assez ! Stop ! je suis pour la liberté mais sans concession. Une liberté obligatoire, une liberté que l&amp;rsquo;on assène sans contrepartie. Je suis un radical du papier, un ayatollah de la liberté d&amp;rsquo;expression, un taliban des communications ouvertes, un nazi des protocoles informatiques libres, un facho de la révélation snowdenienne ! Du moins je voudrais l&amp;rsquo;être, nous devrions tous l&amp;rsquo;être. Et sans avoir peur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis né il y a 40 ans, et cela fait presque autant de temps que se sont développés autour de moi des supports de communication qui sont autant de moyens d&amp;rsquo;exercices de la liberté d&amp;rsquo;expression. Comme beaucoup, j&amp;rsquo;oublie souvent que rien n&amp;rsquo;est acquis éternellement, que nos libertés sont le fruit de luttes permanentes contre ceux qui voudraient nous en priver. La boucherie Charlie nous l&amp;rsquo;a cruellement rappelé hier.&lt;/p&gt;
</description>
    </item>
    
    <item>
      <title>Eben Moglen: nous n&#39;avons pas intégré l&#39;anonymat quand nous avons construit le Net</title>
      <link>https://golb.statium.link/post/20121118ebenmoglenanonymdiscours/</link>
      <pubDate>Sun, 18 Nov 2012 00:00:00 +0000</pubDate>
      <author>situveuxmonadresse@demande-la.moi (Christophe Masutti)</author>
      <guid>https://golb.statium.link/post/20121118ebenmoglenanonymdiscours/</guid>
      <description>&lt;p&gt;La liberté de penser, voilà un concept que tout le monde est prêt à défendre. Seriez-vous prêt à le défendre bec et ongle, et même donner votre vie pour cette cause? Cette question n&amp;rsquo;est pas subtile&amp;hellip; parce que les enjeux sont beaucoup plus subtiles que ce que tout le monde imagine. La question est plutôt de savoir jusqu&amp;rsquo;où vous êtes prêt à sacrifier un peu de cette liberté pour obtenir des services et des biens qui vous donnent l&amp;rsquo;impression de pouvoir vous exprimer librement ? La génération actuelle des utilisateurs d&amp;rsquo;Internet a la possibilité aujourd&amp;rsquo;hui de corriger le principal biais du système nerveux mondial qu&amp;rsquo;est Internet: la surveillance totale de la société humaine. Voilà pourquoi &amp;ldquo;nous avons besoin de logiciels libres, de matériels libres et de bande passante libre&amp;rdquo;. Voyons un peu ce qu&amp;rsquo;en dit Eben Moglen…&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenez-le temps de regarder &lt;a href=&#34;http://framatube.org/media/e-moglen-defendre-notre-liberte-de-penser-exige-de&#34;&gt;cette vidéo&lt;/a&gt;… (&lt;a href=&#34;http://fr.wikipedia.org/wiki/Eben_Moglen&#34;&gt;qui est Eben Moglen ?&lt;/a&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;iframe width=&#34;400&#34; height=&#34;225&#34; frameborder=&#34;0&#34; src=&#34;https://framatube.org/media/e-moglen-defendre-notre-liberte-de-penser-exige-de/embed_player&#34;&gt;&lt;/iframe&gt;
&lt;p&gt;Le 20e siècle a connu les pires atrocités (aussi bien physiques que psychologiques), des guerres durant lesquelles le silence des esprits était aussi meurtrier que les obus. La censure était cependant visible (du moins, certains l&amp;rsquo;ont dénoncée) et l&amp;rsquo;expression était condamnée au moment où elle franchissait les limites de ce que le pouvoir avait décidé. C&amp;rsquo;était le cas dans les dictatures modernes de l&amp;rsquo;Allemagne nazie au Chili de Pinochet, en passant par la Chine et l&amp;rsquo;Iran. Mais pensez-vous que la censure tombe avec les dictateurs ? Ce serait bien naïf. On sait depuis quelque temps déjà qu&amp;rsquo;en démocratie aussi les &lt;a href=&#34;http://www.masutti.lautre.net/?p=123&#34; title=&#34;Propaganda&#34;&gt;opinions publiques se manipulent&lt;/a&gt;, ce que certains ont appelé la &amp;ldquo;fabrique du consentement&amp;rdquo;. Aujourd&amp;rsquo;hui, depuis que l&amp;rsquo;Internet est devenu un outil de communication de masse, le pouvoir des États est de plus en plus investi d&amp;rsquo;une mission de surveillance totale par les groupes d&amp;rsquo;intérêts, y compris les lobbies politiques, dont les intérêts vont radicalement à l&amp;rsquo;encontre de la diffusion des connaissances, de l&amp;rsquo;information et de la liberté d&amp;rsquo;expression. La question Hadopi en France est une illustration convaincante de ce que l&amp;rsquo;industrie du divertissement peut exiger d&amp;rsquo;un État pour qu&amp;rsquo;il espionne ses citoyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd&amp;rsquo;hui, Eben Moglen (&lt;a href=&#34;http://fr.wikipedia.org/wiki/Eben_Moglen&#34;&gt;voir sa fiche sur Wikipedia&lt;/a&gt;) part d&amp;rsquo;un constat assez grave : « Nous n&amp;rsquo;avons pas intégré l&amp;rsquo;anonymat quand nous avons construit le Net ». C&amp;rsquo;est entièrement vrai. Internet s&amp;rsquo;est construit sur la base des échanges d&amp;rsquo;informations à l&amp;rsquo;intérieur de petites communautés de programmeurs et de chercheurs, sur des bases de confiances et une croyance positive en ce que l&amp;rsquo;Internet allait changer le monde. Cet enthousiasme a sans doute effacé des esprits le fait que plus vous proposez aux individus des moyens de se cultiver et d&amp;rsquo;échanger des informations, plus le pouvoir des États perd de l&amp;rsquo;influence sur ces mêmes individus. Cela est d&amp;rsquo;autant plus vrai que les turpitudes des hommes politiques sont levées au grand jour par des groupes d&amp;rsquo;expression libre ou lorsque s&amp;rsquo;organisent à grande vitesse des résistances ou des révolutions grâce à ce réseau ultra rapide qu&amp;rsquo;est Internet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la dangerosité des réseaux sociaux, la question n&amp;rsquo;est évidemment pas de savoir si diffuser la photo de son chien est dangereux ou pas. La question est de savoir si il est acceptable que l&amp;rsquo;on puisse profiler votre identité de manière aussi fine que le peuvent les réseaux sociaux, et que cela soit analysé à la fois par les États et des groupes commerciaux dont les collusions avec les États sont évidentes. Comme le dit Eben Moglen, et sans exagérer :&lt;/p&gt;
&lt;blockquote&gt;
&lt;p&gt;La Stasi ne coûterait plus rien si elle revenait, car Suckerberg fait le boulot à sa place. […] Donc, la forme primaire de collecte qui devraient nous inquiéter le plus est que les médias nous espionnent pendant que nous les utilisons. Les livres qui nous regardent les lire, la musique qui nous écoute en train de l’écouter. Les moteurs de recherche qui surveillent ce que nous recherchons pour ceux qui nous recherchent et ne nous connaissent pas encore.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La plupart des citoyens ont du mal à comprendre ce genre de réflexion car cela les dépasse d&amp;rsquo;un point de vue technique : ils utilisent des technologies qu&amp;rsquo;ils ne comprennent pas. On peut toujours rétorquer que la plupart des conducteurs d&amp;rsquo;automobiles ne savent pas comment fonctionne un moteur à explosion. C&amp;rsquo;est vrai, mais l&amp;rsquo;analogie n&amp;rsquo;est pas la bonne. On ne parle pas ici de la manière dont est construit un ordinateur, on parle de la manière dont sont perçues, enregistrées et traitées les informations que vous transmettez grâce à lui. Par exemple, tout le monde peut comprendre qu&amp;rsquo;indiquer son nom et son adresse comme condition préalable à l&amp;rsquo;utilisation d&amp;rsquo;un logiciel que venez d&amp;rsquo;installer sur votre machine n&amp;rsquo;est pas du tout nécessaire pour faire fonctionner ce programme. De la même manière tout le monde peut s&amp;rsquo;interroger sur le fait qu&amp;rsquo;acheter un livre à lire sur une tablette Kindle ou un fichier musical sur votre IPhone devrait être une opération irréversible (ce livre ou ce fichier musical sont censés vous appartenir) et que, par conséquent, si vous avez envie de les prêter à quelqu&amp;rsquo;un, vous devriez pouvoir le faire. Par contre tout le monde n&amp;rsquo;a pas étudié d&amp;rsquo;assez près le fonctionnement des systèmes informatiques pour comprendre comment ces barrières ont été rendues possibles et comment certains acteurs économiques et politiques peuvent désormais connaître et décider le contenu des informations qu&amp;rsquo;ils partagent et comment ils les partagent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons enfin un cran plus haut. L&amp;rsquo;espace dans lequel nous évoluons avec Internet a besoin de sécuriser la liberté d&amp;rsquo;expression avant que l&amp;rsquo;espionnage de nos vies interdise les usages de cette liberté. Est-il acceptable que l&amp;rsquo;enregistrement (éternel) de vos recherches sur Google ou vos « amis » sur Facebook puisse devenir un élément à charge contre vous si votre pays devient une dictature et si vous n&amp;rsquo;avez pas glissé votre bulletin dans la bonne urne ? Souvenez vous cet épisode de l&amp;rsquo;affaire Tarnac où la seule présence d&amp;rsquo;un livre (&lt;a href=&#34;http://fr.wikipedia.org/wiki/L%27Insurrection_qui_vient&#34; title=&#34;L&#39;insurrection qui vient - Wikipedia&#34;&gt;L&amp;rsquo;insurrection qui vient&lt;/a&gt;) dans la bibliothèque de Mr Coupat était devenu une preuve d&amp;rsquo;intention terroriste: qui pensait que le délit de lecture pouvait être de retour en France ? Vérifiez vite les e-book que vous avez téléchargé dans votre liseuse !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet espionnage est justifié de multiples manière : la protection des droits d&amp;rsquo;auteurs, la lutte contre la pédopornographie, la lutte anti-terroriste, les « dangers d&amp;rsquo;Internet » pour les enfants, etc. Chacun de ces combats est justifiable politiquement et recouvre à chaque fois un peu plus de nos espaces de liberté… jusqu&amp;rsquo;à ne laisser de place sur le marché que pour les firmes proposant des « applications » calibrées et centralisées à la sauce Apple, avec lesquelles il deviendra impossible d&amp;rsquo;être anonyme ou de partager quoique ce soit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C&amp;rsquo;est pour ces raisons, de manière à construire des médias libres, que « nous avons besoin de logiciels libres, de matériels libres et de bande passante libre ». Eben Moglen cristallise ici la question fondamentale que pose le Libre depuis ses débuts : sommes nous prêts à utiliser des logiciels ou des services, aussi performants et séducteurs soient-ils, en échange de nos libertés ? La réponse est « non », elle doit être « non ».&lt;/p&gt;
</description>
    </item>
    
  </channel>
</rss>
