FramatopheBlog
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Mouvements préfiguratifs

Lorsque le ministre de l’IntĂ©rieur français dĂ©clare avec conviction dĂ©but avril 2023 que « plus aucune ZAD ne s’installera dans notre pays » (version polie de « pas d’ça chez nous »), il est important d’en saisir le sens. Dans une ambiance oĂč la question du maintien de l’ordre en France se trouve questionnĂ©e, y compris aux plus hauts niveaux des instances EuropĂ©ennes, dĂ©tourner le dĂ©bat sur les ZAD relĂšve d’une stratĂ©gie assez tordue. Les ZAD, sont un peu partout en Europe et font partie de ces mouvements sociaux de dĂ©fense environnementale qui s’opposent assez frontalement aux grands projets capitalistes Ă  travers de multiples actions dont l’occupation de zones gĂ©ographiques. Or, dans la mentalitĂ© bourgeoise-rĂ©actionnaire, les modes de mobilisation acceptables sont les manifestations tranquilles et les pĂ©titions, en d’autres termes, les ZAD souffrent (heureusement de moins en moins) du manque de lisibilitĂ© de leurs actions : car une ZAD est bien plus que la simple occupation d’une zone, c’est tout un ensemble d’actions coordonnĂ©es et de rĂ©flexions, de travaux collectifs et de processus internes de dĂ©cision
 en fait une ZAD est un exemple de politique prĂ©figurative. Pour le ministre de l’IntĂ©rieur, ce manque de lisibilitĂ© est un atout : il est trĂšs facile de faire passer les ZAD pour ce qu’elles ne sont pas, c’est-Ă -dire des repĂšres de gauchos-anarchiss’ qui ne respectent pas la propriĂ©tĂ© privĂ©e. Parler des ZAD, c’est renvoyer la balle aux autres pays EuropĂ©ens qui viendraient Ă  critiquer le maintien de l’ordre Ă  la Française : regardez d’abord chez vous.

Pourquoi cette caricature rĂ©actionnaire ? elle ne concerne pas seulement les ZAD, mais aussi toutes les actions d’occupation, y compris les plus petites comme le simple fait qu’un groupe d’étudiants ingĂ©nieurs se mette Ă  racheter une ferme pour y vivre sur un mode alternatif. Cette caricature est sciemment maintenue dans les esprits parce que ce que portent en elles les politiques prĂ©figuratives est Ă©minemment dangereux pour le pouvoir en place : la dĂ©monstration en acte d’une autre vision du monde possible. Beaucoup d’études, souvent amĂ©ricaines (parce que le concept y est forgĂ©) se sont penchĂ©es sur cette question et ont cherchĂ© Ă  dĂ©finir ce qu’est la prĂ©figurativitĂ© dans les mouvements sociaux. Ces approches ont dĂ©sormais une histoire assez longue, depuis la fin des annĂ©es 1970. On ne peut donc pas dire que le concept soit nouveau et encore moins le mode d’action. Seulement voilĂ , depuis les annĂ©es 1990, on en parle de plus en plus (j’essaie d’expliquer pourquoi plus loin). Je propose donc ici d’en discuter, Ă  partir de quelques lectures commentĂ©es et ponctuĂ©es de mon humble avis.

Sur l’anarchie aujourd’hui

Dans ce petit texte, G. Agamben nous rappelle cet interstice oĂč le pouvoir s’exerce, entre l’État et l’administration dans ce qu’il est convenu d’appeller la gouvernance. En tant que systĂšme, elle organise le repli des pouvoirs sĂ©parĂ©s de la justice, de l’exĂ©cutif et du lĂ©gislatif dans un grand flou : de la norme ou de la standardisation, des agences au lieu des institutions traditionnelles, le calcul du marchĂ© (libĂ©ral) comme grand principe de gestion, etc. Pour G. Agamben, la lutte anarchiste consiste justement Ă  se situer entre l’État et l’administration, contre cette gouvernance qui, comme le disait D. Graeber (dans Bullshit Jobs), structure l’extraction capitaliste. On pourra aussi penser aux travaux d’Alain Supiot (La Gouvernance par les nombres) et ceux aussi d’Eve Chiapello sur la sociologie des outils de gestion.

Pour un web désencombré

Et si nous nous mettions en quĂȘte d’une low-technicisation du web ? Cela implique de faire le tri entre le superflu et le nĂ©cessaire
 donc d’ouvrir un espace de discussion avant que d’autres s’en emparent et nous façonnent un web Ă  leur image oĂč se concentreraient les pouvoirs. Nous voulons un web en commun qui respecte les communs. Ce billet est une modeste tentative pour amorcer un dĂ©bat.