Vers une résistance anarchiste
Nos choix et nos usages numériques conditionnent la manière dont nos données personnelles sont extraites, analysées et valorisées. C’est aujourd’hui un poncif et la grande majorité s’accorde sur le manque d’éthique de l’exploitation de nos intimités numériques. Pourtant, un pas supplémentaire mériterait d’être systématiquement franchi vers une réflexion plus globale. En effet, plus nous réfléchissons à la maîtrise de nos outils numériques et de nos données (ce qui implique bien davantage que le seul usage de logiciels libres), plus nous réfléchissons en réalité à des moyens d’émancipation vis-à-vis du capitalisme de surveillance. Ce dernier est une forme de prédation de nos vies privées par la combinaison, d’une part, du modèle monopoliste des entreprises du numérique et, d’autre part, l’État agissant dans un esprit d’intérêt avec ces firmes, soit acteur soit consommateur (ou co-producteur) de solutions de surveillance numérique (ou surveillance de masse). Comme je l’ai toujours affirmé, il y a de la surveillance d’État parce qu’il y a un marché de la surveillance dans une économie qui aujourd’hui repose pour l’essentiel sur la donnée numérique. Ce marché est jusqu’à la caricature l’expression de la prédation du capitalisme qui, au-delà de l’accaparement du temps et de la nature (nos temps et forces de travail), au-delà de la mesure et de la rentabilité, réduit l’individu à ses comportements de consommateur, effectue un tri social implacable et finalement parvient à accaparer nos vies.